Financement à long terme et marchés de capitaux en Afrique
Au cours des dix dernières années, des progrès considérables ont été accomplis dans l’accès aux services financiers, en particulier les services financiers mobiles et le développement des marchés financiers. Cependant, il reste encore beaucoup à faire pour développer le financement à long terme sur le continent. Malgré le consensus actuel sur la nécessité de continuer à renforcer les marchés financiers locaux en tant que principal cadre d’intermédiation, la plupart des pays et des institutions internationales recherchent de nouveaux mécanismes pour augmenter les flux financiers à long terme en direction des pays en développement.
Les ressources financières intérieures et extérieures totales ne suffisent généralement pas à répondre aux besoins de financement du continent africain. Cette insuffisance de ressources dans les pays en développement s’est particulièrement accentuée au cours de la période de pandémie qu’a connue le monde entier. Au-delà des déficits budgétaires et extérieurs, l’écart est estimé en tenant compte des dépenses nécessaires pour atteindre les objectifs de développement durable (ODD) du Programme de développement durable à l’horizon 2030. Selon les estimations de l’OCDE (2020), les besoins annuels de financement non satisfaits au regard des ODD avant la COVID-19 se chiffraient à 2,5 billions de dollars EU. L’OCDE estime par ailleurs que la pandémie a augmenté les besoins de financement d’un montant supplémentaire de 1 billion de dollars EU, dont 0,3 billion de dollars EU pour le continent africain. La pandémie ayant contribué à une réduction de la disponibilité des fonds privés de l’étranger à concurrence de 0,7 billion de dollars EU, le déficit causé s’est creusé davantage pour atteindre 4,2 billions de dollars EU.
Vue d’ensemble des marchés boursiers africains
À l’exception de quelques bourses, la plupart des marchés boursiers africains qui ont vu le jour récemment à la fin des années 1990 et au XXIe siècle sont encore de modestes tailles et jeunes, comparés à leurs homologues des autres régions. La capitalisation boursière de la JSE représente à elle seule plus de 80 % de l’ensemble des marchés boursiers africains, tandis que le reste des bourses se caractérise par une faible capitalisation, un nombre limité de sociétés nationales, des entreprises cotées de taille modeste, de faibles niveaux de liquidité, et une poignée de titres qui dominent l’ensemble des transactions. Cela dit, les perspectives de croissance potentielle sont considérables.
Il est important de souligner que la capitalisation boursière en Afrique a nettement augmenté au cours des deux dernières décennies. Les contraintes de liquidité constituent un défi majeur pour de nombreuses bourses africaines. Les marchés boursiers africains se caractérisent également par des coûts de transaction élevés, notamment les frais de compensation et de règlement, les commissions de courtage et les commissions de change. S’il est vrai qu’au défaut de liquidité sur les places africaines s’ajoute des coûts de transaction plus élevés, des initiatives essentielles axées sur les politiques sont mises en œuvre dans le but d’améliorer le fonctionnement des bourses. Par exemple, l’Association africaine des bourses de valeurs (ASEA) promeut l’achat et la vente de titres au-delà des frontières nationales en Afrique et la connexion à d’autres bourses à l’extérieur du continent par le biais du projet concernant les liens entre les bourses africaines (African Exchanges Linkage Project, AELP).
Cette initiative contribue à accroître la liquidité et la profondeur des marchés financiers tout en attirant de nouveaux investisseurs.
Les marchés de capitaux d’emprunt en Afrique
Dans l’ensemble, les pays africains ont également fait des progrès substantiels dans le développement de leurs marchés financiers grâce à de nouveaux produits, à l’amélioration de la réglementation et à une politique économique plus réactive. Au niveau des pays, les politiques de renforcement des capacités du secteur public contribuent à accroître progressivement la transparence. En Afrique, les marchés de capitaux d’emprunt sont dominés par l’État, les placements de premier ordre et les titres à rendement élevé des entreprises. Les obligations d’État représentent la majorité des titres à long terme émis sur ces marchés, soit plus de 80 % de l’ensemble des émissions de titres en 2019. Les États africains ont émis plus de 200 milliards de dollars d’obligations souveraines en 2019. L’on a par ailleurs assisté au cours des dix dernières années à une prolifération d’euro-obligations émises par ces pays. De 2010 à 2021, l’Égypte a été le plus grand émetteur d’euro-obligations, suivie par l’Afrique du Sud, le Ghana et le Nigeria. Toutefois, le marché des obligations d’entreprise n’en est qu’à ses débuts et reste peu développé dans de nombreux pays africains, à l’exception de l’Afrique du Sud qui a représenté plus de 40 % des émissions d’obligations d’entreprise en 2019.
L’évolution récente des marchés de capitaux d’emprunt a bénéficié de l’appui de la Banque africaine de développement (BAD) et d’un groupe de banques centrales africaines.
L’Initiative des marchés financiers africains (IMFA) lancée en 2008 a contribué à améliorer l’accessibilité et la fiabilité des informations régulièrement mises à jour par le biais d’un réseau d’agents de liaison dans 30 banques centrales africaines. Grâce à cette initiative, les banques ont établi une base de données sur les marchés financiers africains et lancé le premier fonds indiciel coté.
