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Projet de création d’une banque d’investissement de la diaspora (BID) pour la Zone franc

juil 04, 2011
Il y a une absence de banques d’investissement dans la Zone franc. Le système bancaire est dominé par un réseau restreint de banques commerciales dont les activités principales sont centrées sur le financement à court terme du commerce des Etats-membres, des besoins des gouvernements ou de la clientèle publique et privée. Bien qu’elles réalisent des bénéfices substantiels, et qu’elles soient en position de surliquidité permanente, ces banques contribuent peu aux investissements productifs dont ces pays ont désespérément besoin.

Parallèlement, les transferts d’argent des migrants africains représentent une des sources de financement les plus importantes dont disposent les pays d’Afrique pour développer leurs économies. Leurs montants annuels sont estimés entre 30 et 40 milliards de dollars pour l’Afrique. Selon la Banque mondiale, ils sont passés de 3,113 millions de dollars en 1995 à 18,586 millions de dollars en 2007 pour les pays d’Afrique subsaharienne, représentant entre 9% et 24 % de leur PIB, et entre 80 % et 750% de l’aide publique au développement dont ils sont bénéficiaires, faisant de facto, des migrants les premiers bailleurs de fonds de bon nombre de ces pays.

Le comportement des migrants sur les marchés des transferts est essentiellement déterminé par la qualité des services et des produits offerts par les banques, les sociétés de transfert d’argent (STA) et les professionnels de l’informel en matière de densité de points de collecte et de paiement, de coût, de sécurité et de rapidité.


En revanche, la Zone franc se caractérise par un nombre restreint de banques commerciales telles que la BNP Paribas et la Société Générale. Leur quasi-monopole explique le coût excessif des transferts, en raison du niveau élevé des commissions. Ceci explique également le faible taux de bancarisation des populations et le manque d’accès aux crédits des entrepreneurs locaux, en dépit du dynamisme du secteur informel qui contribue à générer près de 90% des emplois créés dans la plupart de ces pays.

Quant aux Sociétés de transfert d’argent présentes dans les pays francophones de la région depuis seulement la fin des années 1990, elles sont dominées par Western Union qui contrôle jusqu’à 90% du volume total de ce type de transferts dans certains pays. Comme dans le cas des banques commerciales, cette absence de concurrence permet de maintenir des marges bénéficiaires élevées, avec des coûts de transfert prohibitifs, pouvant atteindre 20% des sommes envoyées.

Il existe donc dans la Zone franc un réel besoin de création d’une institution de financement à moyen et long terme pour canaliser les transferts de fonds des migrants, favoriser la bancarisation de tous les segments de la population et augmenter les taux d’épargne afin de satisfaire les besoins de la Diaspora, des foyers, et des Etats.

Le projet de création d’une Banque d’investissement de la Diaspora africaine a pour but de répondre à cette demande. L’objectif de cette institution est triple :

1.


Mettre en place un vaste réseau de représentations, de collecte et de paiement en France, en Europe, aux Etats-Unis et en Afrique pour capter les flux des transferts des migrants;

2.


Proposer des produits et services performants à moindre coût, adaptés aux besoins des travailleurs émigrés;

3.


Financer à des conditions favorables, des projets contribuant à la réalisation des objectifs des groupements régionaux qui ont vocation à mettre en place des politiques d’intégration économique.

Le capital de la Banque sera ouvert aux membres de la Diaspora et aux institutions financières, bancaires, et intergouvernementales souhaitant se joindre à ce projet. L’objectif est de disposer d’un actionnariat qui garantisse une excellente notation financière des agences de rating car, en plus de ses fonds propres, la nouvelle banque mobilisera des ressources sur les marchés des capitaux et les bourses africaines pour financer des projets d’investissement. Elle jouira de la personnalité juridique et de l’autonomie financière, agira dans le strict respect des meilleures pratiques bancaires, s’appuiera sur un capital humain de grande qualité, et travaillera en étroite collaboration avec les milieux bancaires. Son organisation, ses structures et son mode opérationnel s’apparenteront à ceux de la BEI.

Un bureau d’études et de conseil sera également intégré dans les structures de la banque pour servir de laboratoire d’idées. Il aura vocation à développer, et à proposer des produits et projets bancables, à accompagner et satisfaire les besoins des travailleurs émigrés et des Etats en matière d’assurance, de rapatriement des corps, d’appui technique, de financement d’activités commerciales et économiques, de paiement de dettes, de suivi des tendances du marché et de l’évolution des besoins de la Diaspora.

Il subsiste un réel besoin de réformes des institutions bancaires et monétaires de la Zone franc en matière de politique de change, de diminution des coûts des transferts, du prix de l’argent et des taux des commissions. La création d’une banque d’investissement de la Diaspora, couplée à une stratégie d’alliance et de partenariat avec les banques et institutions financières de la Zone franc, et d’autres organismes bancaires en Afrique et en Europe peut servir de déclencheur à une dynamique de reformes, favoriser la concurrence, restructurer et revaloriser l’épargne des migrants. Elle peut également contribuer à la création en France, en Europe et en Afrique
de milliers d’emplois en ces temps de crise. Sanou Mbaye, ancien haut fonctionnaire de la Banque Africaine de Développement (BAD), est un banquier sénégalais. Il est l’auteur de « L’Afrique au secours de l’Afrique ».

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