Secteurs financiers africains et crise de la dette européenne:La tempête va-t-elle s’étendre à l’Afrique Sub-saharienne ?
mar 09, 2012
Les secteurs financiers africains ont à maints égards été reconnus pour leur croissance régulière et leurs résistance pendant et après la crise financière mondiale de 2008. Toutefois, alors que la crise de la dette européenne continue à se manifester, les décideurs politiques se demandent si les secteurs financiers africains pourront continuer à tenir le pari de rester non affectés ?
Dans l'ensemble, des éléments de preuve permettent de penser que la crise de la dette européenne (en supposant un scénario de crise caractérisée par un désendettement significatif du secteur bancaire européen, une réduction des échanges avec l'Europe et une baisse caractéristique, mais encore contenue de la confiance des investisseurs mondiaux) posera certains défis au développement du secteur financier en Afrique bien que sur une échelle non systémique. Les marchés financiers nationaux deviennent de plus en plus profonds avec pour conséquence une perte notoire du prestige
du financement bancaire européen pour les emprunteurs africains. Les prêts hors-frontière à partir de banques européennes comptent pour moins de 25 % du total des crédits au secteur privé africain. En mettant de côté l'Afrique du Sud, la part des prêts étrangers transfrontaliers s’est réduite de 45 % en 2005 à 34 % en 2010. Les emprunteurs sont de plus en plus en mesure d'emprunter auprès des banques locales et de se financer sur les marchés locaux. Les banques européennes ont également une présence limitée en Afrique à l’exception notoire des banques portugaises en Angola et au Mozambique. La plupart du temps, ces banques se financent localement et non par leurs parents européens et sont souvent d'une importance stratégique pour les banques mères en raison de leur forte rentabilité et des perspectives de croissance. Néanmoins, un certain nombre de pays et secteurs sont de grands emprunteurs auprès des banques européennes et l'impact de la réduction des prêts bancaires européens dépendra de la capacité de ces secteurs à trouver des financements alternatifs. Il s’agit des secteurs tels que celui des opérateurs de télécommunication régionaux, celui des produits et du secteur bancaire sud-africain qui sont d'importants bénéficiaires de financements bancaires européens. Il est possible que la plupart
de ces secteurs trouvent des financements alternatifs. La moyenne des prêts auprès des banques étrangères en tant que part du PIB est limitée dans la plupart des pays africains, mais compte pour plus de 20 % du PIB au Mozambique, au Sénégal et en Afrique du Sud ainsi que dans certaines économies de plus petite taille telles que celle du Cap-Vert et des Seychelles. Une baisse de la confiance des investisseurs mondiaux a réduit les investissements de portefeuille dans certains pays africains, affecté le rendement des marchés de capitaux, réduit les liquidités dans un certain nombre de marchés à revenu fixe et obligé certains gouvernements africains à retarder l'émission d'obligations internationales. Le rendement des marchés de capitaux locaux est étroitement lié aux flux de portefeuille des investisseurs étrangers. Plus important encore, la liquidité dans un certain nombre de marchés obligataires locaux a été fortement tributaire de la participation d’investisseurs étrangers. La récente volatilité du rendement résultant de l'inflation s’est amplifiée et la dépréciation du taux de change a comme on pourrait dire, opéré une ponction sur la liquidité du marché obligataire local. Les perspectives à moyen terme demeurent toutefois positives d’autant que les investisseurs internationaux sont toujours à la recherche de possibilités d’intensification de leurs investissements en Afrique. La Namibie et le Sénégal sont entrés dans les marchés internationaux avec succès pour la première fois en 2011 et les données récentes sur la stabilité du marché financier africain ont permis de réduire de manière notoire la prime de risque
de l'Afrique. Les observateurs du marché soulignent que l’Afrique souffre aussi de la contagion du manque de confiance des investisseurs mondiaux mais que l'impact actuel est relatif à celui des autres marchés émergents. L’investissement en Afrique depuis ces dernières années est de moins en moins perçu comme un risque par les investisseurs et une base émergente d'investisseurs engagés se met en place, favorisant une réduction de la volatilité des prix des titres africains. Une récente enquête mondiale de grands investisseurs institutionnels a trouvé que l'Afrique
