L'inclusion financière à travers l'épargne et les petites entreprises rurales (FINISAVE)
nov 24, 2014
L'inclusion financière est devenue un facteur clé pour la réalisation des objectifs du millénaire pour le développement (MDG), en particulier pour MDG1 qui ambitionne d'éradiquer l'extrême pauvreté et la faim. MDG1 intègre également la prise en compte du Genre dans la fourniture à tous d'un emploi productif et décent. MDG3 s'attache à la promotion de l'égalité des genres et à renforcer le pouvoir d'action des femmes en favorisant leur indépendance économique. Mondialement, les femmes constituent soixante six pour cent (66 %) de la force de travail et elles jouent une part prépondérante dans le développement des petites entreprises. Les femmes chef d'entreprise contribuent de manière significative à la création d'emplois et elles génèrent des revenus qui alimentent le PIB et la croissance économique de leurs pays. Malgré ceci, l'accès au crédit des entreprises gérées par des femmes reste difficile.
Dans les régions rurales africaines, les femmes représentent la part la plus importante de la force de travail (70 %) subsistant directement de l'agriculture. Une grande partie de ces fermiers souhaiterait utiliser des techniques de production plus perfectionnées pour obtenir de meilleurs rendements mais sont confrontés à des difficultés d'accès à l'emprunt qui leur permettrait de réinvestir dans leur entreprise. Seule 13 % de la population rurale obtient des prêts bancaires pour réinvestir dans la production agricole. Cette difficulté d'accès aux financements pour les pauvres et en particulier pour les femmes des zones rurales est imputable à plusieurs facteurs, parmi lesquels la localisation des entreprises et la perception du risque qu'ont les banques au niveau des prêts agricoles. Actuellement, il existe peu de produits répondant aux besoins des femmes dans le domaine agricole et en plus, les critères de prêt utilisés par les banques sont compliqués pour elles. Qui plus est, dans la plupart des pays africains, les femmes ont de fait peu ou pas accès à la propriété foncière, laquelle sert de garantie pour les prêts bancaires. De plus les femmes sont souvent réticentes à contacter les banques ou les institutions financiers par peur de barrières linguistiques. Cette liste est sans fin : il existe des freins au niveau de la mobilité, du fait de la dispersion géographique des habitats sur de larges territoires et à cause de faibles niveaux scolaires et du manque de connaissance des affaires qui entravent la constitution d'archives sur l'entreprise, la préparation de plans de développement et la gestion des affaires au quotidien. Ceci impacte de manière négative les performances, la croissance et la viabilité des entreprises gérées par les femmes.
En plus de ces obstacles, la section ougandaise de New Faces New Voices (NFNV) a identifié des difficultés particulières pour l'accès aux ressources financières des femmes en milieu rural, parmi lesquelles : un faible ou une absence totale de niveau scolaire de base, une formation inexistante aux bases de la finance permettant de gérer un compte bancaire ; la perception des femmes comme liées au foyer et incapables de participer à l'activité économique, ce qui fait que leur travail est rarement reconnu par les décideurs et une faiblesse des infrastructures en zone rurale.
Dans ce contexte et afin de répondre au défi de l'accès des femmes aux ressources financières en zone rurale, la section ougandaise de NFNV, une initiative de Graca Machel en partenariat avec l'institut de développement de l'entreprenariat en Ouganda UNEDI, a commencé à développer un modèle d'inclusion financière sous la forme de l'initiative d'épargne et de petites entreprises rurales FINISAVE, un modèle de coopérative financière visant à augmenter la disponibilité et les montants des financements dans les zones isolées. Ce modèle FINISAVE repose sur deux idées phare ; (1) les gens disposent de certains revenus mais ils ont besoin d'aide pour engager des dépenses et des investissements de manière responsable en fonction du leurs revenus ; et (2) la mise en commun de ressources pour améliorer les revenus des ménages tout en travaillant à l'amélioration des principales chaînes de production de valeur. Il a été testé dans le district de Lwengo District avec plus de 125 000 femmes chef d'entreprise et plus de 250 000 hommes et femmes dans 465 villages ont bénéficié de cette initiative.
Nous avons fait les constatations suivantes lors de cette expérimentation : (1) le partage des frais liés à l'accès aux ressources financières en zone rurale à travers un partenariat public-privé a pallié le manque d'infrastructure permettant l'accès aux femmes ; (2) la constitution de groupes d'épargne et d'investissement au niveau des villages liés à une banque commerciale par banque mobile a permis à des femmes en zone rurale de travailler dans des coopératives d'investissement viables et durables ; (3) ce modèle remet indiscutablement en question la pensée selon laquelle une femme ne pourrait effectuer qu'une activité de gestion de son foyer. Ceci est rendu possible par un programme d'éducation financière qui encourage les communautés à l'auto-découverte, un changement complet de perspective - d'évaluation des situations qui permet aux femmes d'identifier les opportunités qui l'entourent. Ces femmes, qui ne s'étaient pour la plupart jamais rendu physiquement au sein d'une agence bancaire, peuvent désormais s'y rendre en ayant une idée claire de la nature des services et produits bancaires, ainsi que de leurs droits en tant que consommatrices.
- Si nous regardons en avant et au vu de ce que nous avons appris de ce processus, les autorités de régulation et les institutions financières devraient : Réguler les politiques des services des agents bancaires pour les faire évoluer d'une culture d'entreprise vers la fourniture de services favorables aux pauvres, en analysant le contexte ;
- Les gouvernements devraient mettre en place des fonds de garantie pour les femmes et des subventions pour l'acquisition de matériels de production ;
- Les gouvernements devraient soutenir et promouvoir les partenariats public-privé pour la fourniture de services financiers ;
- Concevoir des produits accessibles à toutes les catégories de femmes, particulièrement pour les clientes situées en bas de l'échelle financière. Les institutions financières devraient se rendre compte que les femmes ne constituent pas une catégorie homogène et elles doivent par conséquent proposer des produits qui reflètent ces différences de revenus et de modèle économique, afin de répondre à ces divers segment du marché féminin ; et
- Les institutions financières devraient mobiliser les moyens leur permettant de servir les femmes sur la base de nouveaux modèles financiers destinés à généraliser l'accès aux ressources financières. Les initiatives choisies devraient répondre aux contraintes spécifiques liées au genre qui limitent la croissance et la durabilité des entreprises des femmes en milieu rural.
- Il est nécessaire de changer d'attitude par rapport à la population rurale, d'abandonner l'idée que cette population serait responsable de l'attitude des institutions financières et que la pauvreté serait inévitable pour les communautés rurales africaines. Si ce n'est pas le cas, nous passerons à côté d'une opportunité car la population rurale contribue de manière quantifiable et vitale à l'économie africaine.
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