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Libérer le potentiel en matière d'infrastructure de l’Afrique : le rôle des fonds souverains

juil 03, 2017
Ce texte a été publié à l'origine sur le site web de Quantum Global Group. Les fonds souverains (FS) remplissent un rôle de financement de plus en plus important dans de nombreux pays. Résultant en général du surplus de la balance des paiements, des réserves de devises étrangères et d'excédents budgétaires, les actifs gérés par les fonds souverains mondiaux ont rapidement augmenté durant ces dernières années, atteignant 7 200 milliards de dollars US en 2015, soit plus du double du niveau de 2008. Les pays africains ont rejoint cette tendance internationale ces dernières années en créant leurs fonds souverains, dotés de plus de 159 milliards de dollars US de fonds gérés (soit 6,4 pour cent du PIB africain). Le développement rapide des fonds souverains en Afrique a été stimulé par la hausse des prix des matières premières entre 2000 et 2014, associé aux récentes découvertes de pétrole, de gaz et de minéraux solides dans des pays comme le Ghana, le Kenya et la Tanzanie. Malgré la chute des prix des matières premières depuis 2014, les montants et les actifs gérés par les fonds souverains n'ont cessé d'augmenter. Dans le même temps, l'Afrique souffre d'importantes disparités en termes d'infrastructure, contribuant à contrarier sa croissance. La Banque Mondiale estime qu'environ 93 milliards de dollars US sont nécessaires annuellement pour répondre aux besoins d'infrastructure du continent africain mais que seulement la moitié de ce montant est disponible à ce jour. La croissance exponentielle de la population et l'augmentation de l'espérance de vie sur le continent stimulent par ailleurs la demande de services publics comme l'eau, l'électricité, les routes et les télécommunications, que seuls quelques pays réussissent à fournir en quantité suffisante. Environ 19 pour cent des routes en Afrique subsaharienne sont bitumées, contre 27 pour cent en Amérique latine et 43 pour cent dans le sud de l'Asie. Environ 57 pour cent percent de la population africaine n'a pas accès au réseau électrique et environ 30 pays subissent des coupures régulières d'électricité, conduisant à des dépenses élevées en raison de l'usage de groupes électrogènes. La proportion de personnes ayant accès à des sources d'eau potable en Afrique subsaharienne est de 68 pour cent contre 94 pour cent en Asie de l'est et 95 pour cent en Amérique latine. En outre, l'inadéquation des infrastructures augmente le coût des affaires, freinant l'intégration économique et limitant la croissance. On estime que le mauvais état de ses infrastructures fait baisser la croissance de deux points chaque année et fait chuter la productivité de jusqu'à 40 pour cent. Les entreprises africaines perdent 5 pour cent de leurs ventes à cause des pannes électriques et ce chiffre grimpe à 20 pour cent pour les entreprises dans le secteur informel. L'accélération de la croissance de l'Afrique dépend de la réduction des déficiences structurelles en matière d'infrastructure, mais la mobilisation des financements pour le développement des infrastructures reste un défi énorme. La portée du financement des infrastructures à partir des ressources traditionnelles comme les taxes et impôts, les banques et les marchés des titres d'emprunt est limitée, particulièrement depuis la crise financière mondiale. C'est pourquoi l'Afrique a besoin de nouvelles sources de financement pour ses infrastructures, et les fonds souverains peuvent contribuer de manière significative à ce financement. Les fonds souverains sont en bonne posture pour financer les infrastructures, et ceci pour plusieurs raisons. Premièrement, ils disposent d'un horizon d'investissement à long terme et ils peuvent fournir des capitaux à long terme qui sont nécessaires au financement des infrastructures. Deuxièmement, ils ont un passif limité voire en réalité inexistant (car d'origine fiscale), contrairement aux autres investisseurs institutionnels comme les fonds de pension. Troisièmement, les infrastructures génèrent des rendements raisonnablement élevés et protégés de l'inflation, ainsi qu'un lien faible avec les autres actifs financiers, ce qui implique des risques relativement faibles. Quatrièmement, une fois les infrastructures construites, leurs actifs sont moins vulnérables à la conjoncture économique que les autres actifs, plus cycliques. Étant donnés la démographie africaine et le manque de financement d'infrastructures sur le continent, diriger les ressources des fonds souverains vers le financement des infrastructures est un pas vers la mise en place d'atouts concrets pour les générations futures. L'allocation des actifs par les fonds souverains dépend largement de leurs mandats, qui incluent la stabilisation économique, l'accumulation d'épargne intergénérationnelle, l'amortissement des chocs économiques, la diversification des richesses et le développement économique (par exemple, le développement des infrastructures et de l'industrie). De plus, les perspectives économiques, la situation fiscale, les tendances des marchés, les préférences en matière de placement, les réglementations, le goût du risque et les considérations de passif influencent également les décisions d'investissement des fonds souverains. Selon notre analyse, l'allocation d'environ 20 pour cent des ressources des fonds souverains africains pourrait couvrir les financements manquants dans le secteur