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Le capital-investissement en Afrique : entre valeur sûre et casse-tête

jan 10, 2013
Le sujet du capital-investissement en Afrique a occupé le devant de la scène dans le monde des investissements ces derniers temps. Ceci a été stimulé par les perspectives de croissance alléchantes sur ce continent et par une évidente déconnexion du monde développé, lequel a connu une pénurie de perspectives de croissance.
Ceci a indiscutablement constitué une aubaine pour les gestionnaires de fonds d'investissement africains. Ce coup de projecteur sur leur secteur signifie que les gestionnaires disposent maintenant d'une base d'investisseurs un peu plus large mais également que certains ont peu de connaissances de l'Afrique.
Les contacts ont également été parfois un peu plus difficiles que prévu. Un gestionnaire de fond de Johannesburg a récemment exprimé sa surprise en entrant dans une réunion avec un investisseur potentiel américain qui l'attendait carte à la main, afin qu'il puisse lui montrer exactement où il voulait investir son argent.
La formation des investisseurs internationaux
La formation doit maintenant faire partie du processus d'appel de fonds en Afrique et elle en constitue effectivement un élément réellement central. Pour d'obscures raisons, certains investisseurs internationaux se débattent encore avec la représentation d'une Afrique en tant qu'ensemble constitué d'au moins 50
pays de dialectes et cultures différents, et par conséquent avec lesquels le style d'affaires est à chaque fois différent. D'autres ont au contraire tendance à voir l'Afrique comme un seul pays.
C'est la raison pour laquelle les investisseurs internationaux ont besoin d'informations sur les différents régimes politiques qui existent sur ce continent. Les gestionnaires de fonds doivent souvent expliquer des choses comme
: "
Nous ne pensons pas que le printemps arabe va s'étendre en Afrique sub-saharienne, parce qu'il concerne le Proche-Orient et l'Afrique du Nord. Les forces en présence ne sont pas les mêmes plus au sud."
Il n'est pas étonnant que dans ces conditions, les discussions sur l'investissement en lui-même tournent court. Après de coûteux voyages, nombreux sont ceux qui rentrent chez eux après avoir déclaré
:
"Nous allons y réfléchir et nous vous tiendrons informés. Inutile de nous appeler. Nous vous rappellerons.
"
L'exploitation des capitaux locaux
Inutile de dire qu'avec les riches fonds de pension, compagnies d'assurance et personnes privées dont elle dispose, l'Afrique devrait être moins dépendante des investisseurs internationaux. Pourquoi en effet l'Afrique ne suivrait-elle pas le modèle du Brésil, qui a connu un succès exceptionnel en collectant des fonds auprès de ses institutions locales
?
La réponse à cette question est qu'emprunter ce chemin serait difficile. Ceux qui ont réussi à exploiter cette voie l'ont fait après de nombreuses discussions tortueuses, lors desquelles les gestionnaires de fonds se sont de nouveau retrouvés en position de formateurs. Toutefois, pour ce groupe d'investisseurs, les informations dont ils ont besoin sont plutôt du type formation de base sur les titres en action du capital-investissement, car ce type de culture n'est toujours pas très répandu en Afrique.
La plupart des fonds de pension ont également eu maille à partir avec les réglementations qui limitent l'investissement dans cette classe d'actifs ou qui décourage l'investissement dans des fonds qui seraient affectés en partie hors de leur pays d'origine.
Certains disent également que les gestionnaires de fonds sont responsables de leur peu de succès à lever des fonds localement. Lorsqu'ils ouvrent leur fonds, la plupart d'entre eux structurent leurs instruments pour attirer des investisseurs non basés en Afrique, ignorant les recommandations des institutions locales. Quand ils se retournent ensuite pour attirer les capitaux locaux, il est trop tard car leur structure est alors déjà figée.
Les défis des gouvernements
En plus de cette tendance, un grand nombre de gouvernements africains ont eux aussi encore beaucoup à faire pour encourager la croissance des titres en action. L'Afrique du Sud a été à la tête des réformes, suivie du Rwanda, du Botswana, de la Namibie et du Nigeria. Toutefois, le gros des pays en Afrique sub-saharienne doit encore faire la preuve de leur volonté politique de simplifier l'accès au capital-investissement pour les institutions locales. Pour d'obscures raisons, un grand nombre d'entre eux se repose encore largement sur les financements de donateurs et d'institutions financières de développement (IFD).
L'hésitation à se libérer des financements des IFD semble résulter d'un manque de connaissance du fonctionnement du capital-investissement – et nous trouvons là encore un nouveau type d'acteurs avec un besoin de formation. La méconnaissance de la réalité des titres en action est clairement visible dans une récente déclaration du vice-président d'un pays du sud de l'Afrique
: "
Nous ne voulons pas des investisseurs en capital-investissement parce qu'ils sont des spéculateurs. Nous voulons des investissements d'institutions financières de développement.