Une autre caractéristique importante du marché des capitaux d’emprunt africain est le faible ratio de la dette en souffrance par rapport au PIB. Le ratio obligations en souffrance/PIB de la plupart des pays africains est inférieur à 40 %. Plus le ratio dette/PIB est élevé, plus grande est l’exposition au risque de crédit. Bien qu’il n’existe pas de ratio dette/PIB optimal, le FMI estime qu’un ratio plus élevé peut entraîner des niveaux d’endettement insoutenables.
Financement à long terme
L’actuelle infrastructure des marchés financiers africains confirme que, malgré l’évolution positive des deux dernières décennies, la taille et la performance ne suffisent toujours pas à répondre aux besoins de financement, en particulier en ce qui concerne le financement à long terme. Quelques initiatives publiques récentes ont été entreprises à l’effet d’élargir et de diversifier les sources de financement à long terme disponibles sur le continent au-delà des efforts d’élargissement et de renforcement des marchés financiers traditionnels.
Investisseurs institutionnels
Les investisseurs institutionnels tels que les fonds de pension, les fonds souverains et les compagnies d’assurance détiennent les ressources qui permettraient aux banques multilatérales de développement de passer des « milliards aux billions » au niveau mondial. À la fin de 2020, les investisseurs institutionnels et les banques commerciales détenaient collectivement environ 120 000 milliards de dollars EU en actifs sous gestion, un montant qui devrait croître à hauteur de 5 % par an. Seulement environ 0,1 % des actifs mondiaux et 12 % des actifs des investisseurs institutionnels africains suffiraient à combler le déficit de financement annuel de 107 milliards de dollars EU des infrastructures du continent. La Banque africaine de développement a commencé à travailler sur le financement à long terme en mettant l’accent sur les investisseurs institutionnels lors de la préparation de la première édition du Forum pour l’investissement en Afrique en 2018. Il en est ressorti que la plupart des obstacles qui empêchent les investisseurs institutionnels d’entrer sur le marché africain ont trait à un manque d’informations sur les bonnes opportunités d’investissement et à l’insuffisance de moyens d’évaluer et d’atténuer les risques liés aux investissements consentis par ces investisseurs institutionnels, étant donné les coûts de transaction élevés.
Initiative du financement à long terme de l'Afrique (ALTFI)
Les informations et les données sur la disponibilité des financements à long terme en Afrique s’étant historiquement caractérisées par leur rareté, leur dispersion dans de nombreuses sources ou tout simplement par leur indisponibilité, MFW4A, FSD Africa, GIZ et la BAD ont lancé l’Africa Long-Term Finance Initiative (ALTFI, l’initiative du financement à long terme en Afrique) en 2017 afin d’adopter une approche plus intégrée du financement. L’initiative ALTFI rassemble les sources d’information existantes, collectées en amont par des tiers, et augmente la disponibilité des données en matière de financement à long terme par la collecte de données primaires. Le tableau de bord de l’initiative fournit des analyses comparatives qui facilitent la comparaison de la performance des pays les uns par rapport aux autres, ce qui suscite un intérêt pour le financement productif à long terme et contribue à exercer une pression collective sur les parties prenantes des différents pays.
Financement des infrastructures, marchés de capitaux et capital-investissement
La plupart des pays africains font face à un déficit des infrastructures de base dans les domaines des transports, des télécommunications, de l’énergie et de l’approvisionnement en eau, toutes choses qui sont essentielles pour renforcer le développement économique et social de la région. Les fonds provenant de la région sont limités, mais il existe un grand intérêt de la part des investisseurs internationaux qui, en plus de disposer de fonds pouvant financer tous les besoins, sont à même de participer à des projets d’infrastructure. Les marchés financiers africains ne sont pas actuellement en mesure de proposer un cadre adéquat pour canaliser les capitaux que nécessiterait la demande potentielle de projets d’infrastructure. Le capital-risque issu de fonds étrangers et d’investisseurs institutionnels peut toutefois aider à disposer de ressources de financement des projets d’infrastructure. Selon l’African Private Equity and Venture Capital Association (AVCA, Association des sociétés africaines de capital-investissement et de capital-risque) le nombre de projets financés au moyen de ressources en capital-risque en Afrique a augmenté en 2020. Environ 319 projets ont été financés en 2021, malgré un recul du volume financé.
À propos de l'auteur
Albert A. Agyemang-Badu est chargé de recherche pour AMENET, basé en Espagne. Il est également maître de conférences au département de comptabilité et de finance du Spiritan University College, Ejisu, Kumasi, Ghana. Il est titulaire d'un doctorat en économie et commerce de l'Universidad Autonoma de Madrid, en Espagne, où il a analysé les liens entre les marchés financiers africains et les incertitudes politiques. Il est également titulaire d'une maîtrise en finance de l'Université Kwame Nkrumah de science et de technologie, au Ghana. Ses recherches portent sur les marchés financiers africains, la modélisation économétrique, la finance quantitative et l'économie du développement.
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