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Les effets hétérogènes du microcrédit sur le résultat net du marché du travail

avr 20, 2015
En 2013, nous avons réalisé une enquête détaillée auprès des ménages au Cap-Vert. Nous voulions étudier l'effet de l'accès aux ressources financières sur le comportement des bénéficiaires au niveau du marché du travail. L'objectif du microcrédit est généralement de stimuler l'auto-entreprise mais la plupart des affaires financées de la sorte sont de très petite taille et de ce fait
intègrent rarement tous les membres du ménage. Si au sein d'un ménage certaines personnes sont sans emploi, le fait qu'un autre membre puisse démarrer ou améliorer le fonctionnement d'une petite entreprise grâce à un micro-emprunt peut influer sur le revenu total de ce ménage et, de ce fait, agir sur la motivation des personnes au chômage dans leur recherche d'un emploi. Nous avons étudié ce phénomène en détail dans un récent rapport. Nous avons développé un modèle simple dans lequel les membres d'un même ménage prennent collectivement les décisions de consommation. Il existe des possibilités d'investissement mais pour pouvoir en profiter, les ménages doivent emprunter car ils sont pauvres. Dans le même temps, certains membres du ménage sont parfois au chômage et en recherche d'emploi. En général, l'assouplissement des conditions de crédit modifie les possibilités d'investissement qui s'offrent aux ménages et améliore leurs conditions de vie. Il reste à savoir dans quelle mesure
un meilleur accès au crédit encourage les personnes au chômage à chercher un emploi. Notre modèle montre que l'incidence d'un meilleur accès au crédit sur les efforts de recherche d'emploi des chômeurs est ambigu car il est soumis à l'influence de deux forces contradictoires. L'accès au crédit peut améliorer l'effort de recherche d'emploi car il augmente les ressources nettes du ménage. Lorsqu'un chômeur trouve un emploi, il/elle peut participer à l'investissement avec son salaire et ainsi réduire la taille de l'emprunt. Ceci fait baisser le coût du financement et augmente son effet positif pour le ménage. Mais en même temps, les personnes sans emploi au sein d'un ménage qui bénéficient d'un meilleur accès aux ressources financières profitent d'un revenu amélioré qui diminue leur motivation pour chercher un emploi. En fait, l'investissement a un retour positif qui permet d'augmenter la consommation agrégée des ménages. L'effet dominant dépend du pouvoir de négociation au sein du ménage. Nous avons démontré que lorsque le membre sans emploi dispose d'un pouvoir de négociation élevé, l'effet positif sur la valeur nette est assez fort et, de ce fait, l'accès amélioré au crédit est plus susceptible de déclencher des efforts de recherche de la part des sans-emploi. Intuitivement, quand les membres d'un ménage partagent les ressources et prennent les décisions de manière collective, la part de consommation de chaque membre dépend de sa capacité à influencer les décisions. Ceci est facile à vérifier avec les données que nous avons utilisées, qui intègrent des informations détaillées sur les attitudes des personnes en recherche d'emploi. Les prévisions de ce modèle sont solidement étayées. Parmi nos variables, il y a le genre, les diplômes obtenus, la taille du ménage et l'impact dans le ménage des facteurs exogènes sur le pouvoir de décision de chacun. Comme notre modèle le prévoyait, ces facteurs ont une influence certaine sur le résultat de l'accès au micro-financement sur l'intensité de la recherche d'emploi : cet accès fait baisser l'intensité de la recherche d'emploi chez les individus dotés d'un faible pouvoir de décision, alors qu'il la stimule chez ceux disposant d'une forte capacité à influencer les décisions. Globalement, nos conclusions montrent que le comportement des membres sans emploi d'un ménage est impacté de manière non négligeable par l'accès au crédit, qui peut même potentiellement annuler les effets positifs du micro-financement. Ceci signifie que lorsqu'ils ne sont pas ciblés correctement, les programmes de financement peuvent faire baisser la motivation de recherche d'emploi, ce qui rend discutable l'effet final sur le bien-être. Pour améliorer le résultat du micro-financement sur le résultat net du marché du travail, la sélection de ses bénéficiaires ne doit pas être effectuée uniquement sur des critères de projet et de qualité des emprunteurs individuels mais aussi sur les caractéristiques des ménages dont ils font partie. En particulier, la répartition du pouvoir de décision est fondamentale. Nous avons suggéré l'utilisation de quelques indicateurs faciles à utiliser et à vérifier. Leur utilisation pour améliorer le ciblage des candidats peut améliorer l'effet positif de l'accès aux ressources financières, aboutissant à des effets externes positifs en termes de résultat net sur le marché du travail. Paolo Casini est chercheur affilié au LICOS, Université de Louvain et il travaille actuellement pour la Commission Européenne. Ses sujets de recherche incluent l'économie du développement, la micro-finance, l'organisation industrielle et le commerce international. Olivia Riera est doctorante au LICOS, Université de Louvain. Ses sujets de recherche s'étendent de l'économie du développement à la micro-finance, en passant par les politiques alimentaires et l'économie agricole. Paulo Santos Monteiro est Maître de conférence en économie à l'Université de York. Ses sujets de recherche vont de la macro-économie à l'économie du travail, au développement et au commerce international.

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