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Partage des informations, l'envol du credit et stabilité financière

oct 13, 2016
La crise financière mondiale a mis en lumière la vulnérabilité des systèmes financiers et souligné le besoin d'amélioration de la gestion de cette vulnérabilité financière. La question de la stabilité financière dans les pays à faible revenu (PFR ci-après) a été moins au centre des préoccupations ces dernières années, car ils ont été moins impactés par la crise financière mondiale que les pays émergents. Cependant, une meilleure compréhension des mécanismes de fragilité financière des PFR est essentielle. L'expérience des PFR montre qu'ils peuvent souffrir d'augmentations brutales du nombre des prêts non performants et des crises bancaires, et que le coût de ces crises bancaires est élevé, même si le secteur bancaire est petit. Dans une communication récente, nous avons examiné les causes de la fragilité financière dans les pays avancés et en développement, en examinant l'interaction entre l'envol du crédit et les systèmes d'information sur le crédit. Un grand nombre d'études a montré que les trop nombreuses envolées de crédit sont les principales causes des crises financières. Le développement des institutions disposant de systèmes d'information sur la solvabilité (SIS) peut atténuer les effets négatifs de ces envolées de crédit, voire empêcher leur apparition. D'abord, les SIS peuvent atténuer les effets négatifs des envolées de crédit. Une croissance rapide des crédits peut en effet affaiblir la qualité de la vérification du crédit. Lors des envolées de crédit, les agents de crédit ne disposent pas d'assez de temps pour vérifier suffisamment les nouveaux projets et la probabilité de financement de mauvais projets augmente. L'existence d'institutions SIS efficaces pourrait atténuer les effets négatifs des envolées de crédit au niveau de leur vérification. De plus, les envolées de crédit alimentent une augmentation rapide des prix des actifs (bulle immobilière et boursière). Comme les actifs peuvent être utilisés en garantie, l'augmentation des prix elle-même contribue à la croissance du crédit (" accélérateur financier ") et elle renforce la détérioration de la vérification. L'existence de mécanismes de partage des informations peut permettre aux banques de diversifier leur portefeuille. Cette diversification peut limiter l'augmentation du prix des actifs amené par la croissance rapide du crédit et ainsi limiter les conséquences négatives de ces épisodes. Deuxièmement, les SIS peuvent agir sur l'apparition des envolées de crédit elles-mêmes, même si leurs effets sont théoriquement inconnus. D'un côté, le partage des informations peut ralentir la courbe de croissance des crédits en empêchant certains clients d'emprunter auprès de plusieurs banques. D'un autre côté, une diminution de l'asymétrie d'information entre banques peut conduire à un allègement des conditions de prêt et, par conséquent, à une augmentation des volumes de prêt (envol du crédit). Les mécanismes par lesquels les SIS limitent les effets négatifs et l'apparition de l'envol du crédit varie en fonction des pays en développement et des pays industrialisés. Afin de déterminer l'impact du partage d'informations et de son canal de transmission, nous avons mis en place un jeu d'essai associant une base de données bancaire et des données nationales. Ce jeu d'essai portait sur 159 pays dont 79 en développement et 80 pays émergents, ainsi que des pays développés sur la période 2008-2014. Pour voir s'il existait des différences entre les pays en développement et les autres pays, nous avons distingué deux groupes de pays : ceux dont le PIB par habitant était inférieur à 4 125 $ américains en 2014 (n = 79, pays en développement) et ceux dont le PIB par habitant dépassait 4 125 $ (n = 80, pays développés ou émergents). La fragilité financière a été suivie en examinant l'évolution annuelle du ratio de prêts non productifs par rapport au nombre total de prêts. Les épisodes de fragilité financière ont été définis comme une augmentation de ce ratio supérieure à 3 %. Cette approche a permis de mettre en évidence tous les épisodes de difficulté financière et non pas seulement les événements extrêmes (crise bancaire). Le développement de SIS a reposé sur son index de profondeur et sur son champ d'application. Tous les deux ont été extraits de l'indice de facilité de faire des affaires Doing Business. Ces estimations ont confirmé les résultats d'autres articles en mettant en évidence l'effet stabilisateur des SIS. Cette communication a également établi que cette conclusion s'applique aussi bien aux pays les moins développés (PIB par habitant inférieur à 4 125 $) qu'aux autres pays (avancés et émergents). Dans un deuxième temps, elle a mis en évidence la complexité des relations entre SIS, les envolées de crédit et la fragilité financière. Les estimations économétriques ont abouti à plusieurs conclusions importantes : (1) le développement du partage d'informations a un effet direct sur la stabilité financière, même quand on prend en compte l'impact des envolées de crédit ; (2) plus les informations collectées sont complètes, plus faible est la probabilité de l'envol de crédit (mais l'étendue de la zone de couverture du SIS est sans incidence) ; cet effet a été plus faible et moins significatif dans les pays en développement ; (3) le SIS atténue les effets négatifs de l'envol de crédit mais ce résultat ne s'applique qu'aux pays avancés ou émergents et (4) les envolées de crédit sont des signes annonciateurs forts de la vulnérabilité financière, particulièrement dans les pays avancés ou émergents. Ces résultats ont plusieurs conséquences stratégiques. Premièrement, le développement du crédit est une variable clé des politiques macro-prudentielles dans les pays disposant d'un revenu faible ou moyen. Deuxièmement, il est nécessaire de renforcer les efforts en cours pour développer des modèles de SIS, car ils permettent une croissance du crédit sans augmentation significative du risque du crédit. Troisièmement, les SIS ont peu d'impact sur le développement du crédit dans les pays en voie de développement, ce qui justifie la mise en place d'autres outils - comme les politiques macro-prudentielles - afin d'éviter une croissance excessive du crédit. Enfin, il n'est pas suffisant d'augmenter la couverture des systèmes d'information, car la profondeur du partage d'informations est plus efficace pour prévenir les flambées de crédit. _________________________________________________________________ Ce travail fait partie d'un projet de recherche qui a reçu un soutien financier de l'institut de recherche britannique DFID-ESRC (bourse n° ES/L012022/1). D'autres volets de ce projet étudient les conséquences des flux de capitaux (IDE, aides, transferts des migrants) sur la croissance à long terme. Toutes ces contributions sont disponibles sur le blog dédié au projet et elles peuvent y être commentées, à l'adresse http://projects.socialsciences.manchester.ac.uk/esrc-dfid/.

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