L'avenir des banques de développement en Afrique
juil 14, 2011
Pour de nombreuses personnes, banque de développement rime avec mauvais résultats financiers, inefficacité, mise à l’écart du secteur privé et clientélisme. Depuis longtemps les tares ainsi attribuées aux banques de développement sont au cœur du débat, rendant superflue la question de leur rôle potentiel dans la finance en Afrique. Alors que par le passé, les politiques industrielles adoptées en Asie de l'Est avaient été saluées
et largement relayées, les politiques actuelles de financement du développement évitent d’une manière générale de faire allusion à leur rôle dans le financement du développement.
Certes, dans un monde parfait, la préférence serait portée sur les solutions émanent du secteur privé. Et pourtant en Afrique la réalité est tout autre ; caractérisée par le manque de financements à long terme en général, et de financement de la chaîne de valeur et des infrastructures en particulier, pour ne citer que quelques exemples. Alors pourquoi cette recette qui semble avoir produit des économies fortes en Asie de l’Est ne porterait pas tout au moins en son sein des leçons bénéfiques pour l'Afrique? Dans un ouvrage à paraître, La Finance en Afrique: au-delà de la crise, mes co-auteurs, Thorsten Beck, Issa Faye et Thouraya Triki et moi-même, jetons un autre regard sur les banques de développement et leur rôle potentiel dans la finance africaine.
L'Afrique a grand besoin de sources innovantes de financement à long terme, en particulier pour financer les infrastructures et l'agriculture. Dans de nombreux pays africains les prêts sont en grande partie accordés à court terme, excédant rarement cinq ans. Les besoins de financement des infrastructures restent largement insatisfaits. Les conseillers commerciaux financiers ont notamment tourné le dos au financement agricole, sous prétexte qu’il est trop coûteux et à haut risque. Ceci est aggravé par les problèmes liés à l’échelle réduite, l’informel, la volatilité et la gouvernance.
"La Finance en Afrique" relève les mauvais résultats de nombreuses institutions financières publiques. À quelques exceptions près, celles-ci ont obtenu des résultats médiocres: faibles niveaux de rentabilité (2,4%) et des niveaux élevés de prêts douteux (15,8%), pour ne citer que quelques indicateurs. De nombreuses banques de développement souffrent encore de l'ingérence politique, du manque de capacités et de l'absence d'économies d'échelle. En outre, les crédits subventionnés accordés par les banques de développement en Afrique n'ont pas réussi à s'attaquer aux causes profondes des problèmes d'accès, d’où la remise en question de leur raison d’être.
Nous soutenons qu’au lieu de considérer la présence des banques de développement comme superflue, il convient plutôt de leur
attribuer de nouvelles missions. Bien des carences énoncées ci-dessus pourraient être surmontées par la réorientation du modèle d'entreprise actuel, avec pour objectif d’encourager les banques de développement orientées vers les réformes politiques, à se consacrer davantage aux financements plus généraux. A cet effet, les banques de développement devraient assurer la gestion des fonds de garantie partielle de crédit, faciliter l’octroi des crédits relatifs aux chaînes de valeur pour l'agriculture, assurer la gestion des fonds d'investissement fournis par les bailleurs de fonds et servir de canal pour les banques commerciales privées en tant que prêteurs ultimes, pour ne citer que quelques missions.
Le retard en matière de financement à long terme est important, et le peu d’intérêt de la part des investisseurs privés amène à croire qu’il faudrait envisager d'autres solutions pouvant s'écarter de
l’approche moderniste mais qui comblerait ledit retard. L'accent est mis sur les lacunes - l'Afrique à besoin de banques de développement complémentaires - et il ne s’agit certainement pas de remplacer celles qui existent déjà. Nous soutenons que cet objectif peut être atteint si les conditions suivantes sont remplies: (i) l’exclusivité des financements généraux, (ii) un secteur privé fort et une forte participation des particuliers, et (iii) des clauses d’extinction claires ainsi qu’une gestion basée sur des règles de gouvernance d'entreprise saine. Ainsi, les banques de développement pourraient à terme faire partie du système financier.
