Assurance

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L’Afrique abrite plus de 15 % de la population mondiale, mais génère à peine 1,5 % des primes d’assurance à l’échelle planétaire. Plusieurs indicateurs annoncent néanmoins une croissance rapide de ce secteur dans le futur : la dynamique économique du continent, l’émergence d’une classe moyenne et le développement de nouveaux canaux de distribution. Selon le rapport 2018 de PriceWaterHouse Coopers (PWC), l’assurance des biens et des risques divers devrait croître entre 2017 et 2025 au taux annuel de croissance composé de 4,3 %, beaucoup plus élevé que les projections des marchés plus matures.

Selon le dernier rapport de Swiss Re Institute Sigma, les primes du continent ont augmenté en 2017 de 12,26 %, contre 4,01 % à l’échelle mondiale. La totalité des primes souscrites s’est élevée à 66,7 milliards d’USD en 2017, contre 59,4 milliards d’USD en 2016. L’assurance non-vie a augmenté de 9,27 % et atteint 21,8 milliards d’USD, tandis que l’assurance vie a augmenté de 13,7 %, passant de 39,5 milliards d’USD en 2016 à 44,9 milliards d’USD en 2017.

L’Afrique du Sud est de loin le marché d’assurance le plus important d’Afrique et génère 66 % des primes totales (44 milliards d’USD), mais la part sud-africaine des primes d’assurance diminue à mesure que l’Afrique du Nord et l’Afrique de l’Est gagnent en pertinence. Elle est passée de 76 % à 66 % entre 2011 et 2017, tandis que la part de marché combinée de l’Algérie, de l’Égypte, du Maroc et de la Tunisie est passée de 10 % à 13 %. Durant la même période, la croissance du Kenya a été impressionnante, réalisant une part de marché de 3,2 % en 2016 contre 1,5 % en 2011. Le Nigeria, l’Angola, la Namibie et Maurice complètent le classement des 10 premiers marchés d’assurance africains, lesquels ont atteint ensemble 55,1 milliards d’USD, soit 91 % de la totalité des primes d’assurance africaines en 2016.

Les modèles de croissance de l’assurance en Afrique sont variés. Au Maroc, en Éthiopie, au Kenya, en Tanzanie et au Zimbabwe, le volume des primes d’assurance a augmenté de plus de 5 % en 2016. En revanche, l’Algérie (-3,5 %), la Libye (-6 %), le Malawi (-14 %), le Mozambique (-5,8 %), la Namibie (-0,5 %) et le Nigeria (-11,4 %) ont enregistré une baisse des primes réelles (Enquête barométrique 2018 sur le marché de l’assurance en Afrique). Avec 1,4 milliard d’euros de primes souscrites en 2014, les pays d’Afrique de l’Ouest et centrale offrent un exemple unique d’intégration sectorielle régionale. Depuis 1992, grâce à la Conférence Interafricaine des Marchés de l’Assurance (CIMA), les marchés de l’assurance des 14 pays de la zone (c.-à-d. les pays membres de l’Union Économique et Monétaire Ouest-Africaine [UEMOA] et de la Communauté Économique d’Afrique Centrale [CEAC]) sont régis par un code d’assurance unique, sous la surveillance d’un organe commun de surveillance.

L’assurance-dommages continue de dominer la structure du marché de l’assurance des pays africains. Elle représente plus de deux tiers du volume total d’activités et l’assurance vie ne comprend que le tiers restant. De fait, une partie importante des activités d’assurance continue de provenir des assurances obligatoires, principalement l’automobile et la santé.

Malgré la part relativement faible de l’Afrique sur le marché mondial de l’assurance, quelques courtiers internationaux et assureurs européens de premier plan se sont installés dans la région, attirés par les taux de perte sains dus à l’exposition relativement faible des assureurs africains aux risques majeurs.

