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Un regard sur l'inclusion financière des femmes via le mobile money – obstacles et leviers pour combler les inégalités hommes/femmes du mobile money au Rwanda

avr 24, 2017
Ce texte a été publié à l'origine sur le site web de GSMA. La large diffusion et l'accessibilité des téléphones mobiles en font le moyen idéal pour combler le déficit en termes d'infrastructures auquel font souvent face les habitants des pays à revenu moyen ou faible. Les téléphones mobiles constituent également la passerelle d'accès à des services qui améliorent la qualité de vie comme le mobile money, qui contribue sans aucun doute à accroître l'inclusion financière dans les marchés émergents. Toutefois, les femmes ont tendance à être systématiquement en marge de ce progrès. Les données du Global Findex 2014 montrent que les femmes des pays à revenu faible et intermédiaire ont 36 % moins de chance que les hommes d'avoir accès et d'utiliser le mobile money, ce qui correspond à 1,9 milliard de femmes dans le monde. Ce nombre masque cependant de plus grands déséquilibres à l'échelle nationale et régionale. Par exemple, alors qu'en Afrique subsaharienne, les disparités hommes/femmes dans le mobile money s'élèvent en moyenne à 19,5 %, au Niger elles culminent à 60 %. Dans le sud de l'Asie, les femmes ont 67 % moins de chance que les hommes de disposer d'un compte de mobile money. Comment le mobile money contribue-t-il à l'inclusion financière au Rwanda Le Rwanda est un marché dynamique pour le mobile money et l'existence d'un système formel et national d'identification a contribué à l'inclusion financière par le biais du mobile money. À ce jour, 37 % des adultes au Rwanda ont accès à des services financiers. 23 % des adultes rwandais ou presque les deux tiers de ceux qui ont accès aux services financiers disposent d'un compte de mobile money. 17 % des adultes rwandais ont utilisé leur compte de mobile money pendant les 90 derniers jours, ce qui correspond au même niveau qu'au Ghana et à un niveau légèrement inférieur à celui de l'Ouganda. Au Rwanda, le mobile money se développe rapidement, malgré les faibles niveaux d'alphabétisation et de détention de téléphones mobiles . C'est une progression impressionnante, surtout si l'on considère le fait que le premier service de mobile money au Rwanda a été lancé en 2010, alors qu'au Kenya et au Ghana, cette innovation existe respectivement depuis 2007 et 2008.
Source : FII Data Au Rwanda, la probabilité que les femmes disposent d'un compte de mobile money est de 20 % inférieure à celle des hommes . Pour mieux comprendre les origines de ces inégalités de genre, nous avons décidé de nous concentrer sur les obstacles qui empêchent les femmes d'accéder et d'utiliser l'argent mobile au même rythme que les hommes. De plus, afin de comprendre comment ces obstacles affectent différemment les femmes, nous avons décidé de mesurer ce qui différencie une utilisatrice régulière de mobile money (définie ici comme une utilisatrice effectuant au moins une opération P2P par mois en moyenne au cours des trois derniers mois) d'une utilisatrice intensive (définie ici comme une utilisatrice effectuant au moins une opération P2P par semaine en moyenne durant trois derniers mois). Les enseignements qui en ont été tirés nous ont permis de faire des suggestions concrètes pour que le mobile money soit davantage à la portée des femmes au Rwanda. Pour y parvenir, nous avons réalisé 40 interviews semi-structurées et animé cinq groupes de discussion, avec des hommes et des femmes qui sont des utilisateurs ordinaires ou intensifs de l'argent mobile. Ces hommes et ces femmes ont été répartis dans des groupes distincts, afin de nous assurer que les opinions exprimées lors de ces discussions ne soient pas biaisées. Toutes les personnes interrogées vivaient à Kigali et avaient entre 25 et 34 ans, impliquant ainsi que les résultats auraient pu être différents en zone rurale. Certains obstacles empêchent les femmes d'avoir accès et d'utiliser le mobile money au même rythme que les hommes La Sensibilité au prix Notre étude a montré que les femmes interviewées durant l'enquête avaient tendance