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Mutualisation des risques liés aux catastrophes naturelles pour améliorer l'accès aux services financiers

jan 08, 2018

Ce blog est un résumé des principaux enseignements de la thèse de Master de Johannes Wissel en "Economie Internationale et du Développement".

Accès limité au financement en période de catastrophes naturelles

Dans son blog du 5 juin 2017, Sonja Kelly constate le faible succès de l'assurance indexée sur les conditions météorologiques et décrit les raisons pour lesquelles elle ne fonctionne pas. Elle déplore le fait que l'industrie n'ait pas réussi à résoudre ces problèmes bien qu’ils ne soient pas nouveaux.

En plus des services d’assurance, Bella Bird, Rodrigo Deiana et Arthur Minsat et Elodie Gouillat dans leurs blogs respectifs du 29 juin 2017, du 24 octobre 2017 et du 19 décembre 2017 mettent l’accent sur l'accès particulièrement limité au financement pour les ménages à faibles revenus et les petites entreprises. En période de catastrophe naturelle spécifiquement, les institutions de microfinance (IMF) cessent de répondre à la demande de leurs clients. Malgré le débat sur les avantages et les inconvénients de la microfinance, l'accès au financement contribue à renforcer la résilience des communautés qui sont affectées par les catastrophes naturelles.

Les IMF sont contraintes de fournir leurs services car, en période de catastrophes naturelles, elles manquent elles-mêmes d'accès au financement. En général, elles ne sont pas bien disséminées à travers le monde. Une catastrophe naturelle entraîne une défaillance généralisée dans le remboursement des crédits dans une région et, par conséquent, de nombreux crédits de l’IMF deviennent irrécouvrables. Sans accès à des ressources financières externes, la situation du portefeuille de crédit détériore le ratio de fonds propres de l'IMF qui est un indicateur clé de sa solvabilité et l’objet de supervision financière. Pour éviter d'autres risques, les IMF limitent ainsi leurs activités de prêt.

Pour améliorer l'accès au financement d'une IMF, les risques élevés non systémiques qui sont liés aux catastrophes naturelles doivent être transférés hors de la région dans laquelle elle opère principalement. Les investisseurs financiers suivent le même principe en diversifiant leurs actifs. Cependant, la seule possibilité pour les acteurs de la microfinance de transférer leurs risques de catastrophe naturelle est de rechercher individuellement des solutions de réassurance. Le fait que le marché soit relativement inconnu et fasse l’objet d’une concurrence imparfaite induit un transfert de risque coûteux et inefficace. Les IMF n'utilisent donc pas généralement ces opportunités.

Introduction d'une innovation de transfert de risque

Les IMF peuvent également atténuer les risques non systémiques de catastrophe en les supportant collectivement. Une certaine part de risques peut être transférée hors d'une région en mutualisant les risques entre acteurs de la microfinance. Seul un risque résiduel minimal du pool constitué doit être transféré sur le marché mondial des capitaux afin de réduire les coûts. Deux prérequis décisifs sont à remplir pour une mutualisation de ces risques entre acteurs microfinanciers. Premièrement, les catastrophes naturelles ne se produisent pas simultanément dans toutes les régions du monde. Par exemple, le risque d'inondations liées au phénomène El Niño au Pérou est élevé entre janvier et mars tandis que le Vietnam pourrait être touché en juin et en juillet. Deuxièmement, la répartition des acteurs de la microfinance est relativement équilibrée à travers les régions du monde.

GlobalAgRisk, une société américaine de recherche et développement affiliée à l'Université du Kentucky, a l'intention de mettre en place un tel pool de risques en 2018. Dans un exemple hypothétique, ils ont envisagé une réduction de 31% des besoins de financement visant à couvrir les risques de deux réseaux de microfinance en mettant en commun leurs risques. Pour déterminer l'ampleur des contributions qu'une IMF qui participe à un tel pool doit apporter et les paiements qu’elle recevra potentiellement, l'impact d'une catastrophe naturelle sur le portefeuille d'une IMF a été modélisé pour différents types de catastrophes et de gravité basés sur des données historiques. Cette modélisation a facilité une mutualisation indicielle des risques qui permet une réponse rapide aux catastrophes et élimine les problèmes potentiels de méfiance entre les différents participants. Dans le concept de GlobalAgRisk, une IMF sinistrée devrait recevoir une indemnisation afin de répondre à la demande croissante de crédit de ses clients et un soutien en capital ou fonds propres – selon la classification choisie par les autorités réglementaires
– afin de restaurer le ratio de capital de l'IMF.