Assurément, il nous semble que la préférence doit être accordée aux solutions émanent du secteur privé, qui sont les meilleures. Mais cet objectif n’a pas encore été atteint dans le contexte africain, d’où la nécessité de trouver un pis-aller. Nous soutenons que de nombreux pays africains doivent accorder une place importante aux réalités qui appellent à la conception et la formulation de solutions qui vont au-delà de la simple préoccupation avec, pour de nombreux pays, des politiques et institutions irréalisables. Pour aussi longtemps que les systèmes financiers africains resteront dominés par les banques commerciales, les financements s’inscriront dans le court terme,
resteront coûteux et de portée limitée.
La réorientation proposée n’est peut-être pas transformationnelle mais elle est importante. La finance en Afrique a besoin d'un programme de réforme nouveau, positif et dynamique - qui étend la portée des marchés financiers et prolonge les contrats financiers, mais respectueux des progrès accomplis et visant à rendre les systèmes financiers plus stables – et qui développe les marchés existant plutôt que de les remplacer.
Samuel Maimbo est Spécialiste en chef du secteur financier au
Département Finances et Secteur Privé Afrique de la Banque mondiale. A ce titre, il dirige à l’heure actuelle les financements et les activités de développement du secteur privé de la Banque mondiale au Malawi, au Mozambique, en Zambie et au Zimbabwe, et joue un rôle clé dans la formulation de la stratégie de développement du secteur financier de la région Afrique. Il est co-auteur de l’ouvrage de la BAD, de la BMZ, et de la Banque mondiale, à paraître sous le titre La Finance en Afrique: au-delà de la crise et est co-éditeur de l'ouvrage précurseur de la Banque mondiale sur les remises de fonds intitulé Transfert de fonds: impact sur le développement et Perspectives publié en 2005. Boursier de la fondation Rhodes, Samuel est titulaire d’un doctorat en administration publique avec une thèse sur la conception, la formulation et la mise en œuvre de la réglementation bancaire et les pratiques de supervision obtenu en 2001, à l’Institute for Development Policy and Management de l'Université de Manchester, en Angleterre; d’un MBA (option finances) obtenu en 1998, à l'Université de Nottingham, en Angleterre; d’une licence en comptabilité, obtenu avec distinction à l'Université de Copperbelt, en Zambie en 1994. Il est également membre de l'Association of Chartered Certified Accountants (FCCA) (l’ordre des Experts comptables), du Royaume-Uni et associé à l'Institut zambien des comptables agréés (ZICA).
et largement relayées, les politiques actuelles de financement du développement évitent d’une manière générale de faire allusion à leur rôle dans le financement du développement.
Certes, dans un monde parfait, la préférence serait portée sur les solutions émanent du secteur privé. Et pourtant en Afrique la réalité est tout autre ; caractérisée par le manque de financements à long terme en général, et de financement de la chaîne de valeur et des infrastructures en particulier, pour ne citer que quelques exemples. Alors pourquoi cette recette qui semble avoir produit des économies fortes en Asie de l’Est ne porterait pas tout au moins en son sein des leçons bénéfiques pour l'Afrique? Dans un ouvrage à paraître, La Finance en Afrique: au-delà de la crise, mes co-auteurs, Thorsten Beck, Issa Faye et Thouraya Triki et moi-même, jetons un autre regard sur les banques de développement et leur rôle potentiel dans la finance africaine.
L'Afrique a grand besoin de sources innovantes de financement à long terme, en particulier pour financer les infrastructures et l'agriculture. Dans de nombreux pays africains les prêts sont en grande partie accordés à court terme, excédant rarement cinq ans. Les besoins de financement des infrastructures restent largement insatisfaits. Les conseillers commerciaux financiers ont notamment tourné le dos au financement agricole, sous prétexte qu’il est trop coûteux et à haut risque. Ceci est aggravé par les problèmes liés à l’échelle réduite, l’informel, la volatilité et la gouvernance.
"La Finance en Afrique" relève les mauvais résultats de nombreuses institutions financières publiques. À quelques exceptions près, celles-ci ont obtenu des résultats médiocres: faibles niveaux de rentabilité (2,4%) et des niveaux élevés de prêts douteux (15,8%), pour ne citer que quelques indicateurs. De nombreuses banques de développement souffrent encore de l'ingérence politique, du manque de capacités et de l'absence d'économies d'échelle. En outre, les crédits subventionnés accordés par les banques de développement en Afrique n'ont pas réussi à s'attaquer aux causes profondes des problèmes d'accès, d’où la remise en question de leur raison d’être.
