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Mécanismes de financement en soutien à la création de la PME en Algérie (Partie 2)

juil 21, 2020

Les spécificités du dispositif ANSEJ en faveur des TPE/PME en Algérie 

Depuis sa mise en place en 1996, le texte réglementaire régissant le fonctionnement du dispositif « ANSEJ » (Agence Nationale de Soutien à l’Emploi de Jeunes) a été révisé plusieurs fois ;  la dernière modification date de 2018. La bonification du taux d’intérêt, un mécanisme par lequel un organisme-tiers prend en charge une proportion des intérêts payés par un emprunteur,  est passée de 50% à 60% - 75% ou 80% voire à 100% en 2013[1] selon le secteur d’activités.  En 2015[2], l’apport personnel a été revu à la baisse : il est passé de 5% et 10% à 1% et 2% selon le montant de l’investissement et une aide au titre du loyer a également été rajoutée. Il est à signaler que le versement de la bonification est imputé sur un compte d’affectation spéciale n° 302-087 « Fonds National de Soutien à l’Emploi des Jeunes » et est effectué à la demande de l’établissement de crédit. Le Fonds National de Soutien à l’emploi de Jeunes est un fonds public, dont la majeure partie des recettes provient du budget de l’Etat.

Par ailleurs, afin d’encourager les banques à s’engager dans le financement des projets, un Fonds de Caution Mutuelle de Garantie risques/ crédits jeunes promoteurs a été créé par décret exécutif[3]. Ce fonds couvre, selon l’article 4 dudit décret : « à la diligence des banques et établissements financiers concernés, les créances restant dues en principal et les intérêts à la date de déclaration du sinistre à hauteur de 70% ». Outre cette mesure, les adhérents à ce fonds sont toute banque ou établissement financier ayant financé des projets agréés par l’ANSEJ. Les ressources du fonds sont constituées par :

  • Une dotation initiale en fonds propres : l’apport en capital de l’ANSEJ, l’apport du Trésor public, l’apport en capital des banques et établissements financiers…etc.
  • Les cotisations versées au fonds par les jeunes promoteurs et les banques et les établissements financiers adhérents.
  • Les produits des placements financiers des fonds propres et cotisations perçues ;
  • Des dotations complémentaires en fonds propres, en tant que besoin, provenant des participants au capital initial et de nouvelles banques.

Le dispositif « ANSEJ » en chiffres :

Depuis sa création jusqu’au premier semestre 2018, le dispositif a financé plus de 370 000 projets et permis la création de plus de 890 000 postes d’emploi. Par ailleurs, l’évolution du nombre projets financés a connu un léger fléchissement à partir de 2015, comme le montre le tableau çi- dessous 

 

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Au 31/12/2017, quatre secteurs d’activité s’accaparent, à eux seuls, 70% du total des projets financés. Il s’agit des secteurs des Services, de l’Agriculture, de l’Artisanat et du Transport de Marchandises. Proportionnellement, ces secteurs sont les plus grands pourvoyeurs d’emploi.

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La part de chaque secteur d’activité dans le total des projets financés a varié à travers le temps. En effet, depuis la mise en place du dispositif, certains secteurs ont été saturés et les financements ont ainsi été réduits comme pour le cas du transport de voyageurs ou encore la location de voitures.  Les jeunes promoteurs ont été orientés vers d’autres secteurs productifs tels que l’Agriculture, qui attire de plus en plus d’entrepreneurs. En revanche, les secteurs tels que la Pêche, l’Hydraulique ou encore l’Industrie peinent encore à être attractifs.

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Le nombre d’emplois créés est globalement proportionnel au nombre de projets financés par secteur d’activité. Ainsi, les secteurs des services, de l’agriculture et de l’artisanat créent plus d’emploi par rapport au secteur du transport, par exemple.