bénéficiera de dotations d'investissement plus élevées au cours des années à venir. La menace la plus grave à laquelle l’Afrique pourrait faire face par rapport à la crise de la dette européenne est que cette crise déclenche des risques de secteur financier qui se créent à l’interne. Les marchés de crédit africains évoluaient à un rythme de croissance rapide avant la crise mondiale et, après une période temporaire de ralentissement, la croissance du crédit a repris jusqu'en 2011. Dans un environnement marqué par une faible gestion des risques et une capacité de surveillance inadéquate, une augmentation du crédit peut contribuer à une accumulation de risques dans le secteur. L'exemple de la crise financière mondiale de 2008/9 devrait servir de leçon. Une nouvelle série de chocs externes émanant de la crise de la dette européenne pourrait à nouveau exposer ou aggraver les risques qui prévalent dans les secteurs financiers africains. Le renforcement de la capacité de surveillance et de la capacité de gestion des risques doit rester au cœur de l'agenda des réformes. Ce sera encore plus important d’autant que beaucoup de facteurs isolants qui limitent l'exposition des secteurs financiers africains à des risques mondiaux vont disparaître à mesure que la région Afrique continue de croître et de s'intégrer de plus en plus dans les marchés mondiaux. Michael Fuchs est un Conseiller au Département des finances et du secteur privé pour
la région Afrique à la Banque mondiale. Il a travaillé pour la région Afrique depuis 2003 se focalisant sur les questions de développement du secteur financier dans un grand nombre de pays et dirigeant des évaluations du secteur financier au Mozambique, au Kenya, en Ouganda, au Malawi, en Zambie, en Tanzanie et au Rwanda. Il a également beaucoup travaillé au Nigéria, soutenant notamment la Stratégie du système financier nigérian pour 2020 (Nigerian Financial System Strategy 2020) et conduisant la réforme des politiques et plusieurs opérations d'investissement dans des pays parmi lesquels le Kenya et le Nigeria. Parmi ses sujets d'intérêt particulier on note la surveillance post-crise des systèmes financiers africains, l'impact des modifications de la structure financière internationale sur les pays à faible revenu, l’intégration financière sous régionale, et la facilitation du financement des infrastructures. Avant de rejoindre la Région Afrique, Michael a travaillé pendant 8 ans à la Région CEA (Commission économique des Nations unies pour l’Afrique) de la Banque avec cinq années dédiées à la Russie dans le sillage de l'effondrement financier de 1998. Avant d’être employé par la Banque, il a travaillé pendant 11 ans à la Banque centrale danoise principalement sur la politique monétaire et le conseil de gestion des réserves de change. Il est détenteur d’un doctorat et d’une maîtrise de l'Université de Copenhague et d’une licence de l'Université de York (Royaume-Uni).
Dans l'ensemble, des éléments de preuve permettent de penser que la crise de la dette européenne (en supposant un scénario de crise caractérisée par un désendettement significatif du secteur bancaire européen, une réduction des échanges avec l'Europe et une baisse caractéristique, mais encore contenue de la confiance des investisseurs mondiaux) posera certains défis au développement du secteur financier en Afrique bien que sur une échelle non systémique. Les marchés financiers nationaux deviennent de plus en plus profonds avec pour conséquence une perte notoire du prestige
du financement bancaire européen pour les emprunteurs africains. Les prêts hors-frontière à partir de banques européennes comptent pour moins de 25 % du total des crédits au secteur privé africain. En mettant de côté l'Afrique du Sud, la part des prêts étrangers transfrontaliers s’est réduite de 45 % en 2005 à 34 % en 2010. Les emprunteurs sont de plus en plus en mesure d'emprunter auprès des banques locales et de se financer sur les marchés locaux. Les banques européennes ont également une présence limitée en Afrique à l’exception notoire des banques portugaises en Angola et au Mozambique. La plupart du temps, ces banques se financent localement et non par leurs parents européens et sont souvent d'une importance stratégique pour les banques mères en raison de leur forte rentabilité et des perspectives de croissance. Néanmoins, un certain nombre de pays et secteurs sont de grands emprunteurs auprès des banques européennes et l'impact de la réduction des prêts bancaires européens dépendra de la capacité de ces secteurs à trouver des financements alternatifs. Il s’agit des secteurs tels que celui des opérateurs de télécommunication régionaux, celui des produits et du secteur bancaire sud-africain qui sont d'importants bénéficiaires de financements bancaires européens. Il est possible que la plupart