"
Inutile de dire que de telles déclarations sont inquiétantes. Tout d'abord, le capital-investissement suit une stratégie d'investissement à long terme, qui le rend difficilement spéculatif. Les investisseurs ont tendance à suivre les sociétés pendant au moins quatre ans, et en Afrique, un plus longtemps encore. Pendant cette période de détention des actions, les dirigeants travaillent très dur pour apporter de la valeur à l'entreprise, car ils veulent en sortir avec un bénéfice.
Cette déclaration par un vice-président indique également un manque de connaissance du fait que les IFD sont les garants de la plupart des fonds de capital-investissement en Afrique. Les IFD investissent dans les fonds de capital-investissement dans le but de développer de solides marchés des capitaux. Les IFD sont structurés pour être les preneurs de risque initiaux mais non pas pour être les investisseurs primaires sur le long terme, et ceci dans aucun pays.
Des marchés difficiles à conclure
En plus des difficultés de collecte de fonds, les gestionnaires de fonds doivent faire face à des difficultés pour conclure des marchés. Les affaires sont dures pour eux, en particulier pour les affaires de plus de 50 millions de dollars. De plus, les affaires ont été assez mauvaise cette année, avec un petit nombre d'affaires de taille moyenne ou grande. Les investisseurs sur les petits marché ont été plus chanceux mais même eux ont eu des difficultés à convaincre les entrepreneurs d'abandonner leurs parts majoritaires.
Le gros de ces difficultés est à imputer à la concurrence entre les acheteurs financiers et les acheteurs stratégiques. Cette concurrence vient de plus en plus de grandes compagnies internationales qui viennent chercher la croissance en Afrique. Comme ces achats sont stratégiques pour ces sociétés, celles-ci sont généralement prêtes à payer un peu plus cher pour leurs acquisitions. Les sociétés locales ont également été plutôt agressives, un exemple étant le groupe Tiger Brands d'Afrique du Sud, qui vient de racheter 63,5
% de la minoterie Dangote Flour Mills.
Les gestionnaires en recherche de grosses affaires devraient peut-être revenir à leurs fondamentaux et se pencher sur la manière dont la société Celtel a été créée. Cette entreprise est en effet un cas d'école du capital-investissement en Afrique. Au lieu d'attendre qu'une plate-forme existante leur demande leurs services, ils devraient plutôt retrousser leurs manches et commencer à créer des entreprises de toutes pièces.
Helios est un excellent exemple d'entreprise qui est récemment née de cette manière et qui a mis en place la plate-forme panafricaine d'antennes de télécommunications Helios Towers Africa.
Les gestionnaires de fonds se plaignent également du fait qu'ils doivent passer beaucoup de temps à former les entrepreneurs au fonctionnement du capital-investissement, avant de pouvoir réussir à convaincre leurs prospects de partager avec eux de manière équitable. Le problème n'est pas tant que les entrepreneurs ne connaissent pas le capital-investissement mais qu'un certain nombre d'entre eux ne comprend pas totalement ce qu'il est nécessaire de mettre en place pour attirer les financements. Les gestionnaires estiment que plus de 90
% des entreprises qu'ils contactent ne sont pas prêtes pour cet investissement.
Mise en place de solides fondations
Il ne fait aucun doute que l'absence de publications propres à l'industrie financière africaine aboutit à ce que la grande majorité des chefs d'entreprise est moins bien informée sur les titres en actions. Une grande partie d'entre eux s'adresse encore aux banques pour obtenir des prêts afin de financer leur croissance. C'est à se demander s'il ne serait pas nécessaire que les gouvernements et les investisseurs mettent en place ensemble un support sérieux d'information financière qui ne se s'adresserait pas uniquement aux fonds de pension et aux investisseurs privés mais aussi aux chefs d'entreprise.
Il va de soi que les pays développés ont apporté la preuve qu'une plate-forme d'information forte est centrale pour assurer le bon fonctionnement du secteur financier. Ceci permet de mettre en place une plate-forme de partenaires bien informés, auxquels les gestionnaires de fonds peuvent s'adresser aussi bien pour collecter des fonds que pour passer des marchés.
Ceci permettrait également aux journalistes financiers mondiaux d'écrire des reportages sur ce continent et de former les investisseurs internationaux qui sont moins au fait de la situation en Afrique. Dans l'intervalle, les gestionnaires de fonds vont devoir continuer à jongler entre valeurs sûres et les casse-têtes
: ils vont devoir continuer à former les investisseurs et les gouvernements d'un côté et les chefs d'entreprise de l'autre. Mme Mwamba est la Directrice éditoriale de Private Equity Africa, une publication financière britannique dédiée au capital-investissement et aux investissements
institutionnels en Afrique. (www.privateequityafrica.com).
Mme Mwamba est titulaire d'un Master de gestion financière (MBA Fin) et elle s'est spécialisée en gestion des risques financiers ainsi qu'en fusions et achats d'entreprises. Elle a effectué sa carrière comme journaliste financière dans plusieurs publications financières spécialisées dans le capital-investissement, les produits structurés, FX et les risques en Europe, en Asie et aux États-Unis. Enfin, elle a également écrit des articles de fond pour des publications ciblées sur l'Afrique comme The Financial Times, This is Africa et Africa Investor.

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