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Le développement de la monétique en Afrique : Enjeux et défis

mai 08, 2011
I- Le faible taux de bancarisation en Afrique, un frein au développement des Services financiers

Le constat est encore amer, en Afrique, le taux de bancarisation reste encore faible pour faire face au défi de développement des services financiers nécessaire au renforcement de l’économie africaine.
Dans les huit Etats de l’Union Economique et Monétaire Ouest Africaine (UEMOA) avec ses quatre vingt quatre millions d’habitants et la centaine de banques, ce taux inférieur à 10%, ne permet pas d’asseoir une solide et durable stratégie de développement du système financier de masse.
Plusieurs initiatives sont actuellement en cours pour inverser cette tendance. Elles passent par la mise en place d’une réglementation adaptée, une sensibilisation des différents acteurs, l’éducation des populations à la culture financière, une offre de services adaptée et accessible à moindre coûts, une sécurité des transactions financières pour garantir la confiance aux consommateurs.

II- Le rôle des acteurs et quelle stratégie ?

Les Banques Centrales ont un rôle important dans l’assainissement du paysage financier bancaire par l’adoption d’une réglementation adaptée à l’évolution de l’activité bancaire et financière en Afrique.
C’est ainsi que dans l’espace UEMOA, la Banque Centrale des Etats de l’Afrique de l’Ouest (BCEAO), grâce à la Directive n°08/2002/CM/UEMOA, promeut la bancarisation et l’utilisation des moyens de paiement scripturaux. Les Etats membres de l’UEMOA, suite à cette directive, devraient également adopter, la loi uniforme y afférente.
Ces mesures sont nécessaires pour sensibiliser toutes les couches de la société à l’utilisation des moyens de paiement scripturaux dont la monétique qui occupe une place prépondérante.
Le GIM-UEMOA, organe de gouvernance et de tutelle de la monétique interbancaire dans la zone UEMOA a su doter l’espace UEMOA d’un système monétique interbancaire avec une infrastructure technique et opérationnelle aux standards internationaux reconnus en la matière, permettant de couvrir les besoins de retrait et de paiement par carte bancaire.
Des partenariats stratégiques ont été également noués avec les Emetteurs internationaux pour permettre aux banques membres du GIM-UEMOA, de proposer des services valables à la fois dans la zone UEMOA mais aussi en dehors tout en respectant la réglementation de la BCEAO pour les services opérés dans la zone UEMOA notamment la compensation et le règlement des opérations financières monétiques en monnaie locale. On note ainsi une des avancées majeures dans la zone UEMOA, la constitution d’un espace unifié en matière de traitement et de gestion des opérations interbancaires, une véritable intégration financière.
Les banques œuvrent également pour le développement des services financiers, par une approche innovatrice et différenciée en fonction de leur stratégie marketing et commerciale.

III- L’apport de la monétique dans l’accroissement du taux de bancarisation et la promotion de l’inclusion financière

La monétique est et demeurera un levier incontournable de bancarisation de nos populations dans la mesure où elle s’adresse au public détenteur ou pas de moyens de paiements.
Dès lors, l’enjeu majeur consiste pour les Banques à bâtir et proposer une offre monétique compétitive aux populations africaines de plus en plus exigeante. Cela passera nécessairement par une maîtrise des coûts d’investissement et d’exploitation qui sont relativement élevés.
Ainsi, dans la zone UEMOA, la création du GIM-UEMOA répond à un objectif principal de mutualisation des investissements par l’adoption d’une stratégie sous-régionale d’interopérabilité des transactions monétiques permettant aux banques d’offrir des services de proximité à moindre coûts.
La constitution de ces champions régionaux comme le GIM-UEMOA en Afrique de l’Ouest, l’OMAC en Afrique Centrale, et bientôt un système interbancaire pour la CEDEAO et la nécessité d’une interconnexion de ces systèmes, devra un jour permettre aux citoyens africains détenteurs d’un instrument de paiement comme la carte bancaire ou autre de moyen de paiement électronique, d’effectuer aisément en tout lieu en Afrique, des transactions financières sans se préoccuper des problèmes de change.
L’Afrique deviendra ainsi une zone unifiée facilitant les échanges commerciaux et donc favorisant inéluctablement l’intégration financière et économique.

IV- Le défi pour les prochaines années

Les Nouvelles technologies de l’Information et de la Communication permettent de nos jours, aux principaux acteurs que sont les Banques de proposer à leur clientèle des services bancaires et financiers à forte valeur ajoutée, basés sur des moyens de paiement comme la carte bancaire, l’internet et le téléphone mobile.
Le téléphone portable ayant un taux de pénétration assez élevé en Afrique de l’ordre de 50%, il va incontestablement devenir les prochaines années, un moyen de paiement qui va révolutionner le paysage financier et bancaire en Afrique. La banque sera sur le mobile et restera proche de son client. Cela va permettre aussi aux banques d’innover et d’engranger de nouvelles commissions sur les services financiers et ainsi accroitre leur produit net bancaire. C’est un grand challenge pour tous les acteurs (Banque Centrale, champions régionaux comme le GIM-UEMOA, Banques, Etablissements financiers, Institution de microfinance…).


Blaise Ahouantchede, Directeur Général du GIM-UEMOA depuis 2003, compte plus d’une quinzaine d’années d’expérience dans les métiers de la Finance, de la Banque et du Management de projets.
Ingénieur Polytechnicien et titulaire d’un MBA Paris Dauphine, il possède également deux diplômes de
3ème
Cycle, le premier en Système d’Information et le second en Gestion des Entreprises et Management de Projets obtenu à Paris XII, France.
Avant d’être porté à la Direction Générale du GIM-UEMOA, il fût successivement pendant plus de huit ans, Responsable Projets Bancaires et Financiers au Crédit Agricole du Sud et au Crédit Agricole Indosuez en France où il s’est occupé des services de détail et de traitement back office, de l’étude des produits financiers, des travaux de fusion-acquisition et enfin Directeur de Projets à la Caisse de Dépôts et Consignation en France en charge de projets bancaires et des moyens de paiements.

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