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Nouvel éclairage sur les comportements financiers des hommes et des femmes dans six pays africains

juin 17, 2013
En Afrique, l'exclusion financière est élevée mais celle des femmes l'est plus encore
: alors qu'environ un tiers de la population est complètement exclu des services financiers au Botswana, en Namibie et en Ouganda, ces chiffres s'élèvent à plus de la moitié de la population au Rwanda, au Malawi et en Zambie – et dans tous ces six pays, davantage de femmes que d'hommes n'ont pas accès aux services comme les comptes courants ou les moyens de paiement bancaires.

Pourquoi cette différence entre les hommes et les femmes en matière d'utilisation des services financiers persiste-t-elle
? Est-il plus difficile pour les femmes d'accéder aux services financiers
? Quels sont les obstacles que rencontrent les femmes quand elles s'adressent aux fournisseurs de ces services
? Quelles peuvent être les raisons pour qu'elles choisissent des services informels plutôt que formels
?

La récente série d'études de pays conduite par la société allemande pour la collaboration internationale GIZ pour le Ministère fédéral allemand de la coopération et du développement (BMZ) peut nous aider à nous faire une meilleure idée des expériences financière très différentes que vivent les hommes et les femmes dans chacun de ces six pays.

La différence la plus forte est située au niveau de l'utilisation des produits dédiés à l'épargne, en particulier au Botswana (14,6 % plus d'hommes que de femmes ont accès à des services financiers), en Ouganda (12
%) au Rwanda (9,5
%) et en Zambie (9
%). Quand on compare cette différence à celle observée au niveau du crédit et de l'assurance, on s'aperçoit que la catégorie des «
économies
» remporte la palme. Cette étude a identifié plusieurs raisons pour ceci
: premièrement, les femmes ont en général des revenus plus faibles et des dépenses plus élevées que les hommes. Elles sont souvent responsables financièrement pour toute leur famille et disposent de moins d'argent à épargner. Si elles économisent, elles préfèrent les groupes d'épargne informels aux institutions financières. Les femmes sont plus à l'aise pour parler de leurs finances aux personnes qu'elles connaissent, comme d'autres femmes de leur voisinage, qui mettent souvent en place des groupes d'épargne informels. C'est également une question de confiance
: dans certains pays, les gens ne font pas confiance aux institutions parce qu'ils ont eu de mauvaises expériences dans le passé, par exemple des déposants qui ont perdu leur argent suite à des fermetures de banques. En Zambie, seuls 22
% des adultes font confiance aux banques. De plus, quand les revenus sont irréguliers et qu'il est difficile de trouver des revenus d'appoint, les services informels offrent l'avantage de la flexibilité des échéanciers et des faibles montants des remboursements. Les coûts et la durée du déplacement pour se rendre à la banque la plus proche, en particulier dans les zones rurales, sont des obstacles supplémentaires, que l'utilisation de services informels permet facilement d'éviter.

