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L’affacturage comme outil alternatif pour le financement des PME en Afrique

oct 20, 2020
Kanayo Awani , Managing Director, Intra-African Trade Initiative, Afreximbank

Les petites et moyennes entreprises (PME) représentent plus de 90 % des entreprises dans le monde et environ 70 % en Afrique. Elles contribuent de manière significative à l’emploi et constituent une source de revenus pour la majorité des personnes dans les économies en développement. Dans la plupart des économies, les PME apporte une contribution substantielle à la valeur ajoutée globale. En Afrique, par exemple, les PME emploient environ 80 % de la population active et jouent un rôle important dans le développement économique de la région. Largement considérées comme le moteur de la croissance du continent, l’accès de manière pérenne au financement apparaît comme la principale contrainte entravant le développement et la croissance des PME en Afrique. À cet égard, on constate que les PME font face à des obstacles financiers plus importants que les grandes entreprises et supportent des coûts de transaction et des primes de risque plus élevés. En conséquence, les économies en développement et de marché, dont l’Afrique, continuent à explorer des options de financement viables et durables pour soutenir les PME. C’est dans ce contexte que nous soulignons la pertinence de l’affacturage en Afrique comme solution alternative de financement pour les PME.

De fait, pour stimuler le commerce, l’Afrique a besoin de financements accessibles, notamment pour les PME. À cet égard, l’affacturage est un instrument particulièrement utile pour le financement du commerce, ainsi que des services d’assurance-crédit aux PME africaines. Fort heureusement, l’affacturage, comme source alternative de financement, gagne du terrain sur le continent. En effet, il y a quelques années, les sociétés d’affacturage étaient rares en Afrique. Cependant, on en compte aujourd’hui 32 qui sont membres du FCI et d’autres devraient encore y adhérer. L’Afrique sort progressivement de l’ombre avec des volumes d’affacturage en constante augmentation depuis 2015. En guise d’illustration, le marché de l’affacturage qui s’élevait sur le continent à environ 18 milliards d’euros en 2015 a atteint environ 22 milliards d’euros à la fin de 2018 et cette dynamique de croissance devrait se maintenir en 2019. La promotion de l’affacturage a été essentielle à cette évolution et de ce fait, le développement de l’affacturage en Afrique appelle une attention particulière. C’est dans cette optique que la Banque africaine d’import-export (Afreximbank ou la Banque) continue de jouer un rôle capital en développant et soutenant des initiatives dans ce secteur, mettant l’accent sur la promotion de l’affacturage comme une priorité stratégique et en contribuant à en faire un instrument alternatif aux prêts commerciaux traditionnels destinés au financement des petites et moyennes entreprises (PME).

Situation actuelle de l’affacturage en Afrique

Avec environ 1 % du marché mondial de l’affacturage, la part du continent demeure encore assez faible. Néanmoins, il convient de noter qu’en valeur nominale, le marché de l’affacturage en Afrique est passée de moins de 18 milliards d’euros en 2015 à plus de 22 milliards d’euros en 2018, un taux de croissance de plus de 18 %. Sur les 55 pays africains, l’affacturage n’est véritablement présent que dans 5 pays, à savoir l’Égypte, l’île Maurice, le Maroc, l’Afrique du Sud et la Tunisie. Toutefois, on note l’émergence de plusieurs petites sociétés d’affacturage sur le continent, en particulier au Botswana, au Sénégal, au Cameroun, au Ghana, au Nigeria et au Zimbabwe, qui devrait se traduire par le doublement des activités et du volume de l’affacturage en Afrique au cours de la prochaine décennie, avec des chiffres supérieurs à 50 milliards d’USD à l’horizon 2025.

 

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Le tableau 1 présente les tendances de l’affacturage dans certains pays africains ainsi que sur le continent entre 2015 et 2018. Bien que l’activité d’affacturage ait été en grande partie tirée par l’affacturage national, il existe de belles opportunités pour l’affacturage international, compte tenu notamment de la croissance du commerce intra-africain et de l’insuffisance des instruments de financement destinés à soutenir la chaîne d’approvisionnement des PME.

L’affacturage comme outil pour le financement des PME en Afrique

Les PME sont les plus durement touchées par le déficit croissant de financement du commerce en Afrique. Le magazine Global Banking and Finance Review révèle que 53 % des demandes de financement du commerce des PME ne sont pas satisfaites - ce qui contraste fortement avec le taux de satisfaction des demandes des grandes entreprises, qui atteint 79 %. Dans la plupart des pays, les PME représentent généralement plus de 90 % de toutes les entreprises non agricoles et non-étatiques et constituent une source majeure d’emplois dans le secteur privé, ainsi qu’elles procurent des recettes importantes en devises et en monnaie locale. De nombreux pays d’Europe, d’Asie et d’Amérique latine ont réussi à faire de l’affacturage un outil pour soutenir et financer les besoins en fonds de roulement des PME, augmentant ainsi leur volume d’échanges et stimulant la croissance économique. En Afrique, certains pays, dont l’Afrique du Sud, le Maroc, Maurice, la Tunisie et l’Égypte, ont de plus en plus recours à l’affacturage pour financer les opérations des PME nationales et des chaînes d’approvisionnement régionales.

