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L’assurance climatique : pourquoi ça ne marche pas ?

juin 03, 2017
Ce texte a été publié à l'origine sur le site web des blogs du CFI. L'assurance indexée sur les conditions météorologiques est une initiative brillante. Elle ne fonctionne tout simplement pas. C'est une initiative brillante parce qu'elle résout l'un des défis fondamentaux du secteur de l'assurance: l'aléa moral. Selon le principe de l'aléa moral, l'accès à un produit d'assurance tend à rendre le comportement d'un individu plus risqué, ce qui augmente la probabilité que l'indemnité d'assurance soit versée. Si j'ai une excellente assurance-santé par exemple, je pourrais être plus enclin à faire des choix un peu plus risqués parce que je ne ressens pas vraiment les effets financiers des conséquences de ces choix. Si l'assurance est cependant liée à la météo, aucun individu (à moins de croire en l'efficacité de la dance de la pluie) ne "déclenchera" l'indemnisation. L'assurance climatique n'est pas un phénomène nouveau. Au cours de la dernière décennie, nous avons entendu des histoires passionnantes à propos de la microassurance des cultures indexée sur les conditions météorologiques et de la bouée de sauvetage qu'elle offre aux agriculteurs compte tenu des effets du rapide changement climatique. L'assurance climatique a été combinée aux intrants agricoles comme les semences ou le bétail, et le produit a été comme moyen d'accroître l'inclusion des personnes pauvres dans le secteur de l'assurance. Etonnant, n'est-ce pas? Alors, pourquoi, après une décennie, l'assurance multirisque climatique n'attire-t-elle donc pas? En Inde, par exemple, seulement 5 pour cent des agriculteurs y ont souscrit là où le service était disponible.
  • Il est compliqué. L'assurance est incroyablement complexe à expliquer à un consommateur. Il n'existe aucun exemple similaire simple pour les consommateurs auxquels ceux-ci pourraient faire référence dans leurs représentations mentales de produits. Le concept n'a pas de semblables dans la culture locale.
  • Il coûte cher. L'assurance à faible coût (pour les consommateurs) est très coûteuse pour les entreprises, et l'assurance climatique ne fait pas exception. Bien que le déclencheur basé sur la météo amoindrisse les coûts de détermination de la validité des demandes d'indemnités, le produit exige une masse critique de personnes y ayant souscrit et il est coûteux de capter tous ces clients.
  • Et il est sous-évalué. Dans le même temps, les clients sous-évaluent souvent l'assurance. Les expériences visant à évaluer la perception des prix des produits d'assurance ont montré le scepticisme des consommateurs à l'égard du prix de produits intangibles. Il y a quelques années, certains chercheurs ont découvert que même si un produit d'assurance était subventionné afin que son rendement attendu soit de 181 pour cent, seule la moitié des ménages avaient décidé d'acheter le produit qui leur avait été offert.
  • Faire une demande d'indemnisation d'assurance est fastidieux et les mécanismes de recours ne sont pas les meilleurs. L'assurance climatique cible les personnes vivant dans des régions éloignées très souvent peu familières avec les demandes d'indemnisation d'assurance ou les services financiers formels. En outre, les données météorologiques disponibles ont été un facteur restrictif pour la portée et la précision de l'automatisation des services. Les mécanismes de recours sont souvent difficiles dans le cadre des services financiers destinés aux populations les plus pauvres, et de nombreux incidents similaires ont été documentés dans le segment de l'assurance climatique.
  • Les "Freemiums" peuvent nuire à l'assurance. Un "freemium" est un produit d'assurance offert gratuitement avec un autre produit que le client paie. Par exemple, l'assurance pour les voitures de location est offerte avec une carte de crédit. L'assurance-vie sur crédit est liée à un produit de microcrédit. L'assurance maladie est livrée avec un portefeuille mobile. La méconnaissance de l'existence de ces services dérivés par les consommateurs a le potentiel de réduire la crédibilité de l'offre. L'approche freemium a connu des succès dans certains cas, mais pour généraliser ce succès, il est essentiel que les consommateurs soient informés sur le service et comprennent son fonctionnement.
  • Les gouvernements ne sont pas vraiment impliqués, même si le produit pourrait accroître la croissance économique. Les gouvernements du Canada, de l'Inde et des États-Unis, qui subventionnent les primes à hauteur minimum 50% constituent des exceptions remarquables à ce constat. Cependant, une telle participation ne serait probablement pas soutenable pour de nombreux gouvernements africains par exemple.
Ces résultats ne sont pas nouveaux. C'est juste que l'industrie n'a pas trouvé de solutions convaincantes à ces problèmes. Il n'est pas surprenant que l'assurance climatique continue d'avancer à petits pas pour les populations à faible revenu, même si c'est l'une des plus grandes inventions du secteur financier (de l'avis du blogueur). La meilleure façon de faire face à l'assurance climatique est soit de la fournir gratuitement (c'est pourquoi Shawn Cole préconise si fortement les partenariats public-privé) soit de combiner à la fois le prix et le service avec des produits financiers existants. Et il est en outre important de s'assurer que les individus comprennent suffisamment les produits et leurs avantages, et que les produits sont éprouvés, c'est-à-dire que faire une demande d'indemnisation ou une déclaration de sinistre devienne aussi facile que possible. Je voudrais avoir tort mais - connaissez-vous un exemple d'assurance climatique qui fonctionne? ---------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------- A propos de l'auteur Sonja Kelly mène et facilite la recherche sur l'inclusion financière au CFI, en dirigeant le Programme des bourses du CFI, en élaborant des modèles pour comprendre des concepts essentiels comme la santé financière et la capacité financière, et en facilitant la recherche sur le Global Microscope. Elle dirige des recherches sur de nombreux sujets liés à l'inclusion financière, tout en se concentrant sur la réglementation et les politiques d'inclusion financière, le rôle des banques dans cette perspective, et en particulier les populations vulnérables. Sonja a un doctorat en relations internationales de d'une Université américaine, où sa thèse s'est concentrée sur la politique d'inclusion financière et la réglementation. Elle a précédemment travaillé à la Banque mondiale, au Groupe consultatif d'aide aux pauvres (CGAP) et à Opportunity International. Sonja est actuellement membre du conseil d'administration de People Reaching People et a occupé des postes de bénévoles en tant que président du Washington DC Chapter of Women Advancing Microfinance et en tant que président du comité directeur de Northwest Chicago Young Life.

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