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Les dirigeants africains sont-ils sérieux quand ils souhaitent utiliser l'épargne plutôt que l'emprunt pour améliorer les économies africaines ?

nov 07, 2017
Selon les régulateurs des systèmes de retraite du Nigeria, d'Afrique du Sud et du Kenya, les actifs des régimes de retraite se sont considérablement développés ces dix dernières années. Les avoirs au Kenya sont passés de 105 milliards de shillings (Kshs) en 2002 à 700 milliards en 2013 et leur croissance annuelle reste vigoureuse avec un taux de 0,8 % avant d'atteindre 807 milliards de Kshs en 2015. L'économie du Nigeria a connu une augmentation similaire, passant de 7 milliards de $ en 2008 à 19 milliards en 2016, et l'Afrique du Sud a connu une croissance fulgurante atteignant le chiffre de 207 milliards de $ en 2016, en partant de 160 milliards sur la même période. Le Conseil des Services Financiers d'Afrique du Sud (FSB), l'autorité de tutelle des systèmes de retraite du Kenya (RBA) et la commission des retraites du Nigeria (PC) ont fixé depuis longtemps un cadre réglementaire strict, et les conseillers et gestionnaires de fonds continuent à gérer les actifs en pleine croissance des systèmes de retraite par rapport à l'évolution du PIB. La croissance au Kenya et au Nigeria est similaire à celle d'économies comme le Mexique, l'Espagne, la France, l'Italie, la Chine, le Brésil ou l'Inde qui ont des ratios d'avoirs par rapport au PIB inférieurs à 20 %. Sur les dix dernières années, l'étude à l'échelle mondiale des systèmes de retraite de Towers Watson a identifié l'Afrique du Sud comme étant le 11ème marché mondial pour les retraites et celui-ci s'est considérablement développé ces dix dernières années (15 %) pour atteindre le ratio extrêmement élevé de 74 % d'actifs par rapport au PIB. La question qui se pose est de savoir comment l'Afrique utilise-t-elle ces fonds de manière plus stratégique pour combattre les inégalités, le sous-développement et le chômage ? Total des actifs des régimes de retraite d'Afrique du Sud et ratio actifs / PIB













Source: Compilation des auteurs à partir des Indicateurs globaux du développement de la Banque Mondiale (en ligne), Rapports annuels du FSB (1960-2013) Total des actifs des régimes de retraite au Kenya et ratio actifs / PIB
















Source: Retirements Benefits Authority - RBA (2017) Ratio entre les actifs des fonds de pension et le PIB dans un panel de pays africains, OCDE














