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L'interopérabilité des services financiers numériques en Tanzanie

avr 11, 2017
Ce texte a été publié à l'origine sur le site web de Alliance for Financial Inclusion (AFI) En Tanzanie, l'accès aux services financiers numériques pour les personnes non-bancarisées s'est développé de manière exponentielle lorsque des services pratiques et peu couteux ont permis de recevoir et d'envoyer de l'argent à l'aide d'un simple téléphone portable. Quatre opérateurs de téléphonie mobile se sont engagés dans une intense concurrence sur un marché de 39 millions de porte-monnaies électroniques (ce chiffre ne prend pas en compte le fait que certaines personnes détiennent plusieurs comptes de porte-monnaie électronique, ni les comptes non résiliés après un changement de numéro de téléphone), dont 13 millions de porte-monnaies actifs (" les porte-monnaies actifs " sont ceux sur lesquels au moins une opération a été enregistrée dans les 90 derniers jours. Il s'agit du nombre total de comptes actifs dans le mois de référence). Ce chiffre est celui du mois d'octobre 2014, à un moment où trois des quatre opérateurs de services d'argent mobile signaient un accord d'interopérabilité faisant de la Tanzanie le premier pays à mettre en place des règles de fonctionnement permettant l'interopérabilité (Source : " Réussir l'interopérabilité dans les services financiers mobiles : Etude du cas de la Tanzanie). En février 2016, le quatrième fournisseur d'accès a signé cette convention et la Tanzanie est devenue un leader mondial en matière d'interopérabilité des services financiers digitaux (SFD) dans le secteur de la téléphonie mobile. Comment ceci a-t-il pu se produire ? Cet article met en évidence les facteurs clés ayant contribué à l'interopérabilité des SFD en Tanzanie. Mise en place d'un environnement propice L'environnement réglementaire favorisant la concurrence et la coopération a servi de fondement au dialogue et aux initiatives concrètes qui ont permis de mettre en place cette interopérabilité. La Banque de Tanzanie, banque centrale du pays, y a joué un rôle de surveillance, en veillant à ce que les prestataires de SFD proposent des services conformes aux exigences de mitigation des risques (grâce à la publication de lignes de conduites soulignant l'importance de respecter les normes internationales); ce qui a favorisé le double objectif de stabilité et d'inclusion financières. Ces dispositions ont conduit à l'adoption de politiques préconisant la non-exclusivité des agents/prestataires de services d'argent mobile, et finalement à leur interopérabilité. Cependant, au fur et à mesure que le marché a continué à croître et à atteindre la maturité, certains acteurs ont exigé la mise en place de l'interopérabilité pour stimuler leur expansion commerciale, dont la croissance n'était pas rapide. L'interopérabilité complète correspondait à un réel besoin. La banque centrale a dû jouer un rôle de chef de file dans le processus de mise en place d'une interopérabilité durable. Elle a opté pour une approche basée sur le marché, qui a été validée par les faits, et elle a assumé la coordination du processus. Des modérateurs neutres au niveau de ce marché ont été choisis afin de faciliter l'engagement des firmes-prestataires de SFD et de parvenir à un accord sur l'interopérabilité. Il s'agit de la Société Financière Internationale (SFI) et de la fondation pour l'approfondissement du secteur financier de Tanzanie (FSDT). Une approche basée sur le marché fonctionne La SFI a facilité le projet d'interopérabilité impulsé par les acteurs du marché, avec le soutien financier de la fondation Bill & Melinda Gates et la FSDT. Une coordination des rencontres a été nécessaire afin que les firmes-prestataires de SFD parviennent à un consensus sur des règles de fonctionnement et les conditions commerciales de l'interopérabilité, avant de les soumettre à la banque centrale pour examen. Cette démarche a débuté en septembre 2013 et un consensus a été obtenu, après plusieurs rencontres au cours desquelles les participants sont parvenus à une meilleure compréhension du cadre réglementaire, de la demande du marché, des systèmes de paiement et du processus de mise en place des règles, un consensus a été obtenu. Un an plus tard, en septembre 2014, deux des quatre Opérateurs de Téléphonie Mobile (OTM) ont signé un accord sur les principes de fonctionnement des transferts entre portefeuilles électroniques, conduisant à la définition des spécifications techniques préalables au lancement effectif de l'interopérabilité. En décembre 2014, le troisième OTM leur a emboîté le pas. Il a fallu une année supplémentaire pour que le quatrième opérateur les rejoigne, et en février 2016, la Tanzanie est devenue l'un des premiers marchés au monde à disposer d'une totale interopérabilité des SFD des OTM (voir la figure 1). Figure 1 : grandes étapes de l'interopérabilité de l'argent mobile en Tanzanie
D'autres marchés pourraient tirer des leçons de l'expérience de la Tanzanie. Il convient de noter que bien que la Tanzanie ait été un candidat idéal à une approche de l'interopérabilité basée sur le marché, en raison du soutien de sa banque centrale, du cadre réglementaire favorable et un niveau satisfaisant de concurrence et de maturité de son marché, deux autres facteurs ont également joué un rôle important : (1) les intérêts du secteurs privé ont été pris en compte et (2) le dialogue entre secteur privé et secteur public a été favorisé afin de réaliser l'objectif de stabilité et d'inclusion financières. Ces facteurs ont aidé le régulateur à assurer son double mandat et à garantir que les initiatives d'inclusion financière ne compromettent pas la stabilité financière. La prochaine étape L'aventure tanzanienne d'interopérabilité n'est pas encore terminée : le marché examine en ce moment l'extension de services interopérables à des règlements commerciaux et au-delà des OTM, aux banques voire à d'autres acteurs. Ce projet d'extension impliquera également l'amélioration du processus de compensation et de règlement, passant du stade des accords bilatéraux à un processus multilatéral. La banque centrale continuera de jouer un rôle de surveillance et donnera des orientations et des directives dans un processus efficace qui crée de la valeur, non seulement pour les acteurs de ce marché mais aussi pour les utilisateurs et les autres parties prenantes. Finalement, ce processus garantira que les meilleures solutions sont mises en œuvre et répondent aux attentes du secteur public et des acteurs privés - une mission guidée par les mêmes principes que ceux qui ont conduit premièrement à l'interopérabilité. ------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------ À propos de l'auteur Kennedy Komba est actuellement Directeur de la stratégie, de la gouvernance et des relations avec les membres de l'Alliance pour l'Inclusion Financière (AFI). Avant ce poste qu'il occupe depuis avril 2016, il a été Conseiller Senior du système de paiements nationaux de la banque centrale tanzanienne. Il est diplômé du Macro-economic and Financial Management Institute d'Afrique de l'est et australe (MEFMI), ainsi que de la Fletcher Leadership School pour l'inclusion financière de l'Université de Turf (États-Unis). Il dispose d'une solide expérience des stratégies et des cadres réglementaires d'inclusion financière. Il a contribué au développement du cadre réglementaire tanzanien des systèmes de paiement, y compris des réglementations sur la monnaie électronique. Il a également participé au développement du cadre réglementaire national sur l'inclusion financière en Tanzanie.

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