Blogretour

Les politiques financières favorables au développement des entreprises en Afrique

mar 23, 2015
Dans la plupart des économies africaines, les banques fournissent la majeure partie des capitaux externes aussi bien aux petites qu'aux grandes entreprise, et ceci pour l'ensemble du secteur privé et de l'économie. Pourtant, il reste des obstacles bien documentés à l'accès au crédit, en particulier pour les petites et moyennes entreprises (PME). Le principal obstacle sur ce marché est l'asymétrie de l'information. En d'autres termes, la collecte et le traitement de informations permettant de choisir ou de filtrer les emprunteurs les moins risqués sont très coûteux, et la "surveillance" de l'utilisation des fonds prêtés est tout aussi coûteuse, ce qui explique les réticences des banques à prêter aux PME. Dans une publication récente, nous examinons ce problème et nous mettons en évidence en les détaillant les politiques financières des pays africains favorables au développement des entreprises à tous les niveaux, y compris les start-ups, les micro-entreprises, les petites et moyennes entreprises et les grands groupes. Dans le présent article, nous resterons nécessairement plus concis. Partage des informations sur le crédit L'information est la clé de voûte permettant de mettre en place un système financier efficace et l'information centrale est celle relative à la solvabilité. Le système financier fonctionnera globalement bien mieux si toutes les informations pertinentes touchant au crédit sont partagées, dans le respect évidemment des procédures de confidentialité de ces données. Il revient aux banques centrales nationales de faire des recommandations sur les bonnes pratiques et de superviser la mise en place de bases de données sur les cotes de crédit. Niveau d'intervention de l'État L'intervention de l'État, sous forme de réglementation et de supervision du secteur financier dans son ensemble ainsi que sous forme de mise en place d'assurances et de garanties des risques et des prêts ou d'autres services de soutien aux activités des PMME est nécessaire pour corriger les imperfections du marché, dus à l'asymétrie de l'information et aux problèmes de frais fixes dans les pays africains. Toutefois, les "réformes financières" pilotées par la demande constituent la clé de l'évolution du secteur financier et du développement des entreprises. Cette intégration du secteur privé sous la forme d'un partenariat avec le gouvernement permettra de démocratiser l'accès aux ressources financières et aux marchés des capitaux, à condition de mettre en place des solutions d'incitation, telles que des conditions de capital compatibles avec les risques et des primes d'assurance fondées sur le risque. Marchés des capitaux Les marchés des capitaux sont utilisés par les entreprises de plus grande taille pour se financer par l'emprunt et lever des fonds par l'émission d'obligations et d'actions. Le développement des marchés des capitaux prend du temps car il est basé sur l'accumulation dans le temps, par le biais d'informations publiques, de données sur les entreprises et sur l'établissement de réputations. Un cadre réglementaire et un cadre de supervision sains doivent être mis en place et ni les acheteurs ni les vendeurs ne feront pleinement confiance à ce marché jusqu'à ce qu'il ait été essayé et testé. La confiance s'établissant au fur et à mesure, de plus en plus d'acheteurs (investisseurs) et de vendeurs (émetteurs) de titres primaires interviendront sur ce marché, et ses liquidités ainsi que sa stabilité augmenteront avec le développement du marché secondaire et les ventes réalisées par les détenteurs de porte-feuilles d'actions. Banque de développement En parallèle avec le développement des marchés intérieurs des capitaux ou de l'accès aux marchés internationaux des capitaux, le rôle des banques de développement restera important pour financer les investissements à long terme et les projets d'infrastructure. Les gouvernements des pays en voie de développement continueront à faire appel aux baques de développement pour attirer les capitaux internationaux en proposant des co-financements avant l'émergence de marchés des capitaux matures. Les banques de développement nationales ou les autres agences devraient également mettre en place des systèmes de garantie d'emprunts, former et fournir des services d'accompagnement aux dirigeants dans le secteur des PMME. En d'autres termes, les banques de développement devraient porter un effort particulier à la diminution du nombre des échecs. Banque mobile Dans de nombreux pays africains, les systèmes de transfert de fonds (MTS), basés sur des réseaux téléphoniques mobiles sont très perfectionnés et très fiables (par exemple, M-Pesa au Kenya). Si les pays africains souhaitent réussir sur ce créneau financier numérique nouveau, les systèmes de paiement doivent être réglementés comme les autres services, pour garantir leur accès universel, la protection des données et la liberté d'information, ainsi que la fiabilité de l'infrastructure informatique les supportant ; et de manière plus générale, pour garantir que les clients soient bien traités par les fournisseurs de service de paiement ou d'autres services ou produits financiers, afin de permettre la confiance. On trouvera parmi ces fournisseurs des opérateurs téléphoniques associés à des banques ou à d'autres institutions financières, telles que des teneurs de marché, des courtiers, des gestionnaires de fonds et des assureurs. Ceux qui souhaitent entrer en concurrence dans la nouvelle arène financière numérique devront investir dans des équipements informatiques fiables et à la pointe de la technologie, et les gouvernement devront s'assurer que ces réseaux seront réglementés et supervisés. Des personnels informatiques bien formés, des spécialistes de la banque et des services financiers, des avocats et des auditeurs seront nécessaires. Des superviseurs bien formés et bien payés seront également demandés. Andy Mullineux, Professeur en économie financière, Université de Bournemouth (amullineux@bournemouth.ac.uk) et Victor Murinde, Professeur en financement d'entreprise, Chef du Département Finance, Université de Birmingham, (V.Murinde@bham.ac.uk). Lectures complémentaires Davis, A. (2012) : Seeds of Change (Les semences du changement). Londres : Centre for the Study of Financial Innovation. Napier, M. (2011) : Including Africa - Beyond Microfinance (Afrique comprise - au-delà de la microfinance). Londres : Centre for the study of Financial Innovation. Stiglitz, J.E. et Weiss, A., (1981) : "Credit Rationing in Markets with Imperfect Information" (le rationnement du crédit sur les marchés avec des circuits d'information imparfaits), American Economic Review, 71(3), p 393 à 410.

Your comment

Cette question sert à vérifier si vous êtes un visiteur humain ou non afin d'éviter les soumissions de pourriel (spam) automatisées.