Systèmes bancaires des pays arabes, vers un modèle commun ?
juin 19, 2011
Malgré leur disparité et leur hétérogénéité, les pays arabes partagent aujourd’hui beaucoup de points communs : l’arabe comme langue officielle comme culture dominante, l’influence politique, économique et juridique des pays voisins d’Europe occidentale et des Etats-Unis. Autre caractéristique commune, leurs systèmes bancaires, bien que profonds, sont vulnérables et financent insuffisamment l’économie locale. Les changements politiques que vivent actuellement certains d’entre eux pourraient donner l’impulsion d’une réforme en profondeur.
Les pays de la région se sont engagés sur la voie de la modernisation bancaire et financière à des périodes relativement proches, dans un premier temps à l’initiative de l’ouverture commerciale pour les pays exportateurs de ressources naturelles ou de l’acquisition de leur indépendance. Puis, dans les années 1980-1990, sous l’impulsion des programmes de réforme macroéconomique et structurelle mis en œuvre dans le cadre du Consensus de Washington. Leur intégration progressive et leur adhésion aux règles internationales (telles celles du Comité de Bâle) ensuite ont également contribué à la modernisation et au développement des secteurs bancaires arabes. Jusqu’à parler aujourd’hui de convergence vers les systèmes mondialisés. Bancarisation, gouvernance, gestion des risques, développement de la banque de détail et du financement des PME sont aujourd’hui les préoccupations premières, et les solutions s’inspirent des pratiques en Occident mais aussi dans la région. Le développement régional et international des banques arabes en est la marque, en particulier vers le continent africain avec les exemples des banques marocaines, mais aussi libanaises, etc.
Dans plusieurs pays, le secteur public conserve un rôle dominant dans le secteur, que ce soit du point de vue des institutions bancaires elles-mêmes ou des entreprises bénéficiant du financement intermédié. Et, même dans les pays où la plupart des établissements sont privés, la concurrence demeure faible. Le résultat en est que le système financier, même stable, a des performances insuffisantes avec des taux de créances douteuses importants par rapport aux pays aux revenus équivalents, avec un accès limité voire nul d'une part importante de la population aux services bancaires.
En outre, l’offre et la demande de financement des petites et moyennes entreprises ne coïncide pas, et cela est dû en partie à un défaut de confiance, entre le banquier qui ne dispose pas d’information fiable sur la santé de l’entreprise et ce dernier qui n’est pas toujours en mesure de fournir un business plan construit et n’est pas toujours enclin à solliciter un financement extérieur. Ce sont autant de pistes prioritaires qui peuvent, pour beaucoup, être communes aux pays de la région. Des initiatives notables ont été menées pour rapprocher banquiers et PME, qui constituent plus de 90% des unités de production.
La crise des subprimes a conduit les pays du Golfe à redéfinir la répartition internationale de leurs investissements, au profit de la région méditerranéenne, dont les gains restent supérieurs aux pertes potentielles avec un risque réel estimé à seulement 2%. Depuis 2007, le Maghreb bénéficie ainsi à nouveau d’un essor des investissements provenant du Golfe. Pour preuve les annonces de projets d’investissement dans les pays du Maghreb de la part d’institutions bancaires et financières des pays du Golfe.
Les systèmes bancaires arabes demeurent encore hétérogènes aujourd’hui, mais ils partagent beaucoup plus de caractéristiques qu’avec toute autre région du monde. Les financements bancaires sont très orientés vers les entreprises et les classes aisées de la population, concentrant la majorité des actifs dans des pays où une part non négligeable de la population demeure sous le seuil de pauvreté. La finance islamique représente une part minoritaire dans les actifs financiers ; plutôt développée dans les pays du Golfe, elle représente au plus 34% en Arabie Saoudite, et elle est encore marginale dans le pourtour de la Méditerranée. Pour sa dimension bancaire, elle se présente comme une solution de proximité, aux côtés du microcrédit qui sert quant à lui les toutes petites entreprises, individuelles, à des conditions plus onéreuses et avec des garanties moindres pour le client qu'auprès du secteur bancaire. Il manquerait donc une solution de « mésocrédit ». Les travaux sont nombreux pour trouver une solution à ce dilemme. Bancariser, pour capter l’épargne, recentrer la décision de crédit sur le potentiel de cash flow du projet à financer en premier lieu, et, si garantie il faut apporter, alors construire une garantie publique.
Mais il ne faut certainement pas calquer les modèles expérimentés en Occident à un tissu économique et à des souhaits d’évolution assurément différents, et en particulier pour moitié dans le secteur informel. Il faut innover, voire réinventer la banque sous certains aspects.
Handicapée par des offres restrictives, un manque de confiance, le potentiel de la banque des pays arabes reste donc à réaliser dans une bonne mesure, afin d’allouer les importantes ressources aux projets susceptibles d’assurer la poursuite du développement économique et social.
Considérer qu’elle suit une tendance relativement homogène confère aux politiques de développement une potentielle dimension régionale, y compris sur l’ensemble du continent africain.
