Les PME offrent à l’Afrique l’opportunité de développer son marché d’endettement
Les investissements dans les entreprises privées en Afrique sont financés par une proportion relativement faible d’endettement par rapport au financement fondé sur les capitaux propres; et ce, contrairement aux marchés développés où la dette est plus facilement disponible et à moindre coût. C'est ce que révèle le dernier rapport Bright Africa de RisCura sur le capital-investissement, publié en octobre 2017. Avec un volume relativement faible d’actifs sous gestion, l’Afrique dispose d’un potentiel de développement du marché de la dette privée.
La sous-capitalisation des prêteurs traditionnels, tels que les banques, et l'incertitude économique actuelle ont conduit au développement de sources alternatives de capitaux. L’une de ces alternatives se rapporte au marché de la dette privée où les gestionnaires de fonds accordent des financements aux entreprises privées à la recherche de crédit. Ces entreprises, dont les petites et moyennes entreprises (PME), qui ne s'inscrivent pas dans le paradigme traditionnel du financement, constituent un vivier d’opportunités à exploiter pour les fonds actifs sur le marché de la dette privée. Un déficit d'offre de financement existe en raison du fait que les PME ne sont pas en mesure d'accéder au financement par les canaux traditionnels tandis que les gestionnaires de fonds d’endettement privé ont des opportunités d'investissement limitées. Cet déficit de financement est rapidement comblé par les fonds d’endettement privé qui ont fait le choix de fournir le capital nécessaire au développement des PME. Parmi ces fonds africains qui ciblent déjà les PME avec ce type de financement, on peut citer le troisième fonds mezzanine de Vantage Capital avec un engagement de ses investisseurs à hauteur de 280 millions de dollars en 2017 et le fonds Investec Africa Credit Opportunity 1 dont l’engagement des investisseurs s’élève à 226,5 millions de dollars.
Les promoteurs de PME ignorent en grande partie que la dette privée est une option de financement, et comment y accéder, ainsi que les avantages et les risques encourus. Ce problème est aggravé par le fait que les gestionnaires de fonds ne peuvent pas facilement identifier les entreprises qui ont besoin de financement et, par conséquent, dépendent des emprunteurs potentiels qui formulent des demandes de financement auprès d’eux. La dette privée peut être accessible à travers un certain nombre de stratégies. Les fonds d’endettement privé, tels que les fonds mezzanine et les fonds dits « credit opportunities », enregistre la majeure partie de la demande des PME à la recherche de capital de croissance et de refinancement de leur dette. Il serait avantageux pour les PME que les fonds d’endettement privé leur offrent un soutien en termes de financement et de gestion, sans pour autant rechercher systématiquement une participation directe dans le capital des firmes. Les fonds dits « credit opportunities » dispose un d’un mandat élargi qui pourrait impliquer une gamme d'instruments d’endettement permettant aux gestionnaires de fonds de fournir des solutions adaptées à chaque entreprise. Cette aptitude est déterminante lorsqu’elle permet d’allouer efficacement des capitaux dans divers environnements professionnels.
La recherche a montré que les fonds dits « credit opportunities » et mezzanine fonctionnent bien pendant les phases de contraction et de relance du cycle économique. Après deux trimestres consécutifs de contraction du PIB, l'Afrique du Sud est sortie de la récession au deuxième trimestre 2017. Le regain de confiance des entreprises, malgré une faible prévision de croissance d'environ 1% en 2018, pourrait en faire le moment opportun pour investir. Plus de deux millions de PME sud-africaines pourraient ainsi prospérer en améliorant leurs flux de trésorerie, leurs fonds de roulement et leur gestion, permettant ainsi de réaliser les prévisions du plan national de développement ; estimations selon lesquelles le secteur des PME créera 90% des emplois d'ici 2030. Les fonds disposant des capitaux requis pour relancer l’investissement peuvent donc fournir des liquidités aux premiers stades de la reprise économique, lorsque les prêteurs traditionnels sont particulièrement désintéressés et inaptes à financer ce type d’acteurs. Ce marché offre également aux investisseurs la possibilité de diversifier leur exposition aux titres à revenu fixe, en évitant les obligations d'État et les titres cotés en bourse, au profit des placements à rendement élevé. Les fonds dits « credit opportunities » et mezzanine ont généralement des rendements asymétriques positifs, impliquant que la probabilité de gains inattendus est plus élevée que celle de la perte imprévue. En raison du large éventail de stratégies que les fonds dits « credit opportunities » et mezzanine peuvent suivre, les investisseurs peuvent obtenir des revenus d'intérêts et des rendements assimilables à des titres de participation (actions) grâce à des stratégies de conversion de dette.
Ces fonds peuvent tirer profit d’une exposition à des actifs qui devraient permettre de récupérer de façon prévisible le capital et de générer un rendement excédentaire par rapport à un indice de référence. Un autre avantage se rapporte à la possibilité pour les fonds d’endettement privé de procéder à la diversification de leurs investissements par pays, par secteur ou selon la notation des firmes ou actifs dans lesquels ils veulent investir. Ainsi, ils peuvent réduire la volatilité de leurs rendements. La recherche de rendements élevés n'est cependant pas sans risque, car ces stratégies d’endettement privé font le pari que les rendements dépassent les pertes dans le cas de PME en défaut de paiement. Les fonds dits « credit opportunities » et mezzanine appliquent souvent une prime plus élevée pour compenser ce risque. Comme on peut le voir sur les marchés développés, un afflux de capitaux sur le marché de la dette pourrait conduire les fonds d’endettement privé à s’exposer plus dangereusement aux risques de défaut, comme dans le cas de prêts aux entreprises au bord de la faillite. Cette propension a suscité la crainte d'une «bulle de la dette privée». En Afrique cependant, le marché de la dette est loin d'avoir atteint son potentiel. Il est prévu que l’endettement privé en Afrique soit considéré à long terme comme une composante à part entière des portefeuilles des investisseurs. Les investisseurs qui disposés à accepter le risque pourraient être à l’origine d’une réelle valeur ajoutée pour les PME en Afrique, qui sont les principaux moteurs de la croissance économique. Le développement du marché de la dette privée est essentiel pour libérer ce potentiel.
A propos de l'auteur
Kelsey Tanner est analyste-senior en capital-investissement à Riscura. Elle est l'auteure de rapports d'évaluation des investissements pour les clients impliqués dans le secteur du capital-investissement et réalise des évaluations indépendantes de sociétés privées à travers toute l'Afrique. Kelsey mène également des recherches sur l'industrie et compile des rapports dédiés au Capital-investissement tels que Bright Africa et RisCura SAVCA Private Equity Performance, qui donnent un aperçu des rendements de l'industrie. Elle a obtenu un diplôme d’expert-comptable en 2017 après avoir terminé son travail de recherche au sein de la division des services financiers de KPMG, où elle a acquis de l'expérience dans la modélisation et l’évaluation financières des firmes. Kelsey Tanner a rejoint RisCura en février 2017.
Your comment