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L'innovation ne doit pas nécessairement avoir un effet déstabilisateur

nov 21, 2017
Dans le blog précédent, nous avons examiné ce que la technologie impliquait dans un contexte d'innovation et de résolution de problèmes pour les clients en milieu rural. Dans ce deuxième numéro d'une série de trois blogs, nous examinons en profondeur l'idée d'innovation et ce qu'elle signifie pour le Fonds pour la Prospérité Rurale (FRP, en anglais) de la Fondation Mastercard.
















Il est clair que la technologie change le paysage des services financiers en Afrique rurale. Des plus grandes banques aux plus petites fintechs, les prestataires de services financiers se préparent à un monde dans lequel la finance est essentiellement numérique et où toute personne ayant accès à un téléphone mobile peut également bénéficier de services financiers formels. L'adoption rapide du mobile money dans de nombreux pays a donné naissance à un millier de nouvelles innovations susceptibles d'étendre davantage la portée des services financiers inclusifs. L'un des signes de ce succès est que tout le monde dans la finance numérique est à la recherche du "nouveau M-Pesa", de la même manière que dans d'autres domaines, les entrepreneurs veulent être «l'Uber de ...» Une hypothèse sous-jacente à ce constat est que le changement est généralement linéaire jusqu'à ce qu'une entreprise spéciale arrive avec une idée qui crée un changement non linéaire, que nous considérons souvent comme déstabilisatrice. Cependant, si vous faites correspondre cette idée au contexte de de cloisonnement des activités que le secteur des services financiers traverse actuellement, il n'est pas certain que le besoin actuel soit celui de la rupture ou de la déstabilisation. Auparavant, une banque, une institution de microfinance ou une compagnie d'assurance avait pour but de fournir au client un service intégré verticalement, de la souscription initiale au service financier à tous les aspects de la relation-client et des services administratifs qui y sont afférents. Ce état de fait est en train de changer. La technologie, et en particulier la possibilité pour les différentes plateformes de se connecter les unes aux autres, ouvre de nouvelles opportunités de collaboration. Tout le monde n'a pas besoin de développer le prochain grand produit ou service; la mise au point d'une solution B2B (inter-entreprises) peut avoir beaucoup plus de valeur et d'impact pour une fintech qui intervient à un point de tension spécifique de la chaîne de fonctionnement d'une institution financière. Par exemple, le FRP soutient un partenariat entre Juhudi Kilimo, une société de financement d'actifs agricoles, et l'Entrepreneurial Finance Lab en vue de développer un outil psychométrique de notation de crédit pour les petits exploitants agricoles disposant d'informations de crédit non vérifiables ou limitées. Il s'agit d'une solution techniquement adaptée à un défi spécifique -
à savoir, comment estimer la probabilité de remboursement dans un environnement de données limitées - qui pourrait réduire les coûts et améliorer l'efficacité des processus de crédit de Juhudi Kilimo.
Un partenariat similaire dans le portefeuille du Fonds existe entre First Access, une société de technologie financière (fintech), et Esoko, une société d'information et de communication agricole. Les deux mettront en place une plateforme de notation des crédits agricoles ruraux pour les établissements de crédit à partir d'ensembles de données disparates, allant des données pédologiques et météorologiques à l'utilisation des téléphones mobiles et des profils des agriculteurs. La solution a le potentiel d'avoir un impact sur un grand nombre d'agriculteurs qui n'ont pas d'antécédents dans le secteur bancaire classique. Il s'agit d'innovations importantes qui pourraient avoir un impact réel sur le financement des micro et petites entreprises, sans pour autant nuire aux autres profils de prêteurs qui pourraient en bénéficier. Et c'est une bonne chose. L'innovation peut être très efficace sans être déstabilisatrice. Il n'y a rien de mal à être ambitieux et les marchés financiers ruraux en Afrique offrent la possibilité de changement d'envergure sur le continent. Mais si vous vous concentrez trop sur la prochaine rupture en termes d'innovation, vous pouvez perdre de vue les grandes idées qui représentent une évolution, pas nécessairement une révolution. Au Fonds
pour la Prospérité Rurale
de la Fondation Mastercard, nous aimons les grandes idées. Mais l'aspect le plus important de la grande idée est l'impact qu'elle a sur les moyens de subsistance des communautés rurales en Afrique, pas nécessairement sur la manière dont elle bouleverse la structure du système financier. Ceci pour dire que si vous souhaiter demander l'aide du Fonds, il nous importe peu que vous proposiez un projet qui bouleverse les marchés financiers africains. Nous sommes à la recherche de projets crédibles qui permettent de surmonter certains des nombreux défis du financement des populations rurales et susceptibles d'avoir un impact réel sur la vie des personnes vivant dans la pauvreté ou à proximité. Nous voulons des idées qui fonctionnent selon une approche ascendante (du bas vers le haut), et qui résolvent de vrais problèmes. Il est possible que la vôtre soit positivement déstabilisatrice. Si ce n'est pas le cas, cela ne nous pose aucun problème. --------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------- A propos des auteurs Howard Miller est consultant sénior chez Nathan Associates en Inde. Il est spécialisé dans l'inclusion financière, les fonds d'appui et d'encouragement, ainsi que dans l'approche du développement des systèmes de marché. Economiste de formation, Howard a une longue expérience en conseil, en politique publique et en banque d'investissement. Depuis qu'il a rejoint Nathan Associates en 2011, il a travaillé sur les programmes de développement du secteur financier du DFID en Ouganda, au Mozambique, au Bangladesh et au Rwanda . Avant de rejoindre Nathan, Howard était membre de l'Overseas Development Institute et travaillait sur la politique du secteur macroéconomique et financier pour le gouvernement de l'Ouganda. Grace Njoroge a fait son incursion dans le monde de l'entreprise il y'a huit années, dans le cadre d'un programme d'études supérieures avec l'une des meilleures banques régionales d'Afrique de l'Est. Elle s'attendait à être une banquière classique, mais cela ne s'est pas produit comme elle s'y attendait. Sa journée-type de travail consistait à monter une moto pour aider les micro-commerçants et aider les petits exploitants agricoles à ouvrir un compte d'épargne. Elle a fini par être convaincue de la puissance d'impact des produits financiers simples qui changent radicalement la vie et le potentiel des entreprises créées par les populations à faible revenu. Chez KPMG IDAS (International Development Assistance Services), elle travaille avec des bailleurs de fonds et d'autres parties prenantes pour soutenir les institutions financières et non financières, afin de mieux servir les segments non bancarisés et sous-bancarisés.

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