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L’analyse par genre fait ressortir que les femmes sont plus portées vers les professions libérales (avocats, médecins, …etc.) et les services, avec plus de la moitié des financements ; tandis que certains secteurs d’activités sont exclusivement dominés par la gent masculine (à l’image du transport de marchandises). Le taux de féminité reste relativement faible (autour de 10%). Selon une étude exploratoire relative à l’accès des femmes au marché du travail en Algérie[4], il apparait que la femme algérienne continue à rencontrer des difficultés à s’insérer dans le monde professionnel ou même à créer sa propre activité, en raison de plusieurs facteurs dont le manque de mobilité, l’environnement socio-culturel ou encore un manque d’informations sur leurs droits en cas de discrimination.

En conclusion, les dispositifs d’aide à la création d’entreprises en Algérie ont amélioré la densité des PME par rapport à la population en âge de travailler. Néanmoins, comparée à ses voisins immédiats, l’Algérie crée moins d’entreprises formelles et dispose donc d’une densité beaucoup plus faible. Au-delà des résultats positifs enregistrés, l’efficacité de ces programmes est surtout perçue à travers la pérennité des entreprises créées et leur contribution à la croissance. A ce titre, la Directrice Générale de l’ANSEJ, a indiqué un taux de mortalité moyen des micro-entreprises de l’ordre de 10% en janvier 2020[5]. Par ailleurs, on estime à 85% la part du secteur privé dans le PIB hors hydrocarbures. L’apport des PME demeure, selon certaines études, relativement réduit. En effet, une étude statistique consacrée à l’analyse de la contribution des PME à la croissance hors hydrocarbures en Algérie[6] a fait ressortir qu’une augmentation de la création d’entreprises (PME) de 1%, conduirait à une augmentation du PIB hors hydrocarbures de 0,39%, un rendement qui reste faible comparé aux aides apportées.

Il est également important de mesurer l’impact de la forte implication des banques publiques dans ces dispositifs, et le risque induit sur la qualité de leur portefeuille de créances, en cas de défauts de paiement ; surtout qu’elles ne peuvent recourir aux fonds de garanties qu’au bout de 18 mois d’impayés. Aussi, le schéma de ces dispositifs tel que conçu actuellement, fait-il largement appel aux fonds publics. A plus long terme, cette forme de financement ne saurait être soutenable surtout dans le contexte actuel de l’économie algérienne marqué par la chute du prix du pétrole et les effets de récession de la pandémie COVID-19. Les efforts déployés et les fonds importants engagés par l’Etat en faveur de la création d’entreprises ne sont certes pas négligeables, mais il est nécessaire d’en évaluer l’efficacité à travers le suivi de l’évolution et de la pérennité des PME créées, et explorer des pistes éventuelles d’amélioration de ces mécanismes de soutien aux PME.  

 
 

[1] Décret exécutif 13-253 du 02 Juillet 2013 modifiant et complétant le décret exécutif n°03-290 du 06 Septembre 2003.
[2] Décret exécutif n°15-156 du 16 Juin 2015 modifiant et complétant le décret exécutif n°03-290 du 06 Septembre 2003modifié et complété.
[3] Décret exécutif n° 98-200 du 09 Juin 1998. Modifié et complété.
[4] Etude exploratoire de l’accès de la femme au marché du travail en Algérie. Pr Cherif Belmihoub, Soumaya Alilat. Friedrich- Ebert- Stiftung.  Décembre 2016.
[5] Quotidien El Moudjahid du 31/01/2020.
[6] Bouchikhi, Reda & Mira Karima, Rahmani & Larbi, Ghrissi. (2016). La Contribution des PME à la Croissance Économique hors Hydrocarbures en Algérie. المجلة المغاربية للاقتصاد و التسيير. 3. 157-168. 10.12816/0032872.


À propos de l’auteure

MEZIECHE Assia est Doctorante en Economie à l'Université de Rouen sur la thématique d'inclusion financière des PME, titulaire d'un Master spécialisé dans les politiques économiques dans les pays en développement et d'un Diplôme Supérieur d'Etudes Bancaires. Elle est également analyste à la Banque d'Algérie, ce qui lui a permis de capitaliser une connaissance profonde du système financier en place et ses mécanismes de fonctionnement. Elle s’intéresse aux problèmes d'inclusion financière, leur jonction avec d'autres objectifs de la Banque Centrale, ainsi que les politiques publiques à mettre en place. 

 

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