Dans mon mémoire de Master intitulé «Gestion des risques de catastrophe naturelle en microfinance», j'ai évalué le concept de GlobalAgRisk, présenté les améliorations potentielles du concept ayant pour but d’augmenter la probabilité d'atteindre ses objectifs et décrit certaines contraintes pour la mise en œuvre de ces améliorations potentielles. Le mémoire est accessible dans son intégralité à ce lien.

Proposition: Inclusion des risques d'assurance dans le concept

Une amélioration potentielle est l'inclusion des risques d'assurance dans le concept. Les coûts élevés expliquent souvent pourquoi l'assurance indexée sur les conditions météorologiques n'a pas rencontré le succès escompté (voir par exemple le blog de Sonja Kelly). Les micro-assureurs utilisent les opportunités de réassurance coûteuses qui ont été susmentionnées. Ainsi, l'assurance indexée sur les conditions météorologiques peut bénéficier des avantages en termes de coûts qu'offre la mutualisation des risques.

Si la mutualisation des risques implique à la fois la gestion des risques de crédit et d'assurance, sa taille et sa diversification devraient augmenter et, par conséquent, d'autres avantages de coûts peuvent être engrangés, par exemple grâce à des coûts fixes plus bas par participant et de meilleures offres de prix pour réassurer le risque résiduel du pool auprès d’un prestataire externe. De plus, une pénétration plus importante des services d’assurance indexée sur les conditions météorologiques améliore l'accès au crédit, car les clients assurés bénéficient d'une solvabilité accrue.

Même les réassureurs pourraient bénéficier de la mutualisation des deux types de risques au sein de l’industrie de la microfinance. En assurant les autres risques que le pool ne peut supporter, l'étendue des risques d'assurance couverts diminue pour les réassureurs par rapport à l'assurance de tous les risques pris individuellement. Par ailleurs, l'activité totale des réassureurs pourrait augmenter car ils peuvent intégrer à leur portefeuille l’assurance des risques de crédit, en plus des risques d’assurance qu’ils gèrent habituellement.

La consolidation des deux types de risque semble possible parce que les modèles d’indemnisation du pool sont similaires à ceux des compagnies de réassurance dont les micro-assureurs utilisent déjà les services. Le paiement de la contribution dans le pool équivaut à une prime de réassurance et une procédure d’indemnisation est entamée lorsqu’un assuré subit un dommage lié à une catastrophe naturelle. L'impact modélisé d'une catastrophe naturelle sur le portefeuille de crédits d'une IMF se rapporte à l'assurance indexée sur les conditions météorologiques qui est déjà répandue.

Autres facteurs de réussite

Pour une mutualisation réussie des risques, le risque de base qui y est associé doit être minimisé autant que possible. Pour y parvenir, un modèle compartimenté qui prend en compte les types de risques clés (inondation, tempête, sécheresse, séisme, etc.) est crucial. Si le pool de risques fonctionne comme une entreprise à but lucratif, les avantages du concept pourraient être menacés. Afin d'être attractif, le pool doit être légèrement moins couteux que les offres existantes de transfert de risque et pourrait exiger aux participants des contributions beaucoup plus élevées que le montant des paiements. L'établissement du pool en tant que société mutuelle ou coopérative élimine ces captations potentielles de profit. En cas de bénéfices, ils peuvent être retournés aux participants. Par ailleurs, assurer les risques restants du pool minimise le risque de subir des pertes en tant que copropriétaire. Si certains acteurs microfinanciers sont sujets à des restrictions quant à leurs possibilités de copropriété, ils peuvent participer à la performance du pool sans être copropriétaire formel.

Enfin, les cadres juridiques de certains pays pourraient obliger le pool à acquérir des licences d'assurance afin d’assurer le versement des indemnisations visant à renforcer le capital (fonds propres) des assurés. Pour éviter l'acquisition de nombreuses licences, le choix de partenaires locaux pourrait être une issue. Les compagnies d'assurance qui possèdent déjà des licences dans ces pays peuvent assurer les participants à la mutualisation et répercuter les risques sur le pool constitué.


A propos de l'auteur

Johannes Wissel a récemment obtenu son master en "Economie Internationale et du Développement" à la Hochschule für Technik und Wirtschaft de Berlin. Il possède une expérience de travail acquise dans la gestion des ventes à Hannoversche Volksbank, une banque coopérative allemande, et est consultant agréé dans le domaine bancaire. Il a également bénéficié de deux expériences de travail dans des organisations chrétiennes internationales, dont le Forum Wiedenest (en Allemagne) et Diguna (au Kenya).

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