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L'inclusion financière en Afrique : Le rôle de la microfinance

mar 22, 2016
L'inclusion financière est importante pour la croissance économique car elle joue un double rôle. Tout en créant un accès particulier aux opérateurs du secteur informel, elle permet d'améliorer l'approfondissement financier favorisant ainsi à la fois les dimensions de pénétration et d’expansion du développement financier. En d'autres termes, afin d’être efficace pour le développement économique, l’inclusion financière doit se concentrer sur les éléments fondamentaux de l'intermédiation financière tels que la mobilisation de l'épargne et la transformation de l'actif, l'atténuation des risques et l’amélioration de l'efficience dans le secteur des entreprises à travers le monitoring du management et l’exercice du contrôle des entreprises. Les Politiques d'inclusion financière qui tout en créant un accès reposent d’avantage sur ​​les transactions plutôt que sur l’ensemble des consignes de l'intermédiation, peuvent ne pas se traduire par la fonction majoritairement rependue d’inclusion du crédit et ne pourront donc pas nécessairement conduire à l'expansion financière et par conséquent à la croissance économique.

Parmi les différentes stratégies pour accroître l'accès aux services financiers en Afrique, la microfinance se démarque comme étant un mécanisme à fort potentiel pour réduire la pauvreté et les inégalités et promouvoir la finance d'entreprise. Les institutions de microfinance sont des fournisseurs importants de financement aux petites et microentreprises qui sont incapables d’obtenir du crédit auprès de prêteurs commerciaux en raison de l'asymétrie de l'information et des coûts élevés associés aux prêts. Les Micro, petites et moyennes entreprises sont les plus grands créateurs d'emplois et contributeurs à la croissance économique dans de nombreux pays en développement; et la découverte d’alternatives pour les financer a placé la microfinance à l'épicentre du débat sur l'inclusion financière (Robinson, 2001).

Avec la tendance générale actuelle dans la microfinance qui met l'accent sur ​​la viabilité financière, les IMF peuvent recouvrer pleinement les coûts et faire des profits. Une telle microfinance à vocation commerciale devrait
financer leurs portefeuilles de prêts grâce à la mobilisation de l'épargne, la dette commerciale, et des bénéfices non répartis ; et facturer des taux d'intérêt qui permettront le recouvrement des coûts à partir du revenu généré " du portefeuille de prêts en cours , et pour réduire ces coûts autant que possible " ( Meesters , Lensink & Hermes , 2008: 2 ) ; et « générer un profit " ( Robinson , 2001) .

La documentation soutient l'idée selon laquelle la microfinance durable aura un véritable impact et une portée, d'où la poussée vers les IMF viables, à vocation commerciale ( Conning , 1999 : 51 ; Cull & Morduch , 2007 : F107 ; Manos & Yaron , 2009: 101; Robinson , 2001) . Quayes (2012 : 3432 ) développe cet argument en concluant que « la réalisation de la viabilité financière ne constitue pas un obstacle aux efforts de sensibilisation, et peut en fait faciliter une plus grande pénétration. Lorsque les IMF qui exploitent ​​les dépôts sont réglementées, elles sont généralement durables et étendent leur taux de pénétration (Bayai et Ikhide 2015, Haiyambo et Ikhide 2015). Un environnement réglementaire favorable permet
non seulement de rendre les IMF durables, mais leur permet aussi de croître.

Dans le contexte africain en particulier, la microfinance représente une occasion viable pour conduire l'inclusion financière pour les personnes non bancarisées et mal desservies, étant donné que la plupart des systèmes financiers africains sont encore naissants et incapables de relever les défis les plus pressants de la pauvreté rurale et du chômage. La microfinance majoritairement perçue comme existante pour inclure les micros prêts, la micro épargne, la micro assurance et les transferts/versements de fonds, devrait recevoir l’attention de politiques. La Microfinance, ainsi définie, a été reconnue comme capable d’améliorer l'accès et de permettre aux pauvres de gérer et de construire leur base d'actifs progressivement.

La microfinance formelle en Afrique s’est développée au cours des deux dernières décennies, à travers l'expansion de la portée des institutions formelles (rétrogradation, programmes de liaison), l'émergence de nouvelles institutions formelles axées sur la microfinance, les réformes des institutions financières publiques et l'introduction de nouveaux programmes de microfinance via les gouvernements. Toutefois, les opérations formelles se concentrent principalement sur ​​la fourniture de facilités de crédit. La mobilisation des épargnes doit encore recevoir une attention adéquate.

Les programmes de microcrédits parrainés par le gouvernement sont très communs dans de nombreux pays d'Afrique subsaharienne en raison des attractions politiques que de tels régimes utilisent beaucoup plus pour attirer des intentions de vote dans le cadre des élections que pour la réduction de la pauvreté. Les programmes de microfinance qui ciblent le financement des entreprises
plutôt que celui de la consommation ont de meilleures chances de réduire la pauvreté en stimulant l'emploi. C’est également la raison pour laquelle la préoccupation actuelle de téléphonie mobile bancaire dans de nombreuses parties de l'Afrique doit maintenant commencer à migrer vers la prochaine phase impliquant la création de crédit plutôt que l'obsession de transferts d'argent. De nombreux utilisateurs de la solution d’argent mobile ne sont autrement pas inclus dans le système financiers formel – au Kenya 43% des adultes qui déclarent avoir utilisé l'argent mobile au cours des 12 derniers mois ( 2012) ne disposent pas d'un compte bancaire formel ; au Soudan 92 % ne le font pas (AFDB , 2013) . Dans la même brèche, la préoccupation actuelle relative aux micros prêts dans de nombreuses économies d'Afrique subsaharienne pourrait être déplacée. Les Microcrédits ne font pas de micro entrepreneurs.

Les institutions de microfinance sont apparues en Afrique en grande partie pour répondre aux besoins non comblés de financement des micros, petites et moyennes entreprises ainsi que les entrepreneurs indépendants. Pour que de tels efforts puissent se développer, les nouveaux entrepreneurs doivent avoir accès à long terme au capital. Dans la plupart des enquêtes sur ce secteur, l'accès au financement et à l'énergie figure en tête de liste des besoins des MPME. Les IMF ont été en mesure de répondre à cette demande parce qu'ils concentrent leur analyse de crédit sur ​​le profil des clients, les flux de trésorerie, et l'engagement à rembourser le crédit proposé, plutôt que sur la garantie ou l'expérience des affaires. De cette façon, les IMF prennent en compte les caractéristiques particulières du nouveau secteur privé dans cette région. Cela demande un cadre stratégique de microfinance bien articulé dans ces économies pour compléter le développement global du secteur financier.

* Extrait du discours inaugural sur «Le Débat sur La Finance et la croissance en Afrique : Le rôle de l'inclusion financière " Université de Stellenbosch , Afrique du Sud - Stellenbosch , Novembre 2015.
Sylvanus Ihenyen Ikhide
est Professeur de Development Finance et Chef du programme doctoral de Develoment Finance à l'University de Stellenbosch Business School, Cape Town, Afrique du Sud
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