des infrastructures en Afrique pour au moins une année, en l'absence bien sûr de dysfonctionnements. Le déficit de financement énergétique serait couvert par environ 15 pour cent des ressources des fonds souverains africains, alors que celui de l'eau et du traitement des eaux usées en nécessiterait 8,4 pour cent. Parmi les pays ayant établi des fonds souverains, il existe une corrélation positive entre les actifs de ceux-ci et l'accès à l'électricité, ce qui suggère que les fonds souverains peuvent faire la différence en termes de développement d'infrastructure. Il existe de nombreuses possibilités d'investissement en matière d'infrastructures en Afrique. L'Afrique dispose d'abondantes ressources naturelles (10 pour cent des réserves mondiales de pétrole, 40 pour cent de l'or, 80 à 90 pour cent des minéraux comme le chrome ou le platine) et des ressources agricoles qui constituent des opportunités d'investissement en infrastructures dans les secteurs des ressources et de la valorisation industrielle. Le continent africain fait également l'objet d'une rapide urbanisation, avec une main d'œuvre jeune et une classe moyenne en développement qui ouvre des opportunités dans les secteurs immobilier, des télécommunications, de l'énergie de l'eau et du traitement des eaux usées. La population africaine va plus que doubler pour atteindre environ 2,4 milliards d'habitants en 2050, constituant ainsi une demande future et croissante d'infrastructures. D'après les estimations, la demande d'énergie augmentera de 6 pour cent par an pour atteindre 3 100 térawatts/heure (TWh), alors que le chiffre d'affaires des marchandises transportées sera multiplié par 6 à 8 d'ici 2040. Les retours sur investissements en Afrique ont été plus élevés que dans les autres régions en développement et ceci pourrait continuer à être le cas pour les investissements en infrastructures, si l'on prend en compte les besoins de financements actuels, particulièrement dans les domaines de l'énergie, des transports, de l'eau et du traitement des eaux usées. Alors que les opportunités d'investissement dans les infrastructures en Afrique sont immenses, certains risques doivent également être pris en compte. Par exemple, le risque politique (celui résultant des changements de gouvernement), les risques de change, les variations des cours des matières premières, les risques financiers et le l'absence de données de haute qualité pour mesurer et gérer ces risques. Les fonds souverains peuvent certainement jouer un rôle important dans le financement du développement des infrastructures en Afrique. Pour ce faire, les fonds souverains africains doivent se fixer des objectifs clairs et s'assurer que leurs stratégies d'investissement restent cohérentes avec leurs mandats. Les fonds souverains peuvent faire des efforts pour réserver une partie de leurs ressources aux investissements en infrastructures ou mettre en place des entités avec un mandat particulier dédiées aux investissements en infrastructures, comme l'ont fait le Ghana, le Nigeria et l'Angola. Les gouvernements africains peuvent également promouvoir les investissements en infrastructures en montrant leur engagement à protéger les investisseurs en termes de droits de propriété, de stabilité de leur système juridique, de tolérance zéro face à la corruption et de poursuite des projets engagés après les transitions politiques. Ceci est particulièrement important pour attirer les fonds souverains situés hors d'Afrique ou les investisseurs privés. Les investisseurs institutionnels sont souvent préoccupés par la liquidité et les risques liés aux investissements en infrastructures. C'est la raison pour laquelle il est nécessaire de concevoir des instruments financiers qui soient liquides et disposent d'un profil de risque adapté, avec en prime une notation de qualité incitant les fonds souverains à investir leurs importantes ressources dans les infrastructures. L'amélioration de la préparation et du packaging des projets d'infrastructure devrait également permettre d'attirer les fonds souverains vers ce type d'investissement. Il est également important de combler les lacunes relatives aux données, afin d'améliorer la mesure et la gestion des risques liés aux investissements en infrastructures et de débloquer davantage de fonds pour les infrastructures en Afrique. ------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------ A propos de l'auteur Seedwell Hove est actuellement économiste senior chez Quantum Global Research Lab, un centre de recherche spécialisé dans la conception de modèles économétriques dédiés aux économies africaines et dans l'analyse de politiques macroéconomiques qui promeuvent le développement de politiques économiques et d'investissements dont la soutenabilité et l'innovation sont des caractéristiques majeures. Seedwell et le bureau mondial de Quantum Global Research Lab sont basés à Zurich, en Suisse. Avant de rejoindre ce poste, il a travaillé à la Banque mondiale entre 2012 et 2015, et il a enseigné l'économie pendant près de 2 ans à l'Université du Cap. Au début de sa carrière, Seedwell a travaillé comme trésorier à la Banque de développement de l'infrastructure (anciennement la Banque de développement du Zimbabwe) et ensuite à la Reserve Bank of Zimbabwe. Relativement à ses antécédents académiques, Seedwell Hove détient un doctorat en économie de l'Université du Cap et un master dans la même discipline, obtenu à l'Université du Zimbabwe.

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