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Lire entre les chiffres : comprendre la différence entre le nombre de polices d'assurance déclarées par les consommateurs et celui annoncé par les compagnies en Zambie

mar 14, 2017
Ce texte a été publié à l'origine sur le site web de la CENFRI. En 2014, 22,2 % des adultes en Zambie étaient couverts par une assurance. En 2015, seulement 2,6 % l'étaient. Si vous travaillez dans l'assurance en Zambie, vous attribuerez probablement ce changement à l'arrêt du produit Airtel Life. Pourtant, même en excluant Airtel Life des données de 2014, le chiffre obtenu reste trois fois supérieur à celui du nombre des polices d'assurance en 2015. Alors, d'où vient cette différence ? Elle ne correspond pas à une erreur des données ou dans la conception de l'enquête, mais est due au fait que de nombreux adultes ignorent qu'ils sont assurés. Les données de 2014 sont issus d'une étude sur le paysage de la micro-assurance en Afrique qui collecte les données sur le nombre de polices d'assurances sur la base d'une enquête auprès des assureurs, tandis que celles de 2015 sont extraites de l'enquête de consommation FinScope et sont obtenue (comme le nom de l'enquête l'indique) à partir d'une enquête auprès des consommateurs. Beaucoup de produits dont parlent les assureurs sont obligatoires, intégrés ou font partie des polices de groupe. Il en résulte que bien souvent les consommateurs n'en sont pas conscients et ne se déclarent pas couverts, alors que les fournisseurs continuent à collecter des primes sans jamais être appelés à payer des indemnisations. L'examen des causes de cette situation permet de tirer d'intéressantes conclusions sur le marché zambien actuel de l'assurance et sur son évolution. D'abord, le faible usage de l'assurance ne correspond pas à l'expérience du risque de la plupart des Zambiens. Comme dans n'importe quel autre pays en développement, les Zambiens sont sujets à des risques divers. Pourtant, comme la figure ci-dessus le montre, peu se reposent sur l'assurance pour gérer ces risques. Elle indique que plus des trois quarts des adultes ont fait l'expérience d'un sinistre assuré l'année précédente mais qu'ils ont principalement utilisé leur épargne, l'emprunt et la vente d'actifs pour l'atténuer. Figure 1 : risque et réponse au risque en Zambie

























