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Les systèmes d'alerte précoces et les crises bancaires dans les pays à faibles revenus d'Afrique subsaharienne

mai 20, 2013
La crise financière mondiale a renouvelé l'intérêt des chercheurs et des décideurs pour les systèmes d'alerte précoces (SAP) et pour les modèles permettant de fournir des alertes de risques sur la probabilité de crises bancaires systémiques sur une base objective et systématique. La plupart des efforts ont été consacré aux économies développées, qui ont été à l'épicentre de la récente tempête. A l'exception du FMI, qui a récemment lancé un programme de recherche destiné à améliorer le cadre de surveillance du secteur financier des pays à faible revenu (PFR), en particulier en Afrique subsaharienne (ASS), peu avait été fait jusqu'à présent pour ces pays.
Les systèmes bancaires des PFR en ASS se sont généralement montrés résistants lors des récentes épreuves financières mondiales. Ceci est principalement dû aux réformes structurelles qui ont été mises en place dans de nombreux pays lors des dix dernières années dans un contexte de politique macroéconomique sain. La plupart de ces pays ont amélioré leur cadre juridique de supervision, mettant en place des spécifications prudentielles et des règles de supervision. Toutefois, avec l'approfondissement des systèmes bancaires et l'apparition de nouvelles sources de risques, les PFR en ASS doivent
continuer à avancer en renforçant leurs capacités de surveillance et la résilience de leur secteur financier. D'autres actions doivent être entreprises pour examiner l'impact des évolutions macroéconomiques et financières sur les risques bancaires systémiques. Dans ce domaine, les SAP constituent des outils précieux pour les décideurs et les régulateurs dans cette région.
Dans une étude en cours avec Giovanni Caggiano (Université de Padoue) et Leone Leonida (Université Queen Mary de Londres) nous développons un SAP d'un nouveau genre permettant de prévoir les crises bancaires systémiques dans les PFR en ASS. En particulier, nous étudions un groupe test de 38 pays entre 1980 et 2008. Le choix d'un groupe homogène d'économies contribue à améliorer la précision prévisionnelle des SAP. De plus, bien qu'ils aient subi plusieurs séries de problèmes systémiques, en particulier entre les années 80 et 90, les PFR en ASS n'ont absolument pas été pris en compte dans les documents d'étude de cette période. Nous avons pris en compte une série de variables macroéconomiques et financières qui ont été largement utilisées dans la littérature économique ainsi que comme indicateurs pour décrire les caractéristiques des systèmes bancaires des PFR en ASS.
Nous avons trouvé qu'une baisse de la production réelle, une dépréciation du taux de change nominal, une forte croissance du crédit intérieur et une mauvaise liquidité du système bancaire
sont quatre indicateurs d'une probable crise bancaire systémique dans les PFR en ASS. Nos recherches montrent qu'une crise bancaire dans ces pays est généralement précédée d'un affaiblissement des fondamentaux macroéconomiques, en particulier d'un ralentissement de l'activité économique et d'une dépréciation de la devise. Étant donnée la faible diversification économique des PFF en ASS, toute baisse du PIB se répercute sur le secteur bancaire sous la forme d'une dégradation générale de la qualité des actifs, ce qui augmente la probabilité d'une crise bancaire systémique, en dehors de tous les autres facteurs.
D'un autre côté, une baisse du taux de change pourrait amener à formuler l'hypothèse que les crises bancaires des PFF en ASS seraient dues à une trop forte exposition aux risques de change
(FX). Notre étude montre qu'une crise monétaire peut effectivement déclencher une crise bancaire lorsque les banques sont très exposées aux risques de change. Ceci peut mettre en danger le système bancaire lui-même, lorsque des devises affectent son bilan, ou indirectement, par des expositions à des emprunteurs non couverts. De plus, la forte dollarisation de la plupart des PFF en ASS les expose à un risque de ruée sur les dépôts en devise étrangère. Étant donné que les modèles de séparation des devises dans le bilan des systèmes bancaires (position nette ouverte dans chaque devise) et de dollarisation des passifs (de M2 aux réserves) ne sont statistiquement pas très significatifs, nous pouvons en déduire que le moyen par lequel une dépréciation intervient dans un PFF en ASS est de nature principalement indirecte, c'est-à-dire due une exposition à des risques de change au travers d'emprunteurs bancaires.
Les résultats que nous avons obtenus indiquent également qu'une forte croissance des crédits intérieurs par rapport au PIB précède les crises bancaires. Ceci peut indiquer le pic d'un cycle de crédit, dans lequel règnent des conditions de crédit distendues et la constitution d'un déséquilibre financier par rapport à l'économie réelle aboutit à des défaillances importantes et par conséquent,
à des problèmes bancaires systémiques. Dans le même ordre d'idée, nous avons trouvé que le système bancaire des PFF en ASS est générateur de crise si son activité de crédit dépasse sa base de dépôts. En d'autres termes, la probabilité d'une crise bancaire systémique augmente à mesure que les banques financent une part plus importante de passifs non fondamentaux dans leur portefeuille, ce qui diminue leurs liquidités et les rend plus vulnérables aux retraits de dépôts.
Nos résultats ont des conséquences sur les politiques, au moment où les régulateurs financiers et les banques centrales des PFF en ASS réaffirment leur ordre du jour financier dans le contexte des récentes réformes, suite à la crise financière mondiale, en particulier au cadre de Bâle III. Nos constatations soulignent la nécessité de mettre en place un cadre macroprudentiel efficace pour compléter la régulation microprudentielle standard, la politique monétaire et les mesures administratives de contrôle des risques financiers inhérents aux contextes non diversifiés et dollarisés. Dans ce domaine, les systèmes financiers des PFF en ASS peuvent bénéficier de dispositions sur le crédit comme des plafonds sectoriels d'exposition au crédit et/ou d'augmentation de crédit, ainsi que de la majoration des barêmes d'évaluation des risques et/ou des provisions sur les prêts en devises étrangères, afin de fournir une meilleure protection contre la concentration des risques et contre les risques de crédit liés aux devises.
En termes de régulation macroprudentielle, la mise en place des conditions de liquidité définies dans Bâle III peuvent s'avérer des compléments précieux aux règles actuelles de liquidité. D'un autre côté, nos résultats n'indiquent pas de nécessité d'un durcissement des exigences en capital, ce qui constitue la clé de voûte des dernières réformes internationales. Enfin, il est important que les régulateurs financiers dans cette région, avec l'aide des institutions financières internationales, poursuivent leurs efforts de renforcement de leur capacité de supervision, particulièrement dans les contextes de développement rapide du crédit, comme c'était le cas au Nigéria avant la crise bancaire de 2009. En conclusion, les SAP sont des outils précieux pour
la mise en place de politiques mais ils ne sauraient en aucun cas remplacer le savoir-faire des autorités de régulation financière.

Pietro Calice est le Responsable des projets d'investissement à la Banque Africaine de Développement

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