L’organisation du marché africain de l’assurance repose essentiellement sur les courtiers, les compagnies d’assurance et les réassureurs. Les courtiers des marchés domestiques se concentrent principalement sur les risques individuels et les activités des PME locales et des secteurs publics et parapublics. Les courtiers internationaux gèrent 90 % des activités de l’assurance d’entreprise. Ils conseillent leurs clients sur les placements en Afrique depuis de nombreuses années et ils ont mis en place des programmes d’assurance avec les compagnies d’assurance présentes sur le continent. Les contraintes de suffisance du capital imposées par le régulateur se traduiront vraisemblablement par la diminution du nombre d’assureurs domestiques dans les années à venir, et ceux qui survivront le feront en vendant des produits hautement innovants à des marchés de niche. Enfin, les grands réassureurs mondiaux sont très actifs en Afrique, parallèlement aux réassureurs régionaux ou nationaux, car ils sont nécessaires aux compagnies d’assurance pour couvrir des risques supplémentaires, particulièrement les risques majeurs.

Plusieurs indicateurs laissent entrevoir une croissance rapide du segment des risques individuels. Outre la promesse économique et la dynamique démographique du continent, l’émergence d’une classe moyenne africaine et le développement de nouveaux canaux de distribution représentent une grande opportunité pour le secteur.

Défis

Selon l’enquête annuelle de PWC sur les principaux assureurs en Afrique, l’excès de réglementation est la principale préoccupation citée fréquemment par les assureurs depuis la crise financière mondiale de 2008. Toutefois dans l’enquête réalisée en 2018, la technologie supplante la réglementation et devient la question prioritaire. La norme IFRS 17 (la nouvelle norme internationale relative à la comptabilisation des contrats d’assurance) accroitra encore beaucoup le fardeau réglementaire dont il convient de ne pas sous-estimer l’impact. De même, à la suite de l’introduction de la Directive Solvabilité II en Europe, entrée en vigueur en 2016, certains pays africains, comme l’Afrique du Sud, introduisent également un régime prudentiel et des règles de pratiques commerciales fondés sur la mesure du risque semblables à Solvabilité II dans leur secteur des services financiers. Les coûts supplémentaires et les modifications structurelles requises par l’introduction de la norme IFRS 17 ajouteront de nouveaux défis. À titre d’exemple, les données, les processus opérationnels et la nécessité d’expliquer les résultats aux parties prenantes induiront des coûts supplémentaires et nécessiteront davantage de personnel.

L’assurance agricole a un potentiel de développement énorme en Afrique. Elle reste, néanmoins, un secteur précaire et largement inexploité, dont les produits d’assurance disponibles sur le marché sont très limités. L’écrasante majorité des exploitations agricoles ne bénéficient d’aucun type de protection contre les risques climatiques. En 2015, on ne recensait que 450 000 Africains (0,25 %) sur les 178 millions d’agriculteurs des pays en développement qui avaient souscrit une assurance indicielle en 2014.

L’Africain moyen (hormis l’Afrique du Sud) ne dépense que 70 USD par an en assurance, contre 1 000 USD en Afrique du Sud et 2 700 USD en Europe de l’Ouest. Il existe également de fortes disparités régionales sur le continent : à l’exception de l’Afrique du Sud qui a un taux de pénétration du marché de 14 %, le ratio des primes d’assurance par rapport au PIB ne dépasse guère 1 %. Différents facteurs expliquent ce manque d’enthousiasme : le faible pouvoir d’achat des populations, l’absence d’une « culture de l’assurance », l’absence d’assurance obligatoire contre les risques de masse, l’absence d’innovation et de tarifs réglementés, et l’approche quelquefois incohérente du règlement des sinistres qui favorise une image négative des assureurs. En conséquence, seuls les types d’assurance obligatoire (p. ex. assurance automobile, ou assurance de rapatriement ou médicale liée aux demandes de visa), etc.) ont été adoptées par les couches les plus aisées de la population.

Le manque de développement de la bancarisation (seuls 38 % des adultes en Afrique, moins de 15 % dans la zone UEMOA, sont concernés) entrave également la croissance de l’assurance bancaire, en comparaison avec l’Europe où c’est un canal de distribution très développé qui permet aux produits d’assurance d’être distribués aux clients des banques.