Source : enquête de consommation FinScope en Zambie (2015) Ceci amène à se poser la question des raisons qui font que dans leur gestion du risque, les adultes en Zambie préfèrent faire appel à des mécanismes d'atténuation des risques plutôt qu'à l'assurance ? Et, si l'assurance constitue un meilleur mécanisme d'atténuation du risque, comment changer ce comportement ? Étape 1 : Payer les indemnisations. Un marché dominé par des polices obligatoires, imbriquées et de groupe n'est pas une mauvaise chose en soi. Selon Chamberlain et al. (2016), ceci est une étape nécessaire sur la plupart des marchés en développement de l'assurance. Toutefois, si les bénéficiaires ne sont pas conscients de leur couverture par l'assurance, ils ne peuvent pas demander une indemnisation. Lorsque les indemnisations sont effectuées de manière automatique, les consommateurs ne sont pas conscients du rôle joué par l'assurance dans la diminution de leur passif. Dans les deux cas, le manque de conscience entrave le développement du marché de l'assurance. Pour qu'un marché de l'assurance se développe au-delà des polices obligatoires, intégrées et de groupe vers la prochaine étape d'achat volontaire, les consommateurs doivent devenir conscients des avantages que l'assurance leur offre. Par conséquent, poursuivre la vente de produits avec un faible niveau de conscience et donc peu de demandes d'indemnisation peut être lucratif à court terme. Cependant, cela altère la valeur perçue (et réelle) de l'assurance auprès des consommateurs et la possibilité de développement à long terme de ce marché. Ceci est la situation dans laquelle le marché zambien de l'assurance se trouve actuellement. La couverture actuelle par l'assurance obligatoire constitue une base favorable pour accroître la prise de conscience et l'intérêt des consommateurs pour les produits d'assurance si proposés d'une manière qui leur offre des avantages. Pourtant, au lieu de cette situation, les demandes d'indemnisation sont peu nombreuses et les produits d'assurance ne sont pas perçus comme utile. Le Pensons and Insurance Authority de la Zambie (autorité de supervision) annonce un ratio de 40 % de demandes d'indemnisation pour l'assurance vie et de 38 % pour l'assurance dans son ensemble pour l'année 2014. Pour certains produits, les demandes d'indemnisation sont de l'ordre d'unité de pourcentage. En outre, les deux principaux obstacles à l'utilisation des produits d'assurance identifiés par les personnes interrogées dans le cadre de l'enquête FinScope étaient que :" les assureurs ne payent pas les demandes d'indemnisation " et " les consommateurs ne font pas confiance aux compagnies d'assurance ". Si les consommateurs ne croient pas que les assureurs les indemniseront, alors les produits de ces derniers ne leur sont 'aucune utilité. Étape 2 : Concevoir de meilleurs produits. Il est important de payer des indemnisations pour démontrer l'utilité de l'assurance après un sinistre, mais convaincre les consommateurs de souscrire une assurance nécessite de concevoir des produits répondant leurs besoins. Par exemple :
  • Les adultes sont confrontés à des risques multiples : Grouper les produits d'assurance pour couvrir des risques multiples permet de mieux répondre aux besoins et de proposer de meilleurs avantages. Par exemple, les produits d'assurance indexés de Focus et Mayfair (compagnies d'assurance en Zambie) offrent aux agriculteurs non seulement une assurance contre les intempéries mais, conscients qu'ils font face à des risques personnels variés, une assurance funérailles et bientôt, une assurance hospitalisation.
  • Les assureurs professionnels sont en concurrence avec des fournisseurs informels. Les mécanismes informels d'atténuation des risques sont utilisés par une large partie de la population adulte en Zambie : 38 % des adultes déclarent utiliser des services financiers informels (FinScope, 2015). Alors que la plupart de ces produits informels ne sont pas des produits d'assurance, une large partie permet de faire face à des risques assurables. Par exemple, emprunter à des amis ou à la famille ou utiliser ses économies en liquide pour payer les frais de transport pour se rendre dans les les hôpitaux publics. Ces produits sont utilisés non seulement parce qu'accessibles, mais même les adultes capables d'utiliser les produits formels les préfèrent. Les produits informels sont des concurrents réels pour les assureurs formels. Le comprendre, ainsi que les raisons pour lesquelles les produits informels sont préférés est une étape importante pour les assureurs souhaitant attirer davantage d'assurés.
  • Les produits d'assurance manquent de substance. L'assurance repose sur la réputation. Étant donné que de nombreux marchés d'assurance commencent par des produits de micro-assurance décès ou d'obsèques, les adultes ne se rendent compte de cette valeur qu'à la mort d'un proche. Ceci complique leur vente aux primo-accédants. Sur d'autres marchés, les assureurs surmontent parfois ces obstacles en proposant des avantages en vie, pour donner une valeur tangible à leur police d'assurance, mais ceci n'est pas encore courant en Zambie. Les avantages en vie permettent également aux assureurs d'entretenir une relation avec le consommateur. D'habitude, le consommateur ne contacte son assureur qu'à la signature de sa police et quand il demande une indemnisation, ce qui signifier de nombreuses années après ou par l'intermédiaire d'un autre membre de la famille après leur mort. Les avantages en vie facilitent l'interaction, simplifiant à l'assureur le maintien de sa relation avec le consommateur.
Le décalage entre les données côté demande et côté offre est 'expression d'un marché avec un faible niveau de conscience et probablement une faible intérêt pour les assurés. Bien que cette situation peut être lucrative au tout début, Il n'en demeure pas moins que cette approche à court terme devrait poser du souci aux assureurs et aux décideurs politiques. En effet, les bénéfices enregistrés actuellement par les assureurs diminueront avec l'arrivée de la concurrence (la Zambie a vu le nombre des assureurs tripler ces 10 dernières années) et, plus grave, cette approche entrave le développement à long terme du marché de l'assurance car ne permettant pas le développement d'un marché de l'assurance volontaire. Pour les assureurs, ceci limite le potentiel de l'assurance à contribuer aux marchés des capitaux. Bien que des signes indiquent que certains assureurs commencent à innover dans la conception des produits et ciblent de nouveaux marchés, regarder entre ces chiffres révèle que de nombreux assureurs n'ont pas encore pris la mesure des enjeux et par conséquent - sape le potentiel du secteur à contribuer au bien-être des adultes en Zambie. ---------------------------------------------------------------------------------------------------------------------- À propos de l'auteur Jeremy Gray est associé principal à la recherche au Cenfri. Il travaillé sur de nombreux projets d'inclusion financière dans les pays de la communauté de développement de l'Afrique Australe (SADC) et de l'ASEAN. En particulier, il a travaillé sur des diagnostics d'inclusion financière MAP (faciliter l'accès) en Zambie, au Malawi, au Swaziland, au Lesotho et en RDC. Auparavant, il a travaillé sur de nombreux projets de micro-assurance incluant l'étude de synthèse sur plusieurs pays " A2ii ", qui l'a conduit à analyser et à synthétiser les divers modèles d'affaires de la micro-assurance, leurs risques et les diverses approches réglementaires existant mondialement.

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