à être plus sensibles aux prix que les hommes, relativement aux frais associés à une transaction par mobile money. Ce résultat s'explique en partie par le fait que les femmes ont souvent un revenu disponible inférieur à celui des hommes - dans la mesure où elles sont plus susceptibles d'accomplir des tâches ménagères non rémunérées, elles avaient des revenus inférieurs. De plus, les femmes exerçant en dehors du domicile avaient plus de chance d'avoir des emplois faiblement rémunérés. Alors que les hommes étaient susceptibles de valoriser les avantages offerts par ce service financier innovant au-delà des frais à payer, l'inverse était aussi vrai chez les femmes. Les femmes ont donc tendance à trouver des moyens d'éviter de payer des frais qu'elles percevaient comme superflus. De plus, il était plus probable que les femmes envoient de l'argent mobile plus fréquemment et pour des montants inférieurs à ceux envoyés par les hommes, exposant ainsi ces derniers à davantage de frais de transaction. Cet état de fait peut s'expliquer par les niveaux inférieurs de revenu disponible chez les femmes par rapport à ceux des hommes, comme nous l'avons précédemment mentionné. Une confiance en soi et une compréhension plus faibles Les femmes de cette étude étaient beaucoup moins confiantes que les hommes en leur capacité à réaliser une transaction de mobile money. Il y'a une perception répandue, tant chez les hommes que chez les femmes, que la finance et la technologie ne sont pas des domaines traditionnellement féminins ; donnant ainsi l'impression que les femmes sont moins compétentes et sures d'elles dans ces domaines. De plus, les femmes sont moins mobiles que les hommes, ce qui signifie qu'elles ont moins de chance d'être en contact avec des personnes qui effectuent régulièrement des transactions et d'avoir l'opportunité d'apprendre à utiliser se service financier innovant. Cela a donc nourri le sentiment partagé que les femmes sont moins disposées à comprendre et adopter le mobile money. Des niveaux inférieurs de confiance Les niveaux inférieurs de compréhension du fonctionnement du mobile money chez les femmes, les rendent moins susceptibles que les hommes à faire confiance à ce type de service. De plus, les femmes ayant déclaré avoir une faible confiance à ce service ont été plus enclines à se plaindre d'expériences négatives dans le service à la clientèle des opérateurs de mobile money, ou des expériences du même genre vécues par d'autres. Au final, plus que les hommes, les femmes préféraient faire appel aux banques pour transférer de grosses sommes d'argent, car les services bancaires leur ont paru plus surs que le mobile money. De ce point de vue, les femmes semblent être disposées plus que les hommes à épargner jusqu'à un certain montant, puis de le retirer et le déposer dans une banque, qu'elles perçoivent comme plus fiable pour les grosses sommes d'argent comparativement au mobile money. Dans mon prochain blog, j'explorerai les raisons pour lesquelles les femmes aiment utiliser le mobile money, et j'en comparerai les utilisatrices régulières et intensives, afin de comprendre comment les obstacles auxquels elles font face les affectent différemment. -------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------- À propos de l'auteur Elisa Minischetti est Manager de " Connected Women Insights " à GSMA. Avant de rejoindre GSMA, elle a travaillé comme stagiaire pour l'entreprise sociale WomenCraft à Ngara, en Tanzanie, où elle était gestionnaire des subventions et analyste budgétaire. Antérieurement, Elisa Minischetti a travaillé pour Europe Direct, à Forli' en Italie, comme formatrice européenne et elle a occupé divers postes au Consulat d'Italie et dans une entreprise de transport maritime en Allemagne. Elisa Minischetti est titulaire d'un Master d'économie et de gestion des conflits internationaux de la Johns Hopkins University's School of Advanced International Studies. Ce diplôme vient compléter son Master en sécurité et politiques internationales à l'Université de Bologne et sa Licence en sciences politiques et relations internationales à l'Université de Sienne.

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