Source: Travaux des auteurs: Tower Watson, 2016 et Indicateurs des Fonds de pension de l'OCDE, 2016 L'augmentation de la taille des actifs des systèmes de retraites a bien stimulé le développement des marchés des capitaux, qui affichent une meilleure profondeur et davantage de liquidité sur le marché des titres. La modernisation des infrastructures a augmenté les possibilités des placements en obligations et en actions, particulièrement sur le long terme. L'amélioration du cadre réglementaire est également la conséquence du développement des actifs des systèmes de retraite et certaines études empiriques l'attribuent également à la baisse des coûts des transactions. Quand on compare la répartition des investissements en Afrique du Sud et au Kenya par catégorie d'actif, on distingue une grande part d'actions nationales (17,6 % et 23 %) et d'obligations (8,5 % et 36 %), y compris des titres d'état. Il n'y a qu'en Afrique de l'Est qu'on trouve une forte proportion de biens immobiliers avec 19 %, contre 1,2 % en Afrique du Sud, ce qui constitue le taux le plus faible. Le Kenya y avait consacré le montant impressionnant de 150 Milliards de shillings Kshs en décembre 2015. Les autres investissements, incluant ceux dans les infrastructures, constituent une catégorie d'actifs qui doit se développer de manière conséquente sur nos marchés de capitaux. Les fonds African Equity Fund et Isibaya Fund, gérés par le plus gros organisme de gestion des retraites (Public Investment Corporation), consacrent 2 % du total de leurs actifs de 37,1 milliards de rands à de tels produits d'investissement. Cet approfondissement nécessite la mise en place d'instruments, d'obligations et d'actions (cotés et non cotés), de gestion des projets et de packaging de ces dispositifs. Avec la détérioration des conditions dans les économies de l'ouest, de l'est et du sud de l'Afrique, tous les moyens disponibles devraient être utilisés pour transformer ces économies, en particulier les marchés des capitaux en raison de leur capacité à stimuler dans des proportions importantes le développement économique. Ces mesures ont pour objectif de contrer la récession dans les 2 plus grosses économies du continent: le Nigeria avec une croissance négative de -1,5 % et l'Afrique du Sud avec une performance peu glorieuse de 0,29 % en 2016. Dans la même période, le Kenya a connu une croissance de 5,8 % mais il traverse la plus grave crise de l'emploi de tous ces pays. Les gouvernements doivent faire de gros efforts pour remettre ces pays sur le chemin d'une croissance plus rapide. L'Afrique du Sud, par exemple, a connu une croissance moyenne de 3 % depuis son accession à la démocratie et cette croissance n'a jamais dépassé 5,6 % à son point le plus haut. La croissance du Kenya et du Nigeria s'est améliorée mais aucune de ces économies ne s'est développée de manière suffisante pour resorber le chômage, réduire l'écart grandissant inhérent aux inégalités, ou encore moins faire baisser la grande pauvreté et le retard en matière d'infrastructures nécessaires pour stimuler le développement sectoriel. Le nombre de chômeurs continue d'augmenter fortement et les plus durement touchés sont les femmes et les jeunes, dont le taux de chômage atteint 14,2 %, soit une estimation de 28 millions de personnes. Les pourcentages de chômeurs de 26,6 % en Afrique du Sud et de 39,1 % au Kenya indiquent une crise structurelle profonde. Malgré une forte croissance, toutes ces économies ont été incapables de faire correspondre cette forte croissance à l'absorption des nouveaux venus sur le marché du travail. Le déficit en termes d'investissement en infrastructures est estimé par la Banque Africaine de Développement à 93 milliards de $ par an. Ce n'est qu'en réalisant des investissements dans la production et en absorbant le chômage local qu'il sera possible de gagner des points contre la pauvreté et le chômage. L'investissement public est insuffisant pour répondre aux exigences de financement qui sont estimées à 10 % du PIB par an. Nos économies ont besoin d'une croissance fortement basée sur le travail. Pourtant, nous ne pouvons pas continuer à nous endetter auprès des institutions de Bretton Woods dans la perspective de ce processus de stimulation de l'investissement. La dette déjà étouffante, en pourcentage du PIB, et les coûts de remboursement facturés au prix fort rendent les emprunts et le service de la dette particulièrement intéressants pour les prêteurs. La question qui se pose est de savoir où trouver les financements nécessaires à la promotion du développement de la production ? Ces investissements supplémentaires doivent concerner les formations clé, les investissements dans des machines, des équipements et des infrastructures industrielles, du soutien logistique par la construction de voies ferrées, de ports, de routes et d'autres infrastructures qui vont libérer le potentiel économique de ces pays et en faire des pôles économiques régionaux. Est-il vrai que l'investissement dans les infrastructures est risqué ? Le seul objectif des régulateurs des fonds de pension est de trouver l'environnement propice aux investissements en limitant les risques et la mise en danger des investissements des retraités. Pour obtenir des rendements optimaux, il est essentiel d'encadrer la possibilité de surveiller les abus et les restrictions sur les catégories d'actifs. Ceci est dans l'intérêt des retraités. Toutefois, dans des pays comme le Canada, les États-Unis et l'Australie qui ont investi jusqu'à 15 % des actifs des fonds de pension dans des investissements publics, le constat a été fait que ceux-ci sont payants. Ces investissements qui utilisent des mécanismes de financement non traditionnels ont produit des rendements significatifs dans d'autres pays, tout