Nous soutenons qu’au lieu de considérer la présence des banques de développement comme superflue, il convient plutôt de leur
attribuer de nouvelles missions. Bien des carences énoncées ci-dessus pourraient être surmontées par la réorientation du modèle d'entreprise actuel, avec pour objectif d’encourager les banques de développement orientées vers les réformes politiques, à se consacrer davantage aux financements plus généraux. A cet effet, les banques de développement devraient assurer la gestion des fonds de garantie partielle de crédit, faciliter l’octroi des crédits relatifs aux chaînes de valeur pour l'agriculture, assurer la gestion des fonds d'investissement fournis par les bailleurs de fonds et servir de canal pour les banques commerciales privées en tant que prêteurs ultimes, pour ne citer que quelques missions.
Le retard en matière de financement à long terme est important, et le peu d’intérêt de la part des investisseurs privés amène à croire qu’il faudrait envisager d'autres solutions pouvant s'écarter de
l’approche moderniste mais qui comblerait ledit retard. L'accent est mis sur les lacunes - l'Afrique à besoin de banques de développement complémentaires - et il ne s’agit certainement pas de remplacer celles qui existent déjà. Nous soutenons que cet objectif peut être atteint si les conditions suivantes sont remplies: (i) l’exclusivité des financements généraux, (ii) un secteur privé fort et une forte participation des particuliers, et (iii) des clauses d’extinction claires ainsi qu’une gestion basée sur des règles de gouvernance d'entreprise saine. Ainsi, les banques de développement pourraient à terme faire partie du système financier.
Assurément, il nous semble que la préférence doit être accordée aux solutions émanent du secteur privé, qui sont les meilleures. Mais cet objectif n’a pas encore été atteint dans le contexte africain, d’où la nécessité de trouver un pis-aller. Nous soutenons que de nombreux pays africains doivent accorder une place importante aux réalités qui appellent à la conception et la formulation de solutions qui vont au-delà de la simple préoccupation avec, pour de nombreux pays, des politiques et institutions irréalisables. Pour aussi longtemps que les systèmes financiers africains resteront dominés par les banques commerciales, les financements s’inscriront dans le court terme,
resteront coûteux et de portée limitée.
La réorientation proposée n’est peut-être pas transformationnelle mais elle est importante. La finance en Afrique a besoin d'un programme de réforme nouveau, positif et dynamique - qui étend la portée des marchés financiers et prolonge les contrats financiers, mais respectueux des progrès accomplis et visant à rendre les systèmes financiers plus stables – et qui développe les marchés existant plutôt que de les remplacer.
Samuel Maimbo est Spécialiste en chef du secteur financier au
Département Finances et Secteur Privé Afrique de la Banque mondiale. A ce titre, il dirige à l’heure actuelle les financements et les activités de développement du secteur privé de la Banque mondiale au Malawi, au Mozambique, en Zambie et au Zimbabwe, et joue un rôle clé dans la formulation de la stratégie de développement du secteur financier de la région Afrique. Il est co-auteur de l’ouvrage de la BAD, de la BMZ, et de la Banque mondiale, à paraître sous le titre La Finance en Afrique: au-delà de la crise et est co-éditeur de l'ouvrage précurseur de la Banque mondiale sur les remises de fonds intitulé Transfert de fonds: impact sur le développement et Perspectives publié en 2005. Boursier de la fondation Rhodes, Samuel est titulaire d’un doctorat en administration publique avec une thèse sur la conception, la formulation et la mise en œuvre de la réglementation bancaire et les pratiques de supervision obtenu en 2001, à l’Institute for Development Policy and Management de l'Université de Manchester, en Angleterre; d’un MBA (option finances) obtenu en 1998, à l'Université de Nottingham, en Angleterre; d’une licence en comptabilité, obtenu avec distinction à l'Université de Copperbelt, en Zambie en 1994. Il est également membre de l'Association of Chartered Certified Accountants (FCCA) (l’ordre des Experts comptables), du Royaume-Uni et associé à l'Institut zambien des comptables agréés (ZICA).
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