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Les défis de l'intégration des systèmes de paiement en Afrique

juil 07, 2014
Lorsqu'Alan Greenspan, alors Directeur de la réserve fédérale des États-Unis, a entendu parler des attaques terroristes du 11 septembre 2001, sa première réaction a été de penser aux effets immédiats potentiels de cet événement sur le système des paiements en Amérique et au choc que ceci aurait sur le reste du monde. Il a déclaré : " nous avons toujours pensé que si quelqu'un voulait ruiner l'économie américaine, il s'attaquerait au système de paiement. Les banques seraient alors obligées de se rabattre sur des transferts physiques inefficaces d'argent. Les entreprises en reviendraient au troc et aux reconnaissances de dettes ; le niveau d'activité économique à travers le pays pourrait chuter en flèche ". [1] Les systèmes de paiement sont un élément constitutif de toute société ; en facilitant le paiement des biens et des services, les systèmes de paiement accélèrent le rythme de la croissance économique, ils améliorent le fonctionnement des marchés financiers régionaux intégrés et ils contribuent à réguler les politiques macroéconomiques saines. C'est pourquoi les gouvernements africains ont, comme le reste du monde, commencé à reconnaître l'importance de systèmes de paiement sains et les avantages qu'il était possible de retirer de leur intégration réussie. L'intégration des systèmes de paiement africain est restée un peu en retard par rapport à celle du reste du monde, en partie du fait de la culture de l'argent liquide et des carences technologiques. Le système européen Règlement Brut en Temps Réel RBTR (RTGS en anglais) et le système européen de transfert de montants élevés à règlement brut en temps réel (TARGET) ont été mis en place en janvier 1999, il y a plus de 15 ans. Afin de représenter des forces réelles dans la croissance de l'économie mondiale, aussi bien les consommateurs que les petites et moyennes entreprises et les grosses sociétés doivent pouvoir effectuer des paiements de manière efficace et sécurisée. C'est la raison pour laquelle les gouvernements africains doivent améliorer la capacité de leur système de paiement à soutenir le commerce local, régional et international. Le défi posé par les lacunes techniques et technologiques dans de nombreux pays africains est l'un des principaux obstacles à la pleine intégration des systèmes de paiement en Afrique. Ce défi constitue un obstacle à la connexion des systèmes de paiement régionaux qui en sont à des stades de développement très divers à travers le continent africain. Le système de paiement d'Afrique de l'est (EAPS), système régional de paiement qui relie les cinq pays membres de la communauté de l'Afrique de l'est (EAC), soit le Kenya, l'Ouganda, la Tanzanie, le Burundi et le Rwanda, a mis en place un processus d'intégration par paliers pour prendre en compte les différences d'avancement pour l'intégration des systèmes de règlement Brut en Temps Réel (RBTR) dans chaque pays. Actuellement, le Burundi et le Rwanda n'ont pas encore rejoint l'EAPS. Le système de paiement et de règlement régional COMESA a également adopté une approche d'intégration par palier et seuls 5 de ses 19 membres sont actuellement connectés au système. Le système de paiement intégré régional d'Afrique du Sud SIRESS relie jusqu'à présent les pays de Zone Monétaire Commune (ZMC) de la CDAA, soit l'Afrique du Sud, la Namibie, le Lesotho et le Swaziland, au SIRESS (depuis juillet 2013), avec pour objectif la connexion au reste des pays membres de SADC, les pays non membres de la ZMC devant à terme être eux aussi connectés. Il est clair qu'un grand nombre de systèmes de paiement régionaux en Afrique ont dû mettre en place un programme en au moins deux étapes pour permettre une intégration plus rapide. De plus, de nombreuses banques en Afrique ne disposent pas de l'infrastructure adaptée pour pouvoir répondre aux exigences technologiques croissantes. En Ouganda, seules trois (3) banques commerciales parmi vingt six (26) utilisent la technologie de traitement de bout en bout STP[2] pour traiter leurs transactions RBTR, ce qui très souvent entrave le règlement rapide des transactions, du fait des interventions manuelles dans le traitement de ces transactions. Pour répondre à ces défis, il est nécessaire de mettre en place des normes technologiques harmonisées, des réglementations et des politiques qui constituent des piliers soutenant l'intégration régional des systèmes de paiement et de règlement et qui protègent les flux de paiement. De plus, une assistance devrait être fournie pour que les banques soient mieux placées et encouragées à mettre leurs systèmes à niveau et à rester au fait des dernières améliorations dans le secteur des systèmes de paiement. Une incitation est également nécessaire pour que le secteur privé s'implique davantage dans les systèmes de paiement, une fois que les fondations seront mises en place, comme un système RBTR dans les pays où il n'existe pas. L'implication du secteur privé encouragera la concurrence et l'innovation, et elle aboutira à des services efficaces, à des prix avantageux et espérons-le, à une meilleure accessibilité. Qui plus est, il est nécessaire de mettre en place des réglementations qui garantiront non seulement une vue d'ensemble des systèmes de paiement et de leurs instruments associés mais qui soutiendront également un environnement favorable aux évolutions, à l'innovation et à des pratiques nouvelles, sûres et efficaces. Il existe de nombreux systèmes de paiement régionaux intégrés, ce qui montre qu'il est possible de les mettre en place. Dans l'Union Économique et Monétaire ouest-africaine (UEMOA), lors de la réforme du système de paiements, la banque centrale des états d'Afrique de l'ouest (BCEAO) a mis en œuvre un plan en trois étapes pour mettre en place dans ses états membres lorsque ces fonctionnalités manquaient un système RBTR, un système multilatéral de compensation automatisé et le développement d'un système régional interbancaire basé sur des cartes. Les membres de la Communauté Économique et Monétaire d'Afrique Centrale (CEMAC) sont totalement intégrés en termes de politique monétaire, de lois et de réglementations commerciales, en partie du fait de leur utilisation de la même devise, le Franc CFA. En 2003, la BEAC, la banque centrale de cette région, a lancé un projet de réforme de ses systèmes de paiement et de règlement. La CEMAC dispose maintenant de deux systèmes de paiement régionaux ; SYGMA, en fonctionnement dans tous les états membres depuis novembre 2007, est le système de RBTR à haute valeur ajoutée de la CEMAC et le système centre-africain de compensation à distance (SYSTAC) est un système déporté automatisé de règlement en réseau pour les paiement de détail, qui est constitué de centre de règlement nationaux, installés dans chacun des états membres de la CEMAC. Dans notre société mondiale en développement et en progrès perpétuel, l'Afrique doit s'assurer qu'elle reste à niveau vis à vis des différentes avancées et progrès des systèmes de paiement, afin de ne pas être laissée sur le côté et de pouvoir bénéficier d'une connexion réelle au reste du monde. Comme précédemment mentionné, les nations africaines comprennent la nécessité d'une interconnexion saine des systèmes de paiements et en mai 2014, l'Association des Banques Centrales Africaines (ABCA) s'est engagée à renforcer le processus d'intégration africain des systèmes de paiement en approuvant une série d'initiatives destinées à faciliter le processus d'intégration régional, puis continental. Les personnels techniques des pays membres de l'ABCA ont proposé de travailler ensemble en commissionnant un organe continental pour accélérer l'intégration en établissant, par exemple, des groupes de travail qui garantiraient, mais pas uniquement, que tous les défauts au niveau des technologies, des capacités techniques, des cadres légaux et réglementaires seraient identifiés et résolus par la mise en place de plans stratégiques et par leur exécution. Le renforcement des environnements légaux et réglementaires va clarifier le rôle du régulateur, des utilisateurs et des opérateurs des systèmes de paiement, améliorant la confiance et augmentant l'utilisation des systèmes de paiement dématérialisés. De plus, la mise en œuvre réussie des éléments nécessaires à un mécanisme de traitement multilatéral et du cadre institutionnel nécessaire au développement et à l'interconnexion des systèmes de paiement africains va accélérer le processus d'intégration. L'amélioration des systèmes de paiement réduit les freins au commerce en renforçant les liens et les réseaux, et alimente le commerce et les échanges de capitaux, de biens, de services et de travail dans la région en stimulant l'activité économique et la croissance. [1] Extrait de ' The Age of Turbulence by Alan Greenspan,' (l'âge des turbulences par AlanGreenspan) http://www.ft.com/cms/s/2/4ff4c5f0-6c33-11dc-a0cf-0000779fd2ac.html#ixzz30FlZzPAC [2]
'Capacité à recevoir et à traiter des transaction financières de bout en bout en utilisant un système électronique et sans intervention de quelque sorte que ce soit.' http://www.investorwords.com/8422/straight_through_processing.html#ixzz31lhVNCyf Charles Augustine Abuka est le Directeur du service stabilité financière de la Bank of Uganda. Il travaille sur la mise en place des politiques macroéconomiques de l'Ouganda depuis 1998.
Belinda Baah est économiste ainsi qu'agent principal bancaire au service Stabilité financière de la Bank of Uganda, dans la division Surveillance des infrastructures du marché financier.


