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Mécanismes de financement en soutien à la création de la PME en Algérie (Partie 1)

juil 07, 2020

Les Petites et Moyennes Entreprises (PME) composent la majeure partie du tissu économique des pays développés. Ces entités doivent aussi avoir toute leur place dans les économies en développement, car elles créent de la richesse, génèrent de la croissance inclusive et contribuent à la réduction du chômage, de la pauvreté et des inégalités. Elles assurent ainsi un rôle socio-économique très important. Au premier semestre 2018, l’Algérie comptait un ratio de 25 PME pour 1000 habitants, contre 45 PME pour 1000 habitants en moyenne dans le monde ; un ratio qui demeure faible en dépit des efforts importants déployés par les pouvoirs publics pour encourager la création des petites et moyennes entreprises, en plus des défis liés à l’économie informelle qui concernent bon nombre de pays en développement. En effet, dans un contexte de chômage endémique, menant incontestablement à une précarité sociale, l’Algérie a mis en place dès 1996 des dispositifs de financement en soutien à la création d’entreprise. Avant de détailler les caractéristiques du plus ancien dispositif mis en place, en l’occurrence l’Agence Nationale de Soutien à l’Emploi de Jeunes (ANSEJ), le paysage de la PME algérienne sera brièvement présenté, ainsi que les grandes lignes de tous les dispositifs mis en place par les pouvoirs publics.

Paysage / Panorama des PME algériennes :

Tout d’abord, il convient de préciser qu’en Algérie la notion de PME est définie par la loi[1]. Une notion assez généreuse puisque la PME peut compter jusqu’à 250 salariés, 04 milliards de Dinars Algériens (DA) [2]de chiffres d’affaires et disposer d’actifs totaux de 01 milliard de DA [3]. Les personnes physiques et morales exerçant des activités artisanales et les professions libérales sont également considérées comme des PME.

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Au premier semestre 2018, l’Algérie comptait plus d’un million de PME, avec plus de 32000 PME créées entre 2017 et 2018. En dépit d’une forte croissance du nombre de PME créées durant les dix dernières années, l’Algérie continue à enregistrer une densité inférieure à celle de ses voisins. Selon la Banque Mondiale, l’Algérie crée moins d’entreprises par rapport au Maroc ou à la Tunisie. (Graphique 2).

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Dans son rapport annuel Doing Business  2020, le groupe de la Banque Mondiale classe l’Algérie à la 157ième place selon le critère global de l’environnement des affaires, loin derrière le Maroc (53ième) et la Tunisie (78ième). En matière de création d’entreprises, l’Algérie est à la 152ième place mondiale, se trouvant donc largement distancée par ses voisins dont la Tunisie (19ème rang) et le Maroc (43ème rang). Aussi, l’accès au crédit est-elle une autre difficulté à laquelle sont confrontés les porteurs de projets. Ce classement de l’Algérie traduit en substance la persistance des difficultés (procédures, durée, coûts etc…) entravant la création d’entreprises, mais aussi la nécessité de réviser certaines politiques publiques afin de les rendre plus efficaces. Par ailleurs, la répartition des PME, par taille et par secteur d’activité, fait ressortir que les Très Petites Entreprises (TPE) constituent plus de 97 % du tissu des PME algériennes. Il convient de rappeler que bon nombre de ces TPE ont été créées grâce aux dispositifs de soutien à la création d’entreprise, qui ont été mis en place par les autorités (Graphique 3).

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 La répartition par secteur d’activité fait ressortir une domination, avec plus de 50% de PME, du secteur des services, suivi du secteur du Bâtiment, l’agriculture ne représente que 0.63% du total des PME et ce, malgré les avantages offerts aux promoteurs engagés dans le secteur (Graphique 4). 

