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Le rôle des investisseurs institutionnels dans le marché Egyptien de capitaux

déc 14, 2015
La Bourse égyptienne (EGX) est non seulement la plus ancienne dans la région Moyen-Orient et Afrique du Nord mais aussi l'une de celles dotées d'une histoire de développement des plus particulières, après avoir traversé la nationalisation dans les années 1950 et ayant été revitalisé au début des années 1990. Le passage de la loi des Marchés de capitaux en 1992 et l'introduction du Programme de gestion d'actifs en 1994 qui a facilité la cession des titres gouvernementaux, ont été la clé de la revitalisation boursière. Alors que le nombre de sociétés cotées a atteint un nombre record de 1100 en 2001 avec une capitalisation boursière de 24 milliards de dollars, le marché est resté en pénurie de liquidité avec un manque criant de transparence. Finalement, afin d'apporter des liquidités et d'améliorer la qualité du marché, plus de 800 entreprises ont été radiées en 2005 pour cause de non-respect des exigences réglementaires. Dans un effort pour accroître la transparence sur le marché, le régulateur égyptien a introduit en 2005 un code de gouvernance d'entreprise pour les sociétés cotées, et certaines de ses recommandations ont finalement été retranscrites dans les exigences de cotation de l'EGX. Au fil des années, l'activité de contrôle a pris de l'ampleur et en 2014 la Bourse a commencé à publier toutes les violations sur son site Internet et à travers les terminaux de trading. Et pourtant, l'amélioration substantielle des pratiques de gouvernance au sein des sociétés cotées reste un défi en raison des faibles niveaux de participation des investisseurs institutionnels dans le marché des capitaux. Alors que seulement 15 % de la capitalisation boursière reste entre les mains des petits investisseurs (particuliers), ils représentent près de 80 % des échanges, tout comme dans les autres marchés de la zone MENA. En outre, les investisseurs institutionnels, à la fois nationaux et étrangers, restent plutôt passifs contrairement aux marchés développés où, les attentes et les responsabilités de gérance placées en eux ont été croissantes particulièrement au lendemain des crises financières (Exemple du Code de gérance au Royaume-Uni). Le manque d'engagement relevé chez les investisseurs nationaux peut être expliqué par le type de capital institutionnel présent dans les marchés boursiers, notamment les fonds de pension appartenant à l'Etat et les compagnies d'assurance qui détiennent encore des participations importantes dans le marché, dont elles ont hérité à la suite du programme de nationalisation. Leurs décisions d'investissement sont déléguées à des comités d'investissement composés du directoire et des membres du conseil d'administration dont l'approche d'investissement est généralement caractérisée par le conservatisme et le scepticisme des marchés de capitaux. En outre, les limites d'investissement du marché des capitaux par des fonds de pension et les compagnies d'assurance sont en dessous des normes internationales. D'autre part, la passivité des investisseurs étrangers peut être expliquée par un certain nombre de facteurs, y compris leurs participations relativement faibles dans les sociétés cotées - principalement dans le cadre d'un indice de placement dans un marché émergent - conduisant à un manque d'incitatifs pouvant les emmener à s'engager. En outre, les dernières années ont été marquées par une fuite des capitaux étrangers, une réduction de l'activité par les investisseurs étrangers en raison de l'instabilité politique, ainsi que des obstacles dans le rapatriement des bénéfices et la rareté des devises étrangères. En conséquence, l'investissement institutionnel étranger a chuté à 36 % de la capitalisation totale du marché. Dans un rapport à venir sur l'étude de la participation des investisseurs institutionnels sur le marché Egyptien des capitaux, nous avons mis en avant des recommandations encourageant les investisseurs institutionnels et plus particulièrement les investisseurs souverains tels que les fonds de pension et les compagnies d'assurance à agir dans leur capacité d'intendance. Cela donnerait des résultats positifs à la fois pour l'Etat en tant que leur propriétaire ultime, pour le grand public qui est le bénéficiaire de leurs services, ainsi que pour l'amélioration de la qualité de la gouvernance des sociétés cotées. Nous suggérons l'obligation de certaines catégories d'investisseurs institutionnels à élaborer des politiques de vote et de voter leurs actions. Cela a été déjà mis en œuvre dans certains pays tels que le Chili, précisément pour les fonds de pension, avec des résultats positifs. En outre, nous proposons que l'association Egyptienne de marché de capitaux (ECMA) et l'association Egyptienne de gestion de l'investissement (EIMA) soient utilisées comme plates-formes pour l'introduction de normes d'autorégulation pour les investisseurs institutionnels. D'autres recommandations et analyses sont présentées dans le rapport complet disponible ici. Alissa Amico est Chef de projet MENA à l'OCDE et Maged Shawky est CEO de Beltone Financial Holding, Égypte.

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