Transferts de fonds internationaux et inclusion financière en Afrique sub-saharienne
sep 29, 2014
Les transferts de fonds des migrants vers l'Afrique sub-saharienne (ASS) ont été en constante augmentation ces vingt dernières années et ont atteint environ 32 milliards de dollars en 2013. Alors que des études ont montré que les transferts de fonds des migrants peuvent avoir un impact sur le niveau de développement financier en ASS - notamment sur la part des dépôts ou M2 dans le PIB (Gupta et al. 2009), il n'existait à ma connaissance aucune mesure de l'impact des transferts de fonds des migrants sur l'inclusion financière des ménages pour cette région en termes d'utilisation des services financiers. Cette question est importante parce qu'il semble de plus en plus évident que l'inclusion financière peut avoir des effets positifs sur les ménages et les individus. En particulier, des études ont montré que l'accès des particuliers aux instruments d'épargne augmente l'épargne, l'émancipation féminine, l'investissement productif et la consommation. De plus, le sujet de l'inclusion financière a pris de l'importance au niveau des organismes internationaux. En mai 2013, le panel de direction des Nations Unies a présenté des recommandations sur les objectifs de développement des Nations Unies après 2015, qui incluaient l'accès universel aux services financiers comme un facteur important pour la création d'emplois et la croissance équitable. En septembre 2013, le G20 a réaffirmé son engagement pour l'inclusion financière en l'inscrivant dans ses priorités de développement.
Dans un article récent, Gemechu Ayana Aga et moi-même examinons les liens entre les transferts de fonds internationaux et l'un des aspects de l'inclusion financière en ASS : l'utilisation des comptes courants par les ménages. Ce sujet est particulièrement important en ASS, étant donné que seulement environ 24 % de la population dispose d'un compte courant dans un établissement financier. Par comparaison, ce chiffre est de 55 % des adultes en Asie orientale, de 35 % dans l'est de l'Europe, de 39 % en Amérique latine et de 33 % dans le sud de l'Asie.
Les transferts de fonds des migrants peuvent affecter l'utilisation des comptes courants par les ménages d'au moins deux manières. D'abord, ces transferts peuvent stimuler la demande d'instruments d'épargne. Les frais fixes liés aux transferts de fonds les rendent irréguliers, fournissant aux ménages des apports de fonds élevés à intervalles distants. Ceci peut augmenter leur besoin de comptes de dépôt car les institutions financières constituent pour les ménages une solution sûre pour stocker cet excès provisoire de liquidités. De plus, le contact des destinataires de transferts de fonds avec les banques, par exemple lorsque les banques jouent le rôle de payeurs, permettent à ces destinataires de se familiariser avec les services bancaires et stimulent leur demande de comptes courants. Tant que le manque d'information restera la raison principale de l'exclusion financière des ménages, les transferts de fonds permettront de stimuler l'utilisation des comptes bancaires.
En utilisant les chiffres de l'enquête de la Banque Mondiale sur environ 10 000 ménages dans cinq pays - le Burkina Faso, le Kenya, le Nigeria, le Sénégal et l'Ouganda - nous avons découvert que la réception d'un transfert de fond international augmente la probabilité de l'ouverture d'un compte courant dans tous les pays de notre étude. Ce résultat permet de mesurer l'action des transferts comme indicateur de la situation économique des migrants dans les pays de destination.
L'importance de cet effet varie selon les pays de destination (voir figure 1). Au Kenya et au Nigeria, la réception de transferts de fonds internationaux augmente la probabilité pour les ménages de disposer d'un compte courant d'environ 10 points. Ce pourcentage est plus important en Ouganda, où cette probabilité est augmentée de 15 points. Ce coefficient est plus bas au Sénégal et au Burkina Faso, où la réception de transferts de fonds internationaux n'augmente la probabilité de disposer d'un compte courant respectivement que de 5 et de 6 points.
Figure 1: De l'influence des transferts de fonds sur la probabilité pour les ménages de disposer d'un compte courant

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