Références
  • Geva, B., 'Payment System Modernisation and Law Reform in Developing Nations: Lessons from Cambodia and Sri Lanka (Modernisation des systèmes de paiement et réforme juridique dans les nations en développement : les leçons du Cambodge et du Sri Lanka) ', The Banking Law Journal, 2009. http://papers.ssrn.com/sol3/papers.cfm?abstract_id=1509643
  • 'Payment Systems and Intra African Trade' (Systèmes de paiement et commerce intérieur africain), UNECA, septembre 2010. http://www.uneca.org/sites/default/files/publications/atpcpolicybriefs11.pdf
  • 'EAPS Project Appraisal Report' (Rapport d'évaluation du projet EAPS), AfDB, octobre 2012.
  • 'The Evolution of Payment Systems' (l'évolution des systèmes de paiement), the European Financial Review, février 2012.
  • 'The Southern African Development Community Integrated Regional Settlement System (SIRESS): What? How? And Why?' (Le SIRESS : quoi, comment et pourquoi), Central Bank of Lesotho, Economic Review, juillet 2013.
  • TARGET Europe (objectif : le système européen TARGET) : http://www.ecb.europa.eu/pub/pdf/other/targetfffen.pdf
  • Wentworth, L., 'SADC Payment Integration System' (Le système d'intégration des paiements SADC), European Centre for Development Policy Management, août 2013
  • 'Electronic Payments in Africa' (les paiements électroniques en Afrique), the Economist, septembre 2013.
  • 'Wamz Payments System Development Project in the Gambia, Guinea and Sierra Leone: Progress Report' (le projet de développement de systèmes de paiements ZMAO en Gambie, en Guinée et au Sierra Leone : rapport d'avancement), West African Monetary Institute, novembre 2013. http://wormholedev.net/qwamz/?q=node/77

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