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Les fonds de pension ont un rôle clé à jouer dans les aspirations de l’Afrique pour 2063

juin 20, 2017
Gerald Gondo, Directeur du développement Afrique chez RisCura, note que malgré les perspectives de croissance du continent, le compartiment actions des marchés africains a récemment fait face à des turbulences. Si l'on tient compte des rendements négatifs affichés durant ces deux dernières années d'un certain nombre d'indices boursiers africains, il ne serait pas surprenant de voir les investisseurs remettre en question les concepts tant vantés de " l'émergence africaine " ou du " dividende démographique ". Devraient-ils continuer à croire que l'Afrique a les capacités de relever ses défis à court terme tout en considérant les perspectives à long terme ? Un élément central des arguments en faveur de l'investissement en Afrique est le célèbre dividende démographique - qui fait allusion à la période où la main d'œuvre d'un pays est jeune, désireuse et capable de s'intégrer à l'économie et contribue ainsi à sa croissance. Mais d'autres éléments tels l'augmentation des revenus disponibles, l'urbanisation, les ressources inexploitées et l'agriculture renforcent aussi la nécessité de regarder au-delà des défis à court terme et d'aligner plutôt les attentes sur des objectifs de long terme. Ces facteurs vont nécessairement continuer à gagner en importance, et offrir sans doute la perspective d'une croissance organique qui n'attendrait qu'à être lancée. Les investisseurs devraient se poser la question de savoir qui déclenchera cette croissance en Afrique et comment. Les gouvernements et les législateurs africains semblent disposer d'une vision et d'une volonté claires, comme l'indique le thème du 28ème sommet de l'Union Africaine (UA) à Addis-Abeba en janvier 2017 : " investir dans la jeunesse pour récolter les fruits du dividende démographique ". Il s'agissait peut-être pour les dirigeants africains de sonner le rappel du réexamen de la politique d'investissement en mettant sous le feu des projecteurs le facteur de croissance le plus durable et le plus résilient- sa jeunesse. Si nous examinons " les aspirations de l'Afrique pour 2063 " de l'UA, six aspirations destinées à réaliser le potentiel du continent africain à l'horizon 2063, la première de ces aspirations se présente comme suit : " une Afrique prospère basée sur la croissance participative et le développement durable. Nous sommes déterminés à éradiquer la pauvreté en une génération et à mettre en place une prospérité partagée grâce à la transformation économique et sociale du continent. " L'importance de définir les moyens de réaliser cette aspiration nécessite que les gouvernements africains, les législateurs et les régulateurs entreprennent un examen critique des obstacles à la croissance inclusive et au développement durable. L'approfondissement, l'intégration et le développement des marchés financiers africains est un domaine d'intervention évident et urgent. Selon une étude du Milken Institute - centre d'étude des marchés financiers - intitulée " Marchés des capitaux dans la communauté d'Afrique de l'est - développer l'offre d'investissement ", ces marchés sont le fondement nécessaire à toute croissance économique parce qu'ils aident à canaliser l'épargne intérieure de manière plus productive. Ils permettent ainsi au secteur privé d'investir, de produire et de créer des emplois. Les fonds de pension africains ont été cités comme un gisement croissant d'actifs pouvant et devant être dirigé vers l'approfondissement des marchés des capitaux. Chez RisCura, nous continuons à observer et à enregistrer la croissance des actifs des fonds de pension africains du fait de l'augmentation des revenus, et nous sommes attentifs au besoin qu'ont ces fonds de diversifier leurs investissements pour s'écarter des investissements traditionnels. Une attention particulière est portée à l'augmentation continue des hauts niveaux d'exposition des fonds de pension africains aux titres d'état à revenu fixe, qui pourraient être la conséquence de réglementations statiques. Une autre étude du Milken Institute sur les fonds de pension d'Afrique de l'est a trouvé que " le traitement de faveur généralement accordé aux actifs gouvernementaux dans les approches réglementaires - en particulier des plafonds relativement élevés dans les portefeuilles - peuvent inciter les fonds à préférer cette classe d'actifs au détriment des autres. " Si l'Afrique souhaite réaliser sa première aspiration, ainsi que les six autres aspirations toutes aussi importantes, le rythme des réformes des marchés des capitaux doit être accéléré. RisCura a déjà remarqué précédemment que plusieurs grands pays africains ont revu ces dernières années leur réglementation sur les retraites et que nombreux étaient ceux qui envisageaient ou avaient entamé des réformes sur l'encadrement de l'investissement, autorisant par exemple l'investissement dans des fonds de capital-investissement et dans des classes d'actifs non traditionnelles. Le rythme de ces réformes reste cependant lent. L'approfondissement des marchés des capitaux peut prendre du temps mais la canalisation de l'épargne vers les secteurs productifs de l'économie n'est pas limitée aux places financières cotées. Le recours au capital-investissement et aux infrastructures comme classes d'actifs alternatifs, à travers les fonds africains de capital-investissement et ceux destinés aux infrastructures, en plein essor, constituera un instrument déterminant pour l'accélération du développement économique en Afrique. Les réformes réglementaires constitueront un moteur puissant de l'accroissement des investissements et de l'approfondissement des marchés africains de capitaux. Les fonds de pension africains et les investisseurs institutionnels, grâce à une affectation judicieuse de l'épargne, ont un rôle important et central à jouer afin d'aider l'Afrique à réaliser les projets et les initiatives susceptibles d'accélérer l'accomplissement de son aspiration première. ------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------ A propos de l'auteur Gerald Gondo occupe un poste de direction au sein de RisCura Africa et est responsable du développement commercial. Avant de rejoindre RisCura, Gerald était cofondateur d'une entreprise basée à l'Ile Maurice et spécialisée en conseil en investissement et gestion de placements (Atria Africa). La passion de Gerald relativement à la thématique de l'investissement en Afrique l'a auparavant amené à rejoindre un gestionnaire d'actifs panafricain de premier plan (Imara Asset Management), où il avait la double responsabilité d'analyste principal sur les actions cotées en Egypte, au Maroc, en Zambie et à l'ile Maurice, tout en gérant les titres à revenu fixe sous gestion de la firme au Zimbabwe. Il a commencé sa carrière dans le capital-investissement en Afrique subsaharienne (Business Partners) et a également travaillé comme analyste de crédit dans une institution spécialisée dans les actifs financiers à revenu fixe (Futuregrowth Asset Management), où il était responsable de l'analyse du crédit aux entreprises et de la titrisation en Afrique du Sud.

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