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Mobilisation innovante des ressources domestiques en Afrique

jan 26, 2016
Le 25 Septembre 2015, les leaders mondiaux se sont réunis afin d'adopter les Objectifs de développement durable (ODD) au siège des Nations Unies à New York. Les 17 ODD issus de cette rencontre, serviront de plan de développement économique des quinze prochaines années pour les pays en développement, en particulier en Afrique. Ces derniers, ont désormais la tâche herculéenne de mobiliser les fonds nécessaires pour financer leur transformation économique. Bien que le capital privé constitue désormais une part importante de financement du développement, le principal "message à retenir " des trois grandes conférences de financement du développement (Monterrey en 2002, Doha en 2008 et à Addis-Abeba en 2015), est qu'il devrait y avoir un coup de pouce important dans la mobilisation des ressources intérieures. En plus des recettes fiscales en Afrique, qui s'élèvent à environ $ 550 milliards par an, les institutions financières, notamment les banques, contrôlent d'énormes ressources financières. Il est intéressant de noter que malgré la réalité économique mondiale" pas-si- rose ", avec le ralentissement économique en Chine et d'autres marchés émergents , la chute des prix des matières premières , la crise de la dette grecque , les problèmes des migrants d'Europe , les crises en Ukraine , Syrie , Libye , Irak et l'ensemble du Moyen-Orient , les institutions financières en Afrique ont été stimulées par la hausse des actifs . Les 200 plus grandes banques d'Afrique cumulent un total d'actifs d'une valeur de $ 1.5trillion - ce qui représente près de la moitié du PIB de l'ensemble du continent. La somme de Leurs prêts a augmenté de 5 % de 749billion $ en 2011 à plus de 789billion $ en 2015, alors que le total des dépôts a augmenté de x % de 1.012trillion $ à 1,019 $ sur la même période, comme on peut l'apprécier dans le diagramme ci-dessous. Il convient de souligner également le fait que les actifs des 23 plus grandes banques ($965 milliards) représentent plus de 65% du total des actifs des 200 plus grandes banques comme on peut le voir dans le diagramme ci-dessous. Le Groupe sud-africain " Standard Bank ", la plus grande banque d'Afrique possède des actifs d'une valeur de $169 milliards, environ la moitié du PIB de l'Afrique du Sud. Les pays africains devront trouver de nouveaux moyens afin de mobiliser leurs ressources intérieures. Par exemple, le gouvernement de la République fédérale d'Ethiopie en 2011 a adopté une loi obligeant les banques commerciales à allouer 27 % de leur portefeuille de prêts pour les achats de bons du Trésor. Les produits de ceux-ci sont ensuite transférés à des entités privées qui sont engagées dans la fabrication et l'investissement, et en particulier pour les grands projets d'infrastructure tel que celui du barrage de Grande Renaissance, d'une capacité de 6000MW pour un montant de $4 milliards. Si les 200 plus grandes banques d'Afrique, qui constituent entre 60-70% du nombre total de banques sur le continent, ont été mandatées pour allouer 27 % de leurs portefeuilles de prêts pour financer des initiatives de développement économique , comme c'est le cas en Ethiopie, alors environ $ 213 milliards vont être levés juste en 2015 - ce qui représente presque deux fois les besoins annuels de l'Afrique en infrastructure, estimés à environ $ 100 milliards. Cependant, même s'il s'agit d'une initiative louable, les partisans de " l'économie de libre échange " peuvent faire valoir le fait qu'une telle démarche pourrait provoquer des distorsions sur le marché, étant donné que l'allocation des ressources devrait normalement être entièrement basée sur les forces du marché. Même si cet argument est justifiable, il est également vrai que la persuasion morale est un phénomène de longue date dans l'économie - Il s'agit tout simplement d'une situation où une Autorité monétaire/financière pousse (mais pas par la force) les acteurs du marché à agir d'une certaine façon afin d'atteindre un ou plusieurs objectifs particuliers. Le programme mensuel d'achats d'obligations à hauteur de $85 milliards, de la Réserve fédérale américaine (dénommé Quantitative Easing), qui a été lancé en réponse à la crise financière de 2008-2009, en est un bon exemple. Les achats d'obligations ont été utilisés en combinaison avec des taux d'intérêt proches de zéro pour booster l'investissement et stimuler l'économie américaine qui était affaiblie après la crise financière et de crédit de 2008/2009. Les ODD, qui constituent un hétéroclite d'objectifs de développement économique, nécessitent des financements. Les autorités financières et monétaires en Afrique ont donc une tâche énorme devant eux et le concept de " financements innovants " est une notion à laquelle ils devront s'habituer. Si la persuasion morale peut être utilisée pour pousser les banques les plus liquides d'Afrique à allouer 25 % en plus de leurs portefeuilles de prêts pour financer le développement et la transformation économique, alors les décideurs financiers pourraient ne pas avoir à trop s'inquiéter de la chute des prix des matières premières. A propos de l'auteur John Mbu est un économiste financier et est actuellement analyste économique et politique dans le Bureau du Premier Vice-président de la Banque africaine de développement (BAD) à Abidjan, en Côte d'Ivoire. Avant cela, il a passé deux ans en tant qu'analyste économique dans le Département de l'évaluation de la Banque africaine de développement, en se concentrant sur des évaluations du secteur privé et de l'intégration régionale. Avant de rejoindre la BAD, John a travaillé comme consultant en gestion chez PricewaterhouseCoopers à Douala, au Cameroun et à Lagos, au Nigeria. John détient deux maîtrises, dans le financement du développement de l'Université de Cape Town, Afrique du Sud, et en Finance Internationale de l'Université de Durham au Royaume-Uni.

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