L’urbanisation africaine – Une dynamique en pleine mutation
Ce blog a été publié à l’origine en anglais sur le site web d’ ESI Africa.
Lors d'un récent voyage au Maroc en vue d’y assister à une conférence, j'ai eu le plaisir d'être assis dans l'avion aux côtés de deux jeunes familles. Toutes deux sont rentrées au Maroc après avoir rendu visite à des amis et à leurs familles à l'étranger. Un père à qui j'ai parlé est né et a grandi dans la périphérie de Casablanca. Actuaire de profession, il ne tarda pas à partager quelques faits et chiffres sur son pays d'origine.
Cette conversation et la participation à la conférence m'ont fait réfléchir aux thématiques ayant trait aux discours sur l'investissement en Afrique, dont l'une d'entre elles porte sur l'habitat en milieu urbain. Le thème de l'urbanisation est, quant à lui, lié à celui des infrastructures.
En Afrique, il existe un large consensus autour du déficit global en termes d’infrastructures qui est estimé à 90 milliards de dollars par an. Ainsi, sur le continent, les professionnels spécialisés dans les investissements dans les infrastructures sont de plus en plus conscients de la nécessité de calibrer et d’accorder des financements dédiés aux infrastructures afin de faire face aux réalités de l’urbanisation en Afrique; tout en ayant une meilleure connaissance de la manière dont ces réalités diffèrent ou, dans certains cas, ressemblent à celles des autres continents. Bon nombre de présentations lors de la conférence de l’AVCA ont mentionné cette statistique. Tout en appréciant le fait que l'urbanisation deviendra de plus en plus un élément vital et essentiel pour la transformation des pays africains, il est essentiel de comprendre comment le récit de l'urbanisation évolue et continuera de le faire.
Bien que la plupart des fonds de capital-investissement aient déclaré une participation dans des opportunités exceptionnelles à moyen et long terme en Afrique, il est inutile de préciser que leurs rendements pourraient être améliorés si les infrastructures requises étaient en place.
Un article d'Ester Boserup, intitulé Economic and Demographic Interrelationships in sub-Saharan Africa (Interrelations économiques et démographiques en Afrique subsaharienne), me vient à l'esprit. L'article postule que l'urbanisation de la plupart des pays africains a débuté au cours de leur période coloniale pour répondre aux besoins économiques coloniaux, tels que les exportations vers l'Europe. Contrairement à ce qui s’est produit dans d’autres régions, l’urbanisation n’a été ni provoquée ni liée à l’industrialisation. Désormais, avec l'augmentation des investissements provenant des fonds de capital-investissement, l'urbanisation commence à se produire de manière intrinsèque; les populations se déplaçant des zones rurales vers les zones urbaines ont pour objectif d’y développer leurs propres activités économiques et leurs communautés. Le Forum pour le développement de l’Afrique soutient succinctement cette dynamique changeante en Afrique. En dépit des problèmes d’infrastructure, la prospérité économique et la densité de la population s’accumulent dans un certain nombre de pôles économiques du continent. Le défi collectif pour les décideurs politiques africains est de favoriser un niveau plus importants d’échanges commerciaux et transfrontaliers entre leurs économies pour créer des marchés plus vastes qui sont de plus en plus connectés.
Il est tout aussi important de changer le contenu du récit sur le développement rural afin de le faire correspondre à un plaidoyer beaucoup plus porté sur le développement urbain. Selon le Forum pour le développement de l’Afrique, le développement rural et urbain devrait démontrer une dépendance mutuelle avec l’intégration économique; ce faisant, cette interaction suscite une croissance et un développement inclusifs dans les zones rurales et urbaines. Alors que les villes africaines se développent rapidement, les infrastructures urbaines doivent soutenir cette croissance, parallèlement à la fourniture de services de base adéquats dans les nouvelles zones d’habitation.
Ces services de base portent, sans s'y limiter, sur l’accès à l'énergie, aux routes, à l'eau potable et les technologies de l'information et de la communication (TIC). La croissance à long terme exige un système efficace constiué de centres urbains qui incluent des villes de petite, moyenne et grande taille dans lesquels sont produits des biens industriels et des services à forte valeur ajoutée, ainsi que des réseaux de transport fonctionnels qui permettent de connecter les économies nationales aux marchés régionaux et mondiaux.
De toute évidence, le financement reste toujours un défi majeur, cependant tout développement constructif se fait grâce à la mise à disposition de l’épargne domestique et de la liquidité des fonds de pension pour financer les besoins en infrastructures. Ce processus est en cours, avec plus de 3,4 milliards de dollars US de fonds levés pour les fonds d'infrastructure africains depuis 2012. Bien que ce niveau de financement ne représente qu'un peu moins de 4% du déficit annuel en termes d’infrastructures sur le continent, il convient de souligner qu’il s’agit d’un indicateur positif de l'implication accrue du secteur privé dans le financement des infrastructures en tant que classe d’actifs.
A propos de l'auteur
Gerald Gondo occupe un poste de direction au sein de RisCura Africa et est responsable du développement commercial. Avant de rejoindre RisCura, Gerald était cofondateur d'une entreprise basée à l'Ile Maurice et spécialisée en conseil en investissement et gestion de placements (Atria Africa). La passion de Gerald relativement à la thématique de l'investissement en Afrique l'a auparavant amené à rejoindre un gestionnaire d'actifs panafricain de premier plan (Imara Asset Management), où il avait la double responsabilité d'analyste principal sur les actions cotées en Egypte, au Maroc, en Zambie et à l'ile Maurice, tout en gérant les titres à revenu fixe sous gestion de la firme au Zimbabwe. Il a commencé sa carrière dans le capital-investissement en Afrique subsaharienne (Business Partners) et a également travaillé comme analyste de crédit dans une institution spécialisée dans les actifs financiers à revenu fixe (Futuregrowth Asset Management), où il était responsable de l'analyse du crédit aux entreprises et de la titrisation en Afrique du Sud.
Your comment