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Révolutionner l'accès au financement pour les PME africaines

sep 12, 2014
L'Afrique connaît depuis une décennie une croissance de 5% à l'échelle du continent. Cette croissance surprenante et spectaculaire attire des investisseurs venus du monde entier, contraints de changer leur perception sur ce contient en profond bouleversement,
et séduits par ce qu'ils considèrent aujourd'hui comme la nouvelle frontière émergente. Parmi les dix pays du monde dont la croissance économique a été la plus rapide entre 2000 et 2010, cinq se trouvent en Afrique subsaharienne : la Guinée Equatoriale (12,3% par an), l'Angola (9,3% par an), le Tchad (8,8% par an), le Nigéria (7,4% par an) et l'Ethiopie (6,9% par an). Mais cette croissance demeure fragile, inégale et porte en elle d'immenses défis : comment faire en sorte qu'elle bénéficie au plus grand nombre et permette à des millions d'individus de sortir de l'état de grande pauvreté dans lequel ils sont enlisés ? Car si en 2050 l'Afrique représentera 4% de l'économie mondiale, elle concentrera également 23% de la population à l'échelle de la planète, et sera confrontée à des enjeux majeurs comme celui de l'emploi d'une population, jeune, dynamique et de plus en plus nombreuse sur le marché du travail. Dans ce contexte les petites et moyennes entreprises africaines sont les mieux placées pour créer de la valeur ajoutée locale, des emplois et développer des filières de production et de distribution locales. Elles représentent un vecteur essentiel de stabilisation sociale et politique en répartissant les richesses créées et en structurant les économies locales. Pour autant les PME apparaissent comme les chaînons manquants des économies africaines. Elles doivent désespérément trouver les moyens de couvrir leurs besoins de croissance malgré un manque latent d'accès aux financements. Trop petites et trop coûteuses à gérer pour des grandes institutions bancaires, elles sont par ailleurs trop grandes pour répondre aux critères d'investissement des institutions de microfinance. Elles se retrouvent ainsi aujourd'hui dans une impasse et ne bénéficient pas pleinement de l'embellie dont le continent fait aujourd'hui l'objet. Dans ce cadre, quelle solution apporter à ces acteurs clés d'une croissance durable et responsable en Afrique afin de leur permettre de démarrer leur activité ou bien franchir une nouvelle étape de leur développement? La solution réside dans l'émergence de nouvelles capacités de financement offrant aux entrepreneurs la possibilité de renforcer leurs fonds propres dans des conditions adaptées aux contextes locaux en matière de frais de gestion, de frais de transaction, etc. Il s'agit de développer une nouvelle industrie du capital investissement 100% africaine, qui peut s'appuyer sur un réseau de fonds d'investissement locaux, réunissant un tour de table africain et gérés par des équipes recrutées localement. Ce nouveau dispositif permettrait de révolutionner l'accès au financement des petits entrepreneurs africains à travers une nouvelle offre de financement pérenne. Mais cet apport de capital ne sera sous doute pas suffisant pour permettre aux entrepreneurs africains de réaliser leur potentiel de croissance et maximiser leur impact économique, social et environnemental. Il devra être complété par un accompagnement stratégique destiné à mettre en place des fondamentaux solides, garants d'une croissance durable et respectueuse de l'ensemble des parties prenantes. Enfin des missions d'assistance techniques seront essentielles pour construire et renforcer les capacités de financement, à travers un transfert de savoir-faire, de méthodologie et le développement des compétences locales. La création de ce réseau de fonds d'investissement africains tirera les enseignements des succès et échecs de la microfinance et apportera au capital investissement une révolution de même nature que celle que la microfinance a apportée à la dette. Elle nécessitera une réelle pédagogie auprès des acteurs actuels de la finance en Afrique : banques, institutions de développement, institutions privées, pour que chacun contribue à la réussite de ce nouveau mode de financement, mais aussi auprès des entrepreneurs, ce métier faisant parfois l'objet de méfiance et ses bénéfices n'étant aujourd'hui pas totalement appréciés ! Jean-Michel Severino est président de Investisseur et Partenaire pour le Développement (I&P). De 2001 à 2010, il fut directeur général de l'Agence française de développement (AFD). Inspecteur des finances, Jean-Michel Severino a aussi été directeur du développement au ministère français de la Coopération. Il a en outre travaillé à la Banque mondiale, tout d'abord en tant que directeur pour l'Europe Centrale, puis en tant que vice-président pour l'Asie.

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