Opportunités

Si les changements incessants de la réglementation induisent une augmentation des coûts et des défis d’application, ils offrent également des opportunités cachées aux assureurs de réévaluer les risques, de réexaminer l’allocation de leur capital, de réviser leurs modèles économiques et leurs produits, ainsi que la manière dont ces derniers sont distribués. Par ailleurs, les règlements supplémentaires peuvent être bénéfiques, car les exigences accrues en matière de gestion des risques obligent les assureurs plus petits à se regrouper, à atteindre un volume, et à élargir leurs offres d’assurance. Par exemple, le nouveau cadre de la microassurance d’Afrique du Sud offre des opportunités d’élargir l’accès à des clients avec lesquels il aurait été trop coûteux de faire des affaires dans le cadre de la loi et des règlements classiques relatifs à l’assurance.

En tant qu’acteurs majeurs de la microassurance et en tant que canal de distribution en plein essor, les opérateurs de téléphonie mobile sont au cœur des futures stratégies de distribution. Ils touchent un plus grand nombre d’Africains que n’importe quel autre canal de distribution. Concernant le marché de l’assurance, ce vecteur offre plusieurs avantages. La banque mobile rend possible, facile et peu onéreux d’encaisser à distance et de répartir les primes d’un petit montant en plusieurs versements adaptés à la microfinance. Le règlement des sinistres peut aussi être effectué de cette manière, plus simplement et plus rapidement que dans le secteur classique, renforçant ainsi la confiance des clients. De plus, les opérateurs de téléphonie bénéficient souvent d’une meilleure image que les assureurs. Leur réseau d’agents signifie aussi qu’ils ont une présence sans égal dans les zones rurales. Citons parmi les initiatives récentes centrées sur l’assurance l’annonce d’un partenariat entre Axa et Jumia (un opérateur majeur du commerce en ligne en Afrique). Le produit d’assurance agricole islamique Takaful du Kenya, lancé en 2011, utilise simultanément les images satellites pour détecter les zones de sécheresse (sans déclaration de sinistre) et la technologie de la banque mobile pour le paiement des primes et le règlement des sinistres. Ce produit innovant aide à implanter la culture de l’assurance sur le continent (Rapport 2018 de PWC sur l’assurance en Afrique).

Bien que le courtage soit toujours le canal de distribution le plus utilisé, notamment pour les entreprises, d’autres canaux commencent également à émerger, à commencer par la bancassurance, c.-à-d. la vente de produits d’assurance par le biais des réseaux bancaires. Pour l’Afrique dans son ensemble, le taux de pénétration du marché est d’environ 2 %, mais il se situe entre 10 % et 20 % auprès des clients des banques. Les produits à risque individuels sont de plus en plus vendus par le biais des réseaux bancaires, à la fois par banques de réseau et les organismes de microfinance.

L’assurance agricole a connu une évolution positive ces dernières années. En 2011, un régime d’assurance baptisé « Assurance Récolte Sahel (ARS) » a été lancé en Afrique de l’Ouest par la Banque mondiale et plusieurs autres institutions locales et internationales. Ce projet a été conçu pour établir une assurance indicielle couvrant les risques de sécheresse. Ce programme est en cours d’expérimentation dans quatre pays : Sénégal (arachide, maïs), Mali (coton, maïs), Burkina Faso (coton, maïs) et Bénin (maïs). Le développement de l’assurance agricole en Afrique de l’Est s’est révélé d’autant plus important en raison des sécheresses importantes survenues ces dernières années dans la Corne de l’Afrique. Selon l’Organisation pour l’alimentation et l’agriculture des Nations Unies, plus de 17 millions de personnes vivant en Éthiopie, en Érythrée, à Djibouti, en Somalie, en Ouganda, au Kenya et au Soudan du Sud sont menacées de famine. L’assurance agricole représente une solution essentielle pour vaincre cette menace. En novembre 2016, la première police d’assurance agricole sur les récoltes a été vendue en Tanzanie, un pays où l’agriculture contribue à plus de 30 % du PIB. Baptisé Linda Mbegu (en français « assurez vos récoltes »), ce régime d’assurance est conçu pour protéger les agriculteurs contre les conséquences du manque de précipitations (source : Atlas 2018 Insurance Magazine).

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