de ces secteurs trouvent des financements alternatifs. La moyenne des prêts auprès des banques étrangères en tant que part du PIB est limitée dans la plupart des pays africains, mais compte pour plus de 20 % du PIB au Mozambique, au Sénégal et en Afrique du Sud ainsi que dans certaines économies de plus petite taille telles que celle du Cap-Vert et des Seychelles. Une baisse de la confiance des investisseurs mondiaux a réduit les investissements de portefeuille dans certains pays africains, affecté le rendement des marchés de capitaux, réduit les liquidités dans un certain nombre de marchés à revenu fixe et obligé certains gouvernements africains à retarder l'émission d'obligations internationales. Le rendement des marchés de capitaux locaux est étroitement lié aux flux de portefeuille des investisseurs étrangers. Plus important encore, la liquidité dans un certain nombre de marchés obligataires locaux a été fortement tributaire de la participation d’investisseurs étrangers. La récente volatilité du rendement résultant de l'inflation s’est amplifiée et la dépréciation du taux de change a comme on pourrait dire, opéré une ponction sur la liquidité du marché obligataire local. Les perspectives à moyen terme demeurent toutefois positives d’autant que les investisseurs internationaux sont toujours à la recherche de possibilités d’intensification de leurs investissements en Afrique. La Namibie et le Sénégal sont entrés dans les marchés internationaux avec succès pour la première fois en 2011 et les données récentes sur la stabilité du marché financier africain ont permis de réduire de manière notoire la prime de risque
de l'Afrique. Les observateurs du marché soulignent que l’Afrique souffre aussi de la contagion du manque de confiance des investisseurs mondiaux mais que l'impact actuel est relatif à celui des autres marchés émergents. L’investissement en Afrique depuis ces dernières années est de moins en moins perçu comme un risque par les investisseurs et une base émergente d'investisseurs engagés se met en place, favorisant une réduction de la volatilité des prix des titres africains. Une récente enquête mondiale de grands investisseurs institutionnels a trouvé que l'Afrique
bénéficiera de dotations d'investissement plus élevées au cours des années à venir. La menace la plus grave à laquelle l’Afrique pourrait faire face par rapport à la crise de la dette européenne est que cette crise déclenche des risques de secteur financier qui se créent à l’interne. Les marchés de crédit africains évoluaient à un rythme de croissance rapide avant la crise mondiale et, après une période temporaire de ralentissement, la croissance du crédit a repris jusqu'en 2011. Dans un environnement marqué par une faible gestion des risques et une capacité de surveillance inadéquate, une augmentation du crédit peut contribuer à une accumulation de risques dans le secteur. L'exemple de la crise financière mondiale de 2008/9 devrait servir de leçon. Une nouvelle série de chocs externes émanant de la crise de la dette européenne pourrait à nouveau exposer ou aggraver les risques qui prévalent dans les secteurs financiers africains. Le renforcement de la capacité de surveillance et de la capacité de gestion des risques doit rester au cœur de l'agenda des réformes. Ce sera encore plus important d’autant que beaucoup de facteurs isolants qui limitent l'exposition des secteurs financiers africains à des risques mondiaux vont disparaître à mesure que la région Afrique continue de croître et de s'intégrer de plus en plus dans les marchés mondiaux. Michael Fuchs est un Conseiller au Département des finances et du secteur privé pour
la région Afrique à la Banque mondiale. Il a travaillé pour la région Afrique depuis 2003 se focalisant sur les questions de développement du secteur financier dans un grand nombre de pays et dirigeant des évaluations du secteur financier au Mozambique, au Kenya, en Ouganda, au Malawi, en Zambie, en Tanzanie et au Rwanda. Il a également beaucoup travaillé au Nigéria, soutenant notamment la Stratégie du système financier nigérian pour 2020 (Nigerian Financial System Strategy 2020) et conduisant la réforme des politiques et plusieurs opérations d'investissement dans des pays parmi lesquels le Kenya et le Nigeria. Parmi ses sujets d'intérêt particulier on note la surveillance post-crise des systèmes financiers africains, l'impact des modifications de la structure financière internationale sur les pays à faible revenu, l’intégration financière sous régionale, et la facilitation du financement des infrastructures. Avant de rejoindre la Région Afrique, Michael a travaillé pendant 8 ans à la Région CEA (Commission économique des Nations unies pour l’Afrique) de la Banque avec cinq années dédiées à la Russie dans le sillage de l'effondrement financier de 1998. Avant d’être employé par la Banque, il a travaillé pendant 11 ans à la Banque centrale danoise principalement sur la politique monétaire et le conseil de gestion des réserves de change. Il est détenteur d’un doctorat et d’une maîtrise de l'Université de Copenhague et d’une licence de l'Université de York (Royaume-Uni).
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