À l'exception du Rwanda, les secteurs financiers des pays qui ont fait l'objet de cette étude disposent d'un très grand nombre de banques étrangères, principalement implantées dans les centres urbains. Les prestataires de services officiels, en particulier ces banques étrangères, trouvent l'adaptation au marché local difficile. Ils persistent à proposer une approche traditionnelle du prêt, qui s'adresse à des employés salariés avec des revenus fixes et à demander des garanties. Le fait que davantage d'hommes que de femmes aient des emplois salariés rend difficile l'accès des femmes aux services financiers ayant pignon sur rue. C'est ainsi que lorsqu'elles demandent des fiches de paye pour les dossiers de demande de prêt, les banques excluent les auto-entrepreneurs et les travailleurs non-salariés. La possession d'avoirs pour servir de garantie (par exemple, des terrains) est un autre obstacle pour les femmes, car le droit séculier continue de s'appliquer dans de nombreuses régions des pays étudiés. Selon ce droit, c'est le chef de famille (la plupart du temps, le mari) qui est enregistré comme le propriétaire, et non sa femme. Très souvent également, les droits coutumiers sur l'héritage sont discriminants pour les femmes. Des restrictions du même type s'appliquent aux micro-entreprises et aux petites entreprises
: les banques établies ont tendance à s'adresser aux grandes entreprises ou aux entreprises de taille moyenne qui ont atteint un certain niveau de formalisme. De nombreuses entreprises dirigées par des femmes, qui sont de petite taille ou qui sont des micro-entreprises, sont souvent informelles et rencontrent de grosses difficultés pour accéder officiellement au crédit – par exemple, si elles ne peuvent pas produire de bilan financier ni de preuve officielle de leur existence. Dans le même temps, pratiquement aucune institution financière ne s'adresse à cette niche de marché de clientèle non-desservie – le pourcentage de demande non honorée des entreprises possédées par des femmes en Afrique sub-saharienne est estimé s'élever entre 30
% pour les entreprises de taille moyenne et plus de 60
%, pour les micro-entreprises. Les assureurs mais aussi les banques et les autres institutions financières ne s'adressent pas aux femmes comme à des clientes
; par exemple, leurs publicités ciblent clairement la population (active) masculine. Les procédures d'indemnisation longues et compliquées et le sentiment répandu que les assurances sont chères et leur contrepartie inexistante (de manière immédiate) ne contribuent pas non plus à faire souscrire des polices d'assurance. Les fournisseurs doivent réagir en améliorant leur image, en informant leur clientèle et en améliorant la transparence de leurs processus. Des changements sont nécessaires au niveau des fournisseurs mais aussi à celui des autorités de régulation. Le 25
avril 2013, les gouverneurs des banques centrales et des personnalités politiques de haut rang ainsi que des décideurs du secteur privé
de la communauté de développement de l'Afrique australe (SADC) ont été invités par la South African Reserve Bank à venir discuter ensemble des recommandations sur le thème «
Comment faire progresser l'inclusion financière des femmes en Afrique
» qui avaient été émises en 2012 lors d'une table ronde d'experts du Partenariat MFW4A . Mme Graça Machel, la fondatrice du réseau «
New Faces New Voices
» a résumé ces recommandations de la manière suivante
: L'action des régulateurs et des décideurs doit être plus axée sur le changement et le développement de l'approfondissement de l'accès des femmes aux services financiers, et les institutions financières doivent présenter un message clair pour s'adresser aux femmes, afin d'améliorer leur accès aux services financiers […]
». Cette conférence à encouragé les participants à amener ces débats au niveau national dans leurs pays et à faire avancer l'inclusion financière des femmes en Afrique. Si vous souhaitez obtenir davantage d'informations sur les raisons pour lesquelles les hommes et les femmes n'utilisent pas les produits financiers de la même manière, ainsi que sur ce qui devrait changer dans les pays concernés, consultez notre
Rapport de synthèse ou nos rapports par pays
: Botswana Rwanda Namibie Ouganda Malawi Zambie Judith Frickenstein est conseillère sur le secteur financier à la GIZ où elle est en charge du Genre et du financement agricole. Avant d'occuper ce poste, elle a dirigé la composante autonomisation économique des programmes du secteur de l'égalité des genres de la GIZ, où elle a aidé à concevoir un programme régional dans la région MENA et des programmes de consultation de développement économique en Albanie, au Monténégro et en Ouganda. Avant de rejoindre la GIZ en 2007, Judith a travaillé pour le Groupe Retail Development à Cologne, en Allemagne et pour la société allemande d'assurance DEVK. Elle est titulaire d'un diplôme en économie de l'Université de Cologne et a complété un stage professionnel dans une compagnie d'assurance. Sharissa Funk fait partie de l'équipe GIZ qui
soutient le Partenariat MFW4A. Son travail est principalement axé sur les questions de genre. Auparavant, elle a travaillé sur le financement de l'agriculture avec la Frankfurt School of Finance et Management et avec des coopératives agricoles péruviennes et des institutions de microfinance pour Oikocredit, un investisseur social. Elle est titulaire d'un diplôme en économie de l'Université de Tübingen, Allemagne.

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