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Pratique des politiques financières : un examen comparatif des stratégies financières dans le monde

déc 09, 2013
La récente crise financière a attiré l'attention sur les liens entre les systèmes financiers et l'économie réelle. Les décisionnaires, particulièrement dans les pays en voie de développement, ont exprimé un intérêt plus marqué pour la conception, le développement et la mise en place de stratégies nationales de développement du secteur financier. De même, les décideurs ont augmenté leur investissement en termes de rapports sur la stabilité du secteur financier et ils font des efforts plus marqués pour lier les performances et les risques du secteur financier avec l'économie réelle. Entre 1996 et 2005, la publication de rapports dans le secteur financier est rapidement devenue une " économie " florissante, alors que le nombre de banques publiant de tels rapports passait mondialement d'un facteur 1 à environ 50. Depuis 2005, la croissance de ce nombre a été moindre mais elle a continué à augmenter pour atteindre aujourd'hui un niveau d'environ 80. Dans une publication à venir, nous avons noté un échantillon de 78 pays sur l'exhaustivité de leurs stratégies financières. Nous l'avons fait en fonction de 10 critères prédéfinis qui selon notre postulat constituaient la base d'une stratégie financière aboutie. En quelques mots, ces critères concernaient l'identification des objectifs de développement financier, l'approche de gestion des risques systémiques liés à l'obtention des résultats visés, la prise en compte des compromis entre la réalisation des objectifs de développement et le maintien des risques systémiques du secteur financer à un niveau acceptable, ainsi que la conception de plans de mise en œuvre de la stratégie financière. Nous avons trouvé que seulement 67 pour cent des 78 pays examinés disposaient de stratégies financières avec des objectifs clairement identifiés et que seuls 27 pour cent avaient inclus dans leurs objectifs un indicateur mesurable. Étant donné que seulement 58 pour cent des stratégies examinées nommaient des outils opérationnels pour soutenir l'obtention des résultats souhaités, les autres 42 pour cent des stratégies restaient davantage au niveau des vœux pieux qu'à celui des outils stratégiques réels. D'une manière générale, nous avons trouvé que l'envergure et les caractéristiques des stratégies nationales dans le secteur financier sont influencées par les systèmes juridiques des pays concernés, par leur niveau de revenu et leur stabilité macroéconomique, par leur profondeur et leur inclusion financière, par la part de la propriété étrangère dans leur secteur financier national et par leur expérience de crises financières passées. De manière significative, nous avons trouvé que bien que la stratégie de nombreux pays intègre à la fois le développement et la gestion du risque systémique (55 pour cent), seulement 26 pour cent précise les compromis entre leurs objectifs de développement financier et la gestion de ce risque systémique. Globalement, 42 pour cent des pays s'engagent à la fois à promouvoir le développement du système financier et à gérer le risque systémique mais ils ne définissent aucune priorité entre ces deux objectifs. Bien que la plupart des stratégies évoquent le risque systémique en termes généraux (88 pour cent), bien moins (38 pour cent) parlent d'indicateurs propres au risque systémique et environ la moitié des stratégies (51 pour cent) définissent des outils de gestion de ce risque. L'absence de définition concrète de mesure des conditions de risque dans les stratégies financières est inquiétante. La finance est bien connue pour être une lame à double tranchant - d'un côté elle est porteuse de développement significatif quand elle fonctionne bien et de l'autre d'un coût social important quand ce n'est pas le cas. C'est pour prendre en compte cette double dimension des systèmes financiers qu'une attention particulière doit être portée à un calibrage approprié ainsi qu'à la mise en œuvre des politiques financières. Ainsi, les politiques financières doivent-elles préciser les rapports entre la vitesse du développement financier et la prise de risque systémique. Cette relation est similaire avec celle entre le rapport du risque sur l'investissement financier. Au niveau national, une stratégie financière doit préciser la politique du secteur financier et déterminer sa vitesse, ses contraintes et ses conditions. De manière générale, une stratégie fixe des objectifs de développement liée aux risques qui y sont associés et elle précise la tolérance au risque systémique d'un pays dans le secteur financier. Il est communément admis qu'il est difficile de déterminer si une stratégie financière a bien pris en compte et informé sur les relations entre la vitesse de développement financière et le niveau de risque systémique associé - ou dans ce domaine, de mesurer si cette stratégie intègre bien un plan permettant de résoudre cette relation, mais que ceci n'est pas impossible. À cet effet, nous avons examiné les stratégies afin de voir si les risques et les retours au niveau du développement avaient été pesés de manière explicite. Nous avons noté si les stratégies supposaient que le système financier fonctionnerait bien - c'est-à-dire s'il attribuerait les ressources pour les utilisations les plus productives et s'il aiderait l'économie réelle, y compris les ménages et les entreprises, s'il gérerait les risques en augmentant la productivité, en stimulant l'effet de diminution de la pauvreté apporté par la croissance et en promouvant l'égalité des chances ? Nous avons ensuite regardé si les stratégies évoquaient des inquiétudes face à un développement trop ambitieux ou à une prise de risque trop importante et à un mauvais fonctionnement de la gestion des risques au niveau du système financier et de ses clients qui viendraient mettre en place les conditions de crises financières coûteuses. En général, nous avons trouvé que ces stratégies comportaient de nombreuses analyses chiffrées sur les dernières tendances et évolutions du secteur financier ; pourtant, il leur manquait une vision générale des conditions d'un compromis ainsi qu'une analyse des relations détaillées entre le développement et le risque systémique. Au mieux, elles reconnaissaient que la croissance économique est entravée par les secteurs financiers faibles ou incapables de fournir des capitaux à long terme. Ceci constitue une référence générale à la performance de ce secteur organisé sous forme d'agrégats mais pas une mise en évidence de risques systémiques particuliers ni des conditions d'un compromis entre risque et développement du secteur financier. Nos conclusions sont cohérentes avec les études des chercheurs qui indiquent que bien que le processus de développement d'une stratégie implique de nombreux calculs scientifiques, il lui manque la mise en place de nouvelles hypothèses et la réalisation de tests sur mesure de ces mêmes hypothèses. Elles indiquent également que les stratégies classiques se focalisent sur des problèmes traités individuellement plutôt que sur la prise de décisions, une approche qui aboutirait naturellement à la discussion des compromis. Nous confirmons cette analyse selon laquelle la plupart des stratégies ne sont que la consolidation de questions dans un programme de réformes exhaustif destiné à moderniser un système financier. Ce qui serait nécessaire est " une approche basée sur les possibles " qui permette d'équilibrer les ambitions avec les obstacles et les risques ; nécessitant que les gouvernements admettent qu'ils doivent faire des choix et que tous les choix ont des conséquences. Afin d'encourager l'examen des compromis risque-développement dans les discussions de formulation des stratégies, nous soulignons l'importance de la mise en place d'un comité de politique ou de stabilité financière. Afin de mettre en place de politiques financières compatibles avec un système financier et de politiques durables, il est nécessaire de mettre en place un groupe de décideurs et d'experts au fait des compromis risque-développement dans les secteurs financiers. Il est encore plus important que le cahier des charges de ce comité encourage explicitement la discussion des choix de développement du secteur financier. Ce n'est qu'à cette condition que des normes pourront être mises en place pour les compromis entre risque et développement. La mise en place de stratégies financières dans ce cadre de discussion peut permettre d'améliorer la coordination des politiques et produire des politiques équilibrées. Par sa nature même, cet article milite pour un processus stratégique de conception, de développement et de mise en œuvre plus dynamique que celui qui est actuellement utilisé par de nombreux pays.

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