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Repenser l'éducation financière pour les personnes extrêmement pauvres

nov 16, 2015
Près d'un milliard de personnes vivent avec moins de 1,90 $ par jour. La plupart d'entre eux vivent en Afrique, ce qui signifie que plus de 40 % des citoyens du continent vivent dans l'extrême pauvreté. Toutefois, il est supposé à tort qu'une meilleure documentation et éducation financière permettront d'améliorer la situation financière de ces derniers. L'OCDE mesure l'éducation financière autour de quatre dimensions: Le contrôle financier, La planification financière, le choix des produits financiers, et enfin les connaissances financières. Il est considéré que toute personne sachant comment établir un budget, maximiser les rendements financiers, et emprunter avec prudence, améliorera sa situation financière. Malheureusement, les conditions financières dans lesquelles les personnes extrêmement pauvres vivent sont tellement différentes des conditions considérées par la culture financière conventionnelle si bien que l'éducation reposant sur celle-ci est à la fois irréaliste et néfaste. Il suppose que les pauvres ont des flux de revenus et dépenses de faible importance mais assez réguliers, et que des produits financiers appropriés sont pour la plupart disponibles. Toutefois, comme l'indiquent Collins, Morduch, Rutherford et Ruthven dans leur livre " portefeuilles des Pauvres ", les flux de revenus des plus pauvres ne sont pas seulement faibles, mais aussi très volatils, et les produits financiers disponibles sont trop rigides ou peu fiables. Et cela fait toute la différence. Si vous vivez avec moins de 2 $ par jour sans toutefois savoir si ces 2 $ seront disponibles au quotidien, et que même des dépenses mineures peuvent absorber votre revenu incessamment, vous devez présenter une clairvoyance financière considérable pour survivre. C'est cette clairvoyance que l'éducation financière conventionnelle ne reconnaît pas. Les très pauvres ne peuvent pas employer des stratégies pour optimiser les gains financiers, mais doivent plutôt utiliser des stratégies pour garder leurs options financières ouvertes, même au détriment des gains. Ceci est dû au fait qu'ils vivent dans des conditions d'incertitude radicale, où les événements sont par nature imprévisibles. Dans de telles conditions, il est irrationnel d'optimiser car ceci tend à réduire les options et limite ainsi les réponses possibles. Pour survivre les pauvres utilisent ce qu'on appelle " robust satisficing" par Schwartz, Ben - Haim et Dacso. Cela signifie sacrifier la richesse afin de garantir un résultat satisfaisant (de survie) sous le plus grand éventail de conditions incertaines. Par exemple, les personnes dotées d'une éducation financière conventionnelle ne payeraient jamais pour épargner, à l'inverse les pauvres le font régulièrement à travers les gardes-argent et des schémas de groupes d'épargnes collectives informels. Ceci est déconseillé par l'éducation financière classique, même s'il s'agit de la chose la plus rationnelle à faire pour survivre en situation de pauvreté. L'Incertitude radicale requière: (1) l'accès à des rentrées de fonds flexibles qui gardent vos options ouvertes ; et (2) Les structures qui entravent les forces imprévisibles qui ferment vos options. Les Gardes argent peuvent être payés à garder des fonds, mais ces fonds doivent être disponibles dans un cout délais en cas d'événements mettant la vie en danger. De plus, les intérêts peuvent ne pas être reçus via un plan d'épargne de groupe, mais les membres interdissent les retraits forçant l'engagement face à des demandes urgentes sur les petites épargnes. Peu de produits financiers sont conçus pour obtenir cet équilibre délicat, et cela signifie que les pauvres doivent souvent développer leur propre gamme de solutions informelles. Les éducateurs financiers ont besoin de comprendre les conditions imprévisibles et graves de l'extrême pauvreté et de reconnaître les lacunes de leurs conseils dans de telles conditions. S'ils sont destinés à aider les pauvres, ils doivent apprendre des pauvres, en particulier leurs stratégies clairvoyantes pour garder les options de flux de trésorerie ouvertes aussi longtemps que possible. Cela ne signifie pas rendre l'éducation financière inutile. Etant donné que les flux de trésorerie augmentent et deviennent plus prévisibles, les idées conventionnelles deviennent progressivement plus pertinentes. Il existe plusieurs types de documentations financières pour différentes conditions, et au lieu d'en enseigner une seule, nous devons enseigner comment faire la transition de l'une vers l'autre lorsque les conditions changent. _________________________________________________________________ Ce blog est basé sur l'étude académique Why Financial Education Fails the Extremely Poor, Social Science Research Network Arnold Wentzel est Maitre de Conférence en économie et éducation à l'Université de Johannesburg, Afrique du Sud.

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