Le capital-investissement pourrait booster les entrepreneurs africains
Les fonds de capital-investissement en Afrique investissent de plus en plus dans les entreprises en phase de démarrage et qui sont à la recherche d’une croissance de leurs bénéfices. Cette situation est partiellement due à la tendance à la hausse des prix d'achat des entreprises privées en Afrique, comme indiqué dans le dernier rapport Bright Africa 2018.
Bright Africa est une initiative de recherche en cours sur les investissements en Afrique, mise en place par RisCura qui est une firme d’investissement ayant une portée mondiale.
Selon le rapport, le prix d'achat moyen des firmes privées est passé de 4,8 fois l'EBITDA à 7,3 fois l'EBITDA* entre 2009 et 2017. Étant donné qu'une part importante du capital d'investissement n'a pas encore été engagée par les fonds, les multiples d'achat de ces firmes pourraient encore augmenter. Pour cette raison, les fonds peuvent continuer à investir dans les entreprises en phase de démarrage qui sont à la recherche d'une croissance des bénéfices. En supposant que les risques restent maîtrisés, ce type d’investissement pourrait constituer un formidable élan pour les entrepreneurs africains qui ont normalement du mal à lever des fonds pour leurs activités.
Sur les marchés développés tels qu’aux États-Unis, la plupart des fonds de capital-investissement investissent dans des sociétés en phase de maturité. Ils utilisent principalement des emprunts pour acheter des parts dans ces entreprises, car ils sont moins onéreux qu’utiliser des capitaux propres; une stratégie qui peut considérablement augmenter les rendements. Elle permet également aux fonds d’acquérir des firmes avec des montants bien moindres que leurs propres avoirs, tout en récoltant tous les bénéfices d’une firme éventuellement acquise. Les rendements sont «mobilisés» en utilisant la dette supplémentaire; d'où le terme «Leveraged Buy-Out» ou LBO faisant référence à un rachat (de firme) par endettement.
En revanche, certaines sociétés africaines de capital-investissement investissent dans des sociétés en phase de démarrage dont certaines n’ont pas encore générées de revenus, en utilisant un financement par actions à 100%. Dans les marchés développés, ces transactions seraient généralement considérées comme du capital-risque et ne tomberaient pas dans la catégorie des fonds classiques de capital-investissement.
Les fonds africains de capital-investissement ont commencé à investir dans des transactions de type capital-risque pour un certain nombre de raisons.
Contrairement à l’environnement du marché américain, il peut être difficile d’avoir accès à de l’endettement qui s’avère de surcroît généralement coûteux. Par exemple, à la fin de 2017, les taux d’endettement en Afrique du Sud, au Kenya et au Nigéria, qui figurent parmi les destinations d’investissement les plus prisées en Afrique, étaient respectivement de 10,25%, 13,64% et 17,71%, selon le Fonds monétaire international (FMI).
En revanche, le taux d’endettement aux États-Unis était de 4%. Les banques africaines sont souvent de trop petite taille pour financer des transactions importantes et ont tendance à être plus conservatrices dans leurs pratiques de prêt. Les banques africaines peuvent également obtenir des rendements intéressants en prêtant simplement à leurs gouvernements, ce qui rend moins attrayantes les pratiques plus risquées telles que le capital-investissement.
Historiquement, les sociétés de capital-investissement pouvaient compter sur une expansion des multiples en tant que composante fiable du rendement. Cela dépendait de l'achat à des multiples faibles, puis de l'amélioration des performances de la firme afin que les acheteurs potentiels attachent une valeur plus élevée à chaque unité de résultat. En raison du fait que la concurrence dans le capital-investissement s’est accrue et que davantage de détenteurs de capitaux sont à la recherche d’un nombre plutôt limité d’actifs, les multiples d’achat ont fortement augmenté au fil des ans.
Le potentiel de croissance élevé des bénéfices des entreprises en phase de démarrage est généralement lié à une prise de risque accrue, car leurs modèles commerciaux n’ont pas encore été largement éprouvés sur le marché. La compétence des gestionnaires de fonds africains de capital-investissement réside dans le fait qu’ils ont généralement réussi à gérer ce risque et ont sur-performé les marchés cotés au fil du temps.
* Cette valeur est mesurée en utilisant le multiple Valeur d'Entreprise (VE) / Bénéfices avant intérêts, taxes, dépréciation et amortissement (EBITDA). Il s’agit d’une méthode courante pour évaluer la valeur relative des sociétés, cotées ou non. En termes simples, si vous prenez l’EBITDA d’une entreprise et le multipliez par le ratio VE / EBITDA, vous obtiendrez une estimation de la valeur de l’entreprise.
A propos de l’auteur
Modi Kutua est analyste sénior en charge du capital-investissement au sein de l’équipe de Riscura. Modi est spécialisé dans l'analyse financière et le développement des opportunités d’affaires. En tant que membre de l’équipe des services d’investissements non cotés de RisCura, il fournit aux investisseurs en capital-investissement privés des évaluations externes précises et détaillées dont ils ont besoin pour se conformer aux normes internationales. Avant de rejoindre RisCura, Modi travaillait chez Allan Grey, où il était activement impliqué dans l'analyse et le développement des entreprises en Afrique. Il a également aidé Allan Grey à développer des opérations au Kenya et y ouvrir un bureau.
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