Systèmes bancaires des pays arabes
Estelle Brack, Déléguée Adjointe en charge Affaires Internationales & Economiste principal, Fédération Bancaire Française / Professeur à l’Université Paris 2 – Panthéon Assas dans le LLM Droit des Affaires des pays arabes.
Les pays de la région se sont engagés sur la voie de la modernisation bancaire et financière à des périodes relativement proches, dans un premier temps à l’initiative de l’ouverture commerciale pour les pays exportateurs de ressources naturelles ou de l’acquisition de leur indépendance. Puis, dans les années 1980-1990, sous l’impulsion des programmes de réforme macroéconomique et structurelle mis en œuvre dans le cadre du Consensus de Washington. Leur intégration progressive et leur adhésion aux règles internationales (telles celles du Comité de Bâle) ensuite ont également contribué à la modernisation et au développement des secteurs bancaires arabes. Jusqu’à parler aujourd’hui de convergence vers les systèmes mondialisés. Bancarisation, gouvernance, gestion des risques, développement de la banque de détail et du financement des PME sont aujourd’hui les préoccupations premières, et les solutions s’inspirent des pratiques en Occident mais aussi dans la région. Le développement régional et international des banques arabes en est la marque, en particulier vers le continent africain avec les exemples des banques marocaines, mais aussi libanaises, etc.
Dans plusieurs pays, le secteur public conserve un rôle dominant dans le secteur, que ce soit du point de vue des institutions bancaires elles-mêmes ou des entreprises bénéficiant du financement intermédié. Et, même dans les pays où la plupart des établissements sont privés, la concurrence demeure faible. Le résultat en est que le système financier, même stable, a des performances insuffisantes avec des taux de créances douteuses importants par rapport aux pays aux revenus équivalents, avec un accès limité voire nul d'une part importante de la population aux services bancaires.
En outre, l’offre et la demande de financement des petites et moyennes entreprises ne coïncide pas, et cela est dû en partie à un défaut de confiance, entre le banquier qui ne dispose pas d’information fiable sur la santé de l’entreprise et ce dernier qui n’est pas toujours en mesure de fournir un business plan construit et n’est pas toujours enclin à solliciter un financement extérieur. Ce sont autant de pistes prioritaires qui peuvent, pour beaucoup, être communes aux pays de la région. Des initiatives notables ont été menées pour rapprocher banquiers et PME, qui constituent plus de 90% des unités de production.
La crise des subprimes a conduit les pays du Golfe à redéfinir la répartition internationale de leurs investissements, au profit de la région méditerranéenne, dont les gains restent supérieurs aux pertes potentielles avec un risque réel estimé à seulement 2%. Depuis 2007, le Maghreb bénéficie ainsi à nouveau d’un essor des investissements provenant du Golfe. Pour preuve les annonces de projets d’investissement dans les pays du Maghreb de la part d’institutions bancaires et financières des pays du Golfe.
Les systèmes bancaires arabes demeurent encore hétérogènes aujourd’hui, mais ils partagent beaucoup plus de caractéristiques qu’avec toute autre région du monde. Les financements bancaires sont très orientés vers les entreprises et les classes aisées de la population, concentrant la majorité des actifs dans des pays où une part non négligeable de la population demeure sous le seuil de pauvreté. La finance islamique représente une part minoritaire dans les actifs financiers ; plutôt développée dans les pays du Golfe, elle représente au plus 34% en Arabie Saoudite, et elle est encore marginale dans le pourtour de la Méditerranée. Pour sa dimension bancaire, elle se présente comme une solution de proximité, aux côtés du microcrédit qui sert quant à lui les toutes petites entreprises, individuelles, à des conditions plus onéreuses et avec des garanties moindres pour le client qu'auprès du secteur bancaire. Il manquerait donc une solution de « mésocrédit ». Les travaux sont nombreux pour trouver une solution à ce dilemme. Bancariser, pour capter l’épargne, recentrer la décision de crédit sur le potentiel de cash flow du projet à financer en premier lieu, et, si garantie il faut apporter, alors construire une garantie publique.
Mais il ne faut certainement pas calquer les modèles expérimentés en Occident à un tissu économique et à des souhaits d’évolution assurément différents, et en particulier pour moitié dans le secteur informel. Il faut innover, voire réinventer la banque sous certains aspects.
Handicapée par des offres restrictives, un manque de confiance, le potentiel de la banque des pays arabes reste donc à réaliser dans une bonne mesure, afin d’allouer les importantes ressources aux projets susceptibles d’assurer la poursuite du développement économique et social.
Considérer qu’elle suit une tendance relativement homogène confère aux politiques de développement une potentielle dimension régionale, y compris sur l’ensemble du continent africain.
Systèmes bancaires des pays arabes
Estelle Brack, Déléguée Adjointe en charge Affaires Internationales & Economiste principal, Fédération Bancaire Française / Professeur à l’Université Paris 2 – Panthéon Assas dans le LLM Droit des Affaires des pays arabes.
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