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Un Nigeria sans numéraire – Mener par l’exemple

nov 02, 2015
Alors que le Nigeria déploie l'une des plus ambitieuses plates-formes politiques des pays en développement pour stimuler les paiements numériques et générer une plus grande inclusion financière, il est important de faire le point sur les progrès réalisés par le pays à ce jour, afin que les décideurs du monde entier puissent apprendre des expériences du Nigeria. À cet effet, L'alliance Better than cash (BTCA) vient de publier deux études pivots documentant l'évolution numérique du Nigeria, comprenant entre autre les perspectives de progrès à venir dans des domaines clés, et quatre études de fond, qui, sans être un échantillon représentatif de toutes les grandes entreprises, apportent néanmoins plusieurs leçons importantes. Dans l'ensemble, les études révèlent un tableau mitigé, mais globalement encourageant du succès du Nigeria. La transition du cash vers les paiements numériques progresse à des vitesses très variées dans les différents secteurs de l'économie et par différents types de paiement. Les résultats les plus prometteurs concernent les paiements de masse à partir d'un donneur d'ordre unique vers de nombreux bénéficiaires. Sur ce front le gouvernement nigérian prêche par l'exemple, en effectuant l'intégralité de ses paiements de pension, les règlements des fournisseurs et les paiements vers ses entités gouvernementales et municipales par voie électronique, avec 61 % de ses paiements de salaires et de subventions sociales. De plus, le leadership gouvernemental a créé une dynamique qui se combine avec le programme de grande envergure de la Banque centrale du Nigeria " Nigeria sans numéraire " et qui conduit vers des progrès significatifs vers les paiements numériques entre les grandes entreprises. Le programme " Nigeria sans numéraire " implique un large éventail d'initiatives politiques allant des campagnes d'information du public, des directives concernant les points de vente aux restrictions sur les frais et services de trésorerie en transit, afin de désinciter les retraits d'espèces. Il est soutenu par la carte nationale d'identité électronique(e - ID), une carte d'identité nationale que les citoyens peuvent également choisir d'activer comme une carte de paiement MasterCard. La règlementation a tout d'abord été mise en œuvre dans 6 états (Lagos, Rivers, Anambra, Abia, Kano et l'État d'Ogun) et sur le Territoire de la capitale fédérale (FCT), avant d'être déployée à l'échelle nationale en 2014. Comme indicateur de progrès dans le secteur des entreprises du Nigeria, Depuis 2013 les grandes entreprises paient maintenant 61 % des salaires par voie électronique (comparativement à 31 % dans les entreprises moyennes, et 15% dans les petites entreprises). En effet, l'une des idées clés qui ressort des études de la BTCA est que les paiements numériques semblent avoir dépassé aujourd'hui un seuil critique dans le secteur des entreprises du Nigeria, avec la conclusion selon laquelle pour les grandes entreprises, la question n'est pas de savoir s'il est intéressant de faire la transition vers les paiements numériques, mais plutôt de savoir quand et comment le faire. Cependant, pour d'autres types de paiement les progrès ont été plus modestes. Bien qu'ils existent, quand il en vient aux paiements par de nombreux contribuables vers un bénéficiaire (par exemple, les consommateurs qui paient une entreprise de services ou l'autorité fiscale nationale) les options de paiement numériques n'ont pas été largement utilisées. Les facteurs qui contribuent à ce faible taux de participation comprennent une absence de marketing agressif des options de paiement numériques par les services publics et autres entreprises orientées vers le consommateur, l'ubiquité des paiements en espèces et la grande partie de la population qui ne dispose pas d'un compte bancaire. Les paiements effectués par les particuliers vers un bénéficiaire commercial (Ex. Un marchand) représentent le volume écrasant des paiements au Nigeria, comme il s'opère dans de nombreux marchés. Dans cette catégorie, seulement 1% des paiements en volume sont actuellement déployés numériquement. Plusieurs des principaux obstacles à la numérisation rapide des paiements ont émergé des études de BTCA. La plus prédominante d'entre elles est la préoccupation répandue chez les particuliers et les petites entreprises au sujet du contrôle et des obligations fiscales conséquentes auxquelles ils devront faire face s'ils adoptent des outils de paiement numériques. Dans le même temps, il existe aussi un manque de compréhension considérable entre les particuliers et les petites entreprises relativement aux avantages du passage au numérique. Il y a un besoin évident de plus de campagnes d'éducation du public pour combler cette lacune. Toutefois, il existe également des preuves d'une enquête de 2014 sur 600 petites entreprises selon lesquelles certains commerçants commencent à reconnaître quelques un des avantages clés, tels que de meilleurs outils de tenue de dossiers. Également au centre des conclusions se trouve la reconnaissance de la nécessité d'une meilleure infrastructure et des incitations plus fortes pour conduire le changement vers l'avant. Bien que les infrastructures de paiement numérique progressent rapidement à Lagos, et dans une moindre mesure dans les autres grandes villes, elles sont, sans surprise, beaucoup moins développées dans les zones rurales et éloignées. Il est nécessaire d'entreprendre des actions pour surmonter ces lacunes numériques. Il est également intéressant de noter que les cartes de débit ont été largement attribuées à la population urbaine et bancaire du Nigeria, mais les consommateurs, écrasante majorité, ne les utilisent que pour les retraits en espèces (qui sont généralement gratuits), plutôt que de faire des paiements au point de vente (POS). Cette faiblesse de la demande des consommateurs pour des installations de points de vente numériques, signifie en retour que les commerçants sont peu enclins à investir dans de telles installations, et donc " l'utilisation de cartes chez les commerçants semble être au point mort ", selon notre analyse. Il s'agit là des différentes questions sur lesquelles les décideurs nigérians devront se pencher avec une nouvelle série d'initiatives ciblées si le Nigeria entend se construire sur ses succès et de manière agressive conduire une plus grande inclusion financière par le biais des paiements numériques. Heureusement, l'ambition et le leadership du gouvernement et de la Banque centrale du Nigeria ont déjà annoncé de bonnes perspectives pour l'avenir. Camilo Tellez-Merchan est le Manager en charge de la recherche et de la gestion des connaissances à BTCA. Avant de rejoindre BTCA, il a travaillé au CGAP à Washington et avec la GSM Association à Londres, où il a soutenu les fournisseurs dans le domaine des services financiers numériques. Il a également travaillé à la Commission économique des Nations Unies pour l'Asie et le Pacifique à Bangkok, et au Labo de Microsoft à Bangalore où il a mené des recherches ICT4D sur la technologie pour l'équipe en charge des marchés émergents.

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