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Permettre les opérations bancaires transfrontalières en Afrique

mai 26, 2014
Alors que les opérations bancaires transfrontalières ont toujours été importantes en Afrique, leur nature a changé ces dix dernières années. Non seulement les banques africaines ont considérablement augmenté leur implantation géographique sur le continent (voir tableau 1), mais leur impact économique est devenu significatif hors de leur pays d'origine, jusqu'à atteindre une importance systémique dans un certain nombre de pays africains. Aujourd'hui, huit banques basées en Afrique sont représentées par des filiales, chacune dans plus de 10 pays africains, et dans 9 cas, ces banques contrôlent plus de 30 pour cent des actifs bancaires dans un pays tiers. Tableau 1 : le développement transfrontalier des groupes financiers entre 1990 et 2013 Cette croissance et cette expansion des banques africaines ces dernières années a réduit la part relative des banques traditionnelles, principalement européennes, et elle a transféré la responsabilité de gérer les risques et de tirer les bénéfices des pays européens historiques d'origine sur les décideurs africains. Pourtant, nous manquons encore de travaux de recherches sur ce sujet. "Faire réussir les opérations bancaires transfrontalières en Afrique", un nouveau rapport commandité par l'Association des Banques Centrales Africaines, la Coopération allemande (GIZ) et la Banque mondiale a pour objet de combler cette lacune et d'alimenter les discussions en cours entre les régulateurs, les donateurs et les décideurs sur les bénéfices et les risques de l'intégration bancaire transfrontalière en Afrique. Rédigé par Thorsten Beck, Michael Fuchs, Dorothe Singer et Makaio Witte, ce rapport présente l'émergence des opérations bancaires transfrontalières en Afrique. Il fait un tour d'horizon des documents existants sur les risques et les bénéfices des opérations bancaires transfrontalières, il liste les cadres réglementaires et les accords de coopération de supervision transfrontalière en vigueur en Afrique et il fournit des recommandations pour équilibrer bénéfices et risques lors de l'approfondissement des liens transfrontaliers en Afrique. Les décideurs dans toute l'Afrique sont confrontés à une problématique de poursuite de deux objectifs dont la part respective reste à négocier : maximiser les bénéfices d'une intégration financière plus approfondie tout en protégeant efficacement les systèmes bancaires contre la fragilité et la contagion transfrontalière. Au vu du faible développement du secteur financier dans de nombreux pays, l'Afrique a énormément à gagner, en particulier d'une plus forte intégration transfrontalière. Les bénéfices pour les systèmes financiers africains vont de l'innovation financière à l'approfondissement des marchés financiers, en passant par une intermédiation plus efficace. Étant donné les faibles niveaux d'intermédiation financière dans la plupart des secteurs bancaires africains, un fort potentiel de croissance pourrait être atteint par simple transfert de compétences, de structure informatique et de savoir-faire de gestion des risques sur des produits destinés aux personnes à faibles revenus au guichet des banques, ainsi que sur des produits destinés aux petits épargnants et aux entreprises. A quelques exceptions près, la plupart des banques transfrontalières hésitent encore à proposer leurs services au segment inférieur du marché. Le renforcement de l'infrastructure financière, comprenant les systèmes de paiement et les fichiers du crédit peuvent approfondir les bénéfices des opérations bancaires transfrontalières, particulièrement si ces efforts sont coordonnés entre les pays. Il se dégage une tendance à une meilleure intégration des modèles bancaires, dans laquelle l'interconnexion des systèmes informatiques et des systèmes de gestion des risques, ainsi que le transfert de savoir-faire des ressources humaines et l'innovation sont encouragés. Cette tendance contraste avec le modèle de la "forteresse bancaire" des filiales isolées, encore soutenue par de nombreux régulateurs pour des raisons de stabilité, et elle pourrait permettre de faire baisser les coûts et de rendre accessible et viable la fourniture des services au segment inférieur du marché pour un prix plus attirant. Enfin, il peut être intéressant d'encourager l'installation des banques qui ont l'expérience de la fourniture de ces services sur les segments défavorisés du marché. Afin de protéger efficacement les systèmes bancaires contre la fragilité et la contagion transfrontalière, ce rapport appelle à un renforcement de la supervision nationale et de la coopération transfrontalière. La difficile mais nécessaire tâche de mettre en place ou d'améliorer les conditions d'une supervision renforcée fait de ce fait partie des priorités. Il est indispensable d'améliorer les échanges réguliers, et un cahier des charges ainsi que des réunions collégiales des superviseurs peuvent y contribuer. Alors que nous constatons des progrès considérables dans la mise en place de telles structures en Afrique, le défi principal reste de les rendre opérationnelles et de faciliter une coopération régulière basée sur la confiance et la reconnaissance mutuelles. Il est également important de regarder au-delà de ces outils en fonctionnement coopératif normal pour réfléchir au fonctionnement en période de crise. Alors que cette considération est déjà une priorité à l'échèle de chaque nation - et la mise en place de mécanismes opérationnels nationaux de résolution de défaillance bancaire est un prérequis non seulement de renforcement de la coopération entre pays africains mais aussi d'amélioration de l'efficacité de la supervision bancaire nationale - les mesures de renforcement des cadres de résolution de défaillance bancaire et de préparation de crise doivent être étendus au-delà des frontières et elles pourront inclure des exercices de simulation de crise et des groupes de gestion de crise. L'ordre du jour des sujets clé des opérations bancaires transfrontalières est important et il nécessite de prendre des décisions aux niveaux nationaux et régionaux. Étant donnés les contextes très divers des pays africains, comprenant le développement du secteur financier et le niveau de profondeur des liens transfrontaliers, les recommandations doivent être adaptées au contexte de chacun des pays. Une conclusion qui s'impose au-delà de ces considérations est toutefois qu'il est indispensable de considérablement renforcer les échanges d'information, face à la très forte expansion de l'activité des opérations bancaires transfrontalières. Ce rapport recommande ainsi la mise en place d'une plate-forme d'échanges d'informations qui mette à libre disposition un jeu de données de base sur les activités bancaires transfrontalières en Afrique, afin de répondre au déficit d'informations en temps réel dans ce domaine. Ceci permettra non seulement un premier pas vers une meilleure supervision des activités transfrontalières et vers la protection de la stabilité ainsi que la résolution des fragilités bancaires, mais cela stimulera aussi une collaboration plus étroite entre les autorités nationales. Ce rapport sera présenté à Dakar, au Sénégal le 12 juin 2014 lors du Forum du Partenariat MFW4A et il sera disponible sous forme électronique sur le site 10.20.4.236:8081.

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