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Dans le secteur des services, on retrouve des activités artisanales, telles que la peinture, la menuiserie, la mécanique, prisées car elles exigent une faible dotation en capital, un niveau d’instruction et des qualifications professionnelles assez modestes. Le secteur du bâtiment et des travaux public (BTP), quant à lui, connu une expansion largement encouragée par la commande publique. En effet, l’Etat a lancé de larges projets d’investissement en infrastructures routières et dans les logements sociaux afin d’éradiquer le phénomène de l’habitat précaire ; ce qui a permis de stimuler la performance de ce secteur d’activités. Par contre, le secteur de l’agriculture demeure faiblement représenté, en dépit des avantages offerts. En plus des problèmes liés au foncier agricole, le secteur reste tributaire d’une pluviométrie instable même si des efforts ont été consentis par les pouvoirs publics afin de ramener la surface irriguée à 2 millions d’hectares, soit 24% de la superficie agricole utile d’ici la fin de l’année en cours.

Présentation des dispositifs d’aide à la création de la PME en Algérie :

Le premier dispositif à voir le jour est celui de l’ANSEJ, suivi par les deux autres dispositifs pilotés respectivement par la CNAC (Caisse Nationale d’Assurance Chômage) et l’ANGEM (L’Agence Nationale de Gestion du Micro-crédit). Le principe de fonctionnement triangulaire est, à quelques différences près,  le même, pour les trois dispositifs. Il fait appel à trois acteurs : l’agence chargée de chapeauter le dispositif, le promoteur et une banque publique de la place[4].

A titre indicatif, afin de bénéficier du dispositif de financement de l’ANSEJ, tout promoteur doit apporter en fonds propres un montant représentant 1% à 2% des besoins financiers du projet, tandis que l’agence apporte 29% du montant requis et le reste est financé par un crédit bancaire à taux bonifié contracté auprès de la banque. L’apport personnel, l’aide de l’agence ainsi que le crédit bancaire sont versés sur un compte ouvert par le promoteur auprès de la banque où le crédit a été contracté.

Le tableau suivant résume les grandes lignes et les différences entre les trois dispositifs, y compris celui susmentionné de l’ANSEJ:  

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Les trois dispositifs cumulés, à eux seuls, ont financé jusqu’à présent la création de plus d’un million de micro-entreprises et participé à la création de plus de plus deux millions d’emploi sur le territoire national.  Au premier semestre 2018, l’encours des crédits bonifiés représentait 6% du total des crédits à l’économie.

La seconde partie de ce blog traitera de manière détaillée les caractéristiques et l’évolution du dispositif historiquement ancré de soutien à la création de  TPE/PME en Algérie : l’ANSEJ.


[1] Loi 01-18 portant loi d’orientation sur la promotion de la PME abrogée par la loi 17-02 portant loi d’orientation sur le développement de la PME.

[2] 1 $ = 128,743 DZD au 08/06/2020.

[3] La Très Petite Entreprise (TPE) : 1 à 9 employés ;CA < 40 millions DA ; ou Total bilan < 20 millions DA. La Petite Entreprise (PE) :10 à 49 employés ;CA < 400 millions DA ou Total bilan < 200 millions DA. La Moyenne Entreprise (ME): 50 à 250 employés ;400 millions<CA<04 milliards DA  ou 200 millions DA <Total bilan< (01) milliard de DA.

[4] Il existe (06) grandes banques publiques algériennes qui constituent l’essentiel du marché bancaire et 5 parmi elles sont impliquées dans ces dispositifs.


 À propos de l’auteure

MEZIECHE Assia est Doctorante en Economie à l'Université de Rouen sur la thématique d'inclusion financière des PME, titulaire d'un Master spécialisé dans les politiques économiques dans les pays en développement et d'un Diplôme Supérieur d'Etudes Bancaires. Elle est également analyste à la Banque d'Algérie, ce qui lui a permis de capitaliser une connaissance profonde du système financier en place et ses mécanismes de fonctionnement. Elle s’intéresse aux problèmes d'inclusion financière, leur jonction avec d'autres objectifs de la Banque Centrale, ainsi que les politiques publiques à mettre en place. 

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