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L'infrastructure africaine : vers une mobilisation des capitaux intérieurs

jan 28, 2013
L'un des grands défis auxquels l'Afrique doit faire face est l'investissement dans les très nécessaires infrastructures et leur construction. Vaste et complexe tâche. Pourtant, si ce défi n'est pas relevé de manière satisfaisante, la renaissance économique prometteuse de l'Afrique pourrait être mise en danger. Depuis une dizaine d’année l’Afrique bénéficie d'un boom des prix des actions qui a stimulé la croissance économique. Il est difficile d'imaginer comment cette croissance pourrait continuer et comment en partager largement les bénéfices sans investir dans les routes, les voies ferrées, les ports et peut-être encore plus important, dans l'énergie.
Pour répondre à ce défi, les gouvernements africains vont devoir trouver des solutions innovantes, afin de repousser les limites du développement de leurs marchés financiers et de s'assurer de disposer de plans de développement de leurs infrastructures ambitieux et bien conçus.
Les financements restent un problème central. Selon la Banque Africaine de Développement et la Banque Mondiale les besoins de financement non couverts s'élèvent à 93 milliards de dollars par an (EDIA, 2009).
Cette étude sur
des projets régionaux clés
du Programme de Développement des Infrastructures en Afrique (PIDA), approuvé au
Sommet 2012
de l’Union Africaine (UA),
estime que d'ici à 2020, cette seule liste de projets nécessiterait 68
milliards de dollars. Ces chiffres donnent le vertige mais il doit être répondu à ce défi. L'avenir de l'Afrique en dépend.
En fournissant ces fonds, les gouvernements africains doivent être conscients de plusieurs tendances nouvelles et déterminantes. Tout d'abord, il est de plus en plus normal que la stratégie de financement soit définie par les Africains (par les utilisateurs des fonds) et non plus par la communauté internationale seule (logique de financement classique). Ensuite, les gouvernements africains sont maintenant conscients du fait qu'ils peuvent faire appel aux marchés internationaux pour obtenir des financements à des taux concurrentiels et pour lever des sommes importantes. Les investisseurs internationaux sont plus ouverts que jamais à l'attribution de crédits en Afrique. Ceci a été bien illustré par l'accueil favorable qui a été réservé à la récente émission d'obligations en Zambie ainsi que par les bons résultats des obligations précédemment émises au Ghana et au Nigeria.
Mais ce qui est réellement nouveau et qui conditionnera l'avenir de l'Afrique est la réflexion sur l'utilisation de ses propres ressources pour répondre à ses besoins de financement. En particulier, comment les marchés africains des capitaux vont pouvoir être développés pour répondre aux besoins de financement d'infrastructures.
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L'obligation sur projet spécifique
" (project bond) est un outil qui a été utilisé sur d'autres marchés émergents. Il pourrait constituer un véhicule adapté au financement des infrastructures car de nombreuses infrastructures sont financées selon une logique de financement de projet. Une "obligation sur projet spécifique" a un fonctionnement proche de celui d'un prêt pour un projet en ce que le financement est réalisé directement par un fonds spécialisé (SPV) et que l'obligation est remboursée par la trésorerie du projet. Toutefois, alors que la qualité de crédit des prêteurs peut avoir une incidence sur la qualité de crédit des fonds spécialisés, celle de l'obligation sur projet spécifique ne dépend pas directement de la qualité de crédit de la trésorerie des prêteurs.
Les obligations sur projets spécifiques ont été largement utilisées dans d'autres pays, notamment au Chili, en Malaisie et en Corée (Mbeng Mezui, 2012). Dans chacun de ces cas, le gouvernement a mis en place des réformes dans les secteurs des retraites et de l'assurance , afin de débloquer des capitaux à long terme. Ceci a créé une quantité importante de ressources d'investisseurs institutionnels intéressés par des valeurs à faible risque, avec des échéances longues et émises en devise locale. Cette base d'investisseurs est particulièrement intéressée par les obligations sur projets spécifiques et les investissements structurels. Le fait qu'ils préfèrent les investissements en devise locale permet d'éviter les risques de change entre revenus et service de la dette. En plus des politiques favorisant le développement d'investisseurs institutionnels, ces gouvernements ont mis en place des politiques favorables à la stabilité macroéconomique, en particulier en réduisant l'inflation et en soutenant les taux d'intérêt. Effectivement, l'économie chilienne a mis en place une indexation qui a procuré aux investisseurs à taux fixe sur le long terme un confort supplémentaire pour leurs placements à long terme. Cette solution qui a été mise en place par les décideurs et les institutions financières au Chili a été très innovante et il ne fait aucun doute qu'elle doit être copiée. Mais ce qui est encore plus important est la mise en place d'une stratégie à long terme de recherche de stabilité économique et de mise en place d'institutions qui accumulent des capitaux et qui se spécialisent dans l'investissement dans des valeurs à long terme.
En accompagnement des politiques favorables à la création de fonds de pension, il est nécessaire de s'assurer que les réglementations des marchés des titres sont en place pour fournir aux investisseurs les garanties de défense de leurs intérêts et les procédures nécessaires aux institutions pour pouvoir investir et remplir leurs responsabilités fiduciaires. Après la mise en place de marchés de titres, la loi doit garantir aux émetteurs des niveaux satisfaisants d'information et ces informations fournies dans des dépliants ou sur d'autres types de documents doivent être transparentes et répondre aux exigences des standards nécessaires aux investisseurs institutionnels. Il est donc vital qu'à mesure du développement des marchés africains des capitaux, ces marchés adoptent des normes reconnues au niveau international. C'est indispensable pour asseoir la confiance des investisseurs.
Enfin, les gouvernements doivent mettre en place des infrastructures de service professionnelles et efficaces qui travaillent au succès des projets qui seront proposés aux marchés financiers.
Si les gouvernements africains peuvent lancer avec succès ces diverses actions, non seulement des quantités significatives de capitaux intérieurs pourront être mobilisés pour financer des programmes d'infrastructure mais ils vont également déclencher le développement et la maturation de leur marché des capitaux. Ils en tireront des avantages énormes sur le plan du développement de leurs économies dans les années à venir. Et les obligations sur projet spécifique pourraient bien être l'outil qui va catalyser tous ces changements.
De nombreux pays africains ont déjà mis en place les institutions et le cadre réglementaire permettant l'émission d'obligations sur projet spécifique et des autres produits innovants du financement des infrastructures. Il faut les renforcer et les décideurs doivent être encouragés à faire appel aux marchés nationaux des capitaux. En parallèle, les banques africaines devraient être encouragées à travailler sur tout le continent africain et à venir compléter les ressources des marchés des capitaux.
Les marchés internationaux connaissent des changements en profondeur. De nombreuses banques internationales se retirent des financements d'infrastructure. Mais grâce à des politiques volontaristes, les pays africains peuvent garantir qu'ils disposeront de suffisamment de ressources financières sur leurs propres marchés. Ceci permettra de garantir que la récente croissance africaine sera plus durable et plus solide. Bim Hundal: Président Lion's Head Global Partners
Cedric Mbeng Mezui: Economiste Financier Senior, Banque africaine de développement

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