en favorisant le développement de ces économies. Dans une étude à l'échelle mondiale réalisée par Harith & Preqin sur les actifs des systèmes de retraite, plus des trois quarts des actifs du portefeuille investi en infrastructures ont répondu aux attentes. Ils dépassent les 90 % lorsqu'on inclut les portefeuilles ayant dépassé les objectifs. L'argument selon lequel les investissements ciblés ne produisent pas les mêmes résultats que les autres catégories d'actifs est donc infondé, dans la mesure où leurs performances ne sont pas différentes de celles des investissements non ciblés. La crainte de la faible autorité des états, du manque de planification, de la déficience de la gouvernance des institutions et les interférences politiques sont vus comme des obstacles non seulement pour la mobilisation de l'épargne étrangère mais également pour celle de l'épargne intérieure, afin d'investir dans les infrastructures. Pourtant, il est important de souligner le fait que les projets d'infrastructure comme les routes à péage, les réseaux électriques et les infrastructures de transport génèrent des flux de trésorerie. Pour changer les habitudes d'investissement, il est nécessaire de mettre en place un droit des contrats et des moyens de recouvrement, ainsi qu'une autorité de régulation des infrastructures. Dans les pays d'Afrique de l'est (y compris au Kenya) et en Afrique du Sud, les autorités de régulation n'entravent pas l'investissement. Pourtant, dans d'autres pays, la réglementation qui s'applique aux fonds de pension devrait réduire la fragmentation et cesser de constituer un frein pour la diversification des actifs. Deuxièmement, les inquiétudes relatives à la gouvernance des agences et à leur capacité à collecter les paiements pour les infrastructures ne pourront être résolues qu'en mettant en place des institutions solides et en établissant un historique de succès. Il revient aux Etats de prouver que l'idée selon laquelle il manquerait des produits d'investissements - limitant les investissements - est erronée. Nous avons vu comment en Afrique du Sud le pari institutionnel qui remonte à 1959, avec l'établissement du FSB, a conduit à la mise en place d'un régulateur fort et à celui du plus gros fonds de pension au monde. Ceci montre que l'état doit délibérément mobiliser des moyens pour développer la gestion de projets, le packaging de ces projets et le développement de produits d'investissement en utilisant les institutions qui relèvent de son autorité. Le travail d'amélioration de la productivité marginale du capital nécessite d'innover sur nos marchés des capitaux. Les fonds de pension sont des fournisseurs à long terme de fonds sur les marchés des capitaux et ils offrent la possibilité de diversifier les risques ; tout en prenant en compte le risque d'investissement en fonction de la classe d'actifs. Les prévisions économiques montrent que l'économie informelle représente entre 10 et 50 % de nos économies africaines et une part importante des acteurs économiques en Afrique ne contribue pas aux régimes de retraite. La croissance économique, qui est induite par l'augmentation de la productivité et l'amélioration de l'emploi, conduira certainement à l'augmentation de la taille des fonds de pension. Mais la force de la relation entre les fonds de pension et la croissance sera renforcée si les marchés des capitaux sont développés dans le but de stimuler la croissance. Les marchés de capitaux peuvent également offrir des solutions qui répondent aux contraintes de la croissance sans création d'emploi, particulièrement sur nos marchés émergents d'économies en développement. Il faudrait encourager les compagnies d'assurance, les gestionnaires de fonds de pension et le secteur des services financiers dans son ensemble à jouer un rôle plus important dans la fourniture de capitaux pour stimuler la croissance du continent. À terme, l'effet de l'augmentation de l'épargne des fonds de pension se répercutera de manière amplifiée via les marchés des capitaux et fera croître l'économie dans son ensemble. ----------------------------------------------------------------------------------------------------------------------- A propos de l'auteur Nthabiseng Moleko enseigne l'économie et les statistiques aux étudiants de troisième cycle et de
Master à
Stellenbosch Business School. En tant qu'ancienne directrice générale de JoGEDA, gestionnaire de projet et chercheuse à l'ECSECC, elle a beaucoup travaillé dans le domaine du développement économique. À l'ECSECC, elle a contribué au développement de diverses politiques qui ont contribué aux aspects politiques du développement économique en Afrique du Sud en travaillant avec les régulateurs, les décideurs, les gouvernements nationaux et régionaux. Le passage d'un Think Tank (ECSECC) à une agence de développement (JoGEDA) lui a permis de participer à plusieurs projets régionaux en Afrique du Sud. Elle a débuté sa carrière au sein de l'équipe de crédit d'une société spécialisée dans la gestion d'actifs: Futuregrowth Asset Management. Nthabiseng a obtenu sa Licence (avec distinction) en économie à l'Université du Cap, puis un Master en Financement du Développement à Stellenbosch Business School (USB). Elle achève actuellement son doctorat en financement du développement à l'USB avec le sujet de thèse traitant des fonds de pension, de l'épargne,du développement du marché des capitaux, la Société d'Investissement Public et de la croissance économique. Sa recherche englobe plusieurs analyses économétriques de séries temporelles visant à comprendre les services financiers, notamment les fonds de pension et la contribution des marchés financiers à la croissance et au développement économique en Afrique.

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