Perspectives de l’affacturage en Afrique

Certes l’affacturage est peu développé en Afrique, mais le contexte économique actuel et les nouvelles tendances offrent des opportunités de croissance à ce secteur. En effet, un certain nombre de facteurs et de développements laissent entrevoir des perspectives favorables, notamment :

  • La croissance du commerce intra-africain et le besoin accru d’entreprises d’affacturage pour le financement du commerce transfrontalier à l’échelle du continent. Les échanges commerciaux entre pays africains se développent grâce à des stratégies nationales et continentales. L’entrée en vigueur et la mise en œuvre de la Zone de libre-échange continentale africaine (ZLECA) ainsi que l’approbation du Plan d’Action pour la stimulation du commerce intra-africain (BIAT) ont donné un nouvel élan à cette évolution. Avec une population d’environ 1,2 milliard d’habitants et un PIB combiné de plus de 2 500 milliards d’USD, la zone de libre-échange du continent africain et le plan d’action pour stimuler le commerce intra-africain contribueront à approfondir l’intégration économique et commerciale de l’Afrique et à accroître sensiblement le commerce intra-africain.
     
  • La disponibilité limitée de devises étrangères dans la plupart des pays africains, en plus de la nécessité de diversifier les exportations et les sources de recettes en devises, notamment par les programmes d’industrialisation et de création de valeur ajoutée en cours, ouvre non seulement des perspectives pour le financement des chaînes d’approvisionnement et les opérations d’affacturage, mais exige également la mise en place des conditions commerciales liées aux opérations en « Open account » plus souples que celles applicables aux lettres de crédit, du fait du manque de correspondants bancaires sur le continent.

Le rôle d’Afreximbank

La Banque africaine d’import-export (Afreximbank) demeure influente et continue à promouvoir l’affacturage à travers notamment diverses interventions financières, la sensibilisation et l’organisation d’événements de renforcement des capacités et d’apprentissage. Bien que l’affacturage en soit encore à ses débuts, les récentes interventions d’Afreximbank et de certains gouvernements africains montrent que des opportunités sont créées pour permettre aux PME d’en tirer pleinement parti. Au nombre des principales initiatives lancées par Afreximbank figurent notamment le soutien à la création d’un environnement juridique et réglementaire favorable à l’essor de l’affacturage, l’offre de financements et de garanties, la prestation de services de conseil, le partage d’informations et les campagnes de sensibilisation, ainsi que l’établissement de partenariats stratégiques avec des entités nationales, régionales et multinationales pour promouvoir le développement de l’affacturage sur le continent.

Certains de ces mécanismes d’intervention commencent à porter leur fruit. À titre d’exemple, la Banque s’est associée à la Nigerian Export Import Bank (NEXIM) pour demander l’admission des sociétés d’affacturage comme négociants en devises afin d’élargir les modalités de paiement des importations pour y inclure le « Open Account ». En outre, la Banque centrale du Nigeria (CBN) délivre des licences aux sociétés d’affacturage pour qu’elles puissent démarrer leurs activités. La Banque a lancé en octobre 2016 un modèle de loi sur l’affacturage, dont certains pays africains s’en inspirent pour élaborer leurs propres lois nationales. Par ailleurs, sur la base de ce modèle de loi, la Banque travaille actuellement avec l’OHADA à l’élaboration d’un acte uniforme sur l’affacturage qui sera appliquée dans 17 États membres de l’Organisation. Parallèlement, la Banque, en collaboration avec NEXIM et FCI, œuvre à la promulgation d’une loi sur l’affacturage au Nigeria, qui a été transmise au Sénat après examen de la Chambre des Représentants.

En ce qui concerne le renforcement des capacités et les événements d’apprentissage, la Banque a coorganisé en mars 2019 avec FCI un atelier à Gaborone, au Botswana, sur le thème de « l’affacturage comme de soutien aux petites et moyennes entreprises dans la promotion du commerce intra-africain ». Cet événement, qui a réuni environ 180 participants venus d’Afrique, a donné lieu à des présentations d’experts couvrant un large éventail de sujets, notamment les principes de l’affacturage, la situation du secteur, les modalités de création d’une entreprise d’affacturage, ainsi que les risques et les facteurs d’atténuation dans les opérations d’affacturage. D’autres problématiques ont été évoquées, notamment l’affacturage transfrontalier, l’affacturage inversé et le recours à l’assurance-crédit dans les opérations d’affacturage. Outre le renforcement des compétences des sociétés africaines d’affacturage et la sensibilisation aux avantages potentiels de ce produit, la Banque a saisi l’occasion pour promouvoir le développement des entreprises d’affacturage sur le continent. Pour maintenir la dynamique de sensibilisation et de promotion de l’affacturage en Afrique, la Banque organise au moins deux ateliers de renforcement des capacités et d’apprentissage par an.

Il ressort de ce qui précède qu’Afreximbank joue un rôle essentiel dans la promotion et le développement de l’affacturage en Afrique. En conséquence, l’affacturage continuera à occuper une place centrale parmi les domaines prioritaires d’Afreximbank, qui le considère comme un outil de financement important pour libérer le potentiel des PME, en particulier dans le contexte de la promotion du commerce intra-africain ainsi que de l’industrialisation et du développement des exportations.


A propos de l’auteure

Mme Kanayo Awani est la directrice générale de l'Initiative du commerce intra-africain à Afreximbank. Elle est titulaire d’une maîtrise en administration publique (spécialisée en commerce international et finance) et du fellowship Edward S. Mason en politiques publiques et Gestion de l'Université Harvard (Kennedy School of Government) à Cambridge, Massachusetts (USA). Mme Awani possède une vaste expérience en banque, ayant travaillé pour Citigroup au Nigeria pendant environ 17 ans dans diverses fonctions, la dernière étant Vice-Présidente et chef des entreprises industrielles et commerciales. En 2009, elle poursuit sa carrière en finance de développement en rejoignant la Banque d’Export-Import (Afreximbank) en qualité de directrice du financement du commerce transfrontalier et succursales. A ce poste, elle dirige les efforts de la Banque en pour la mise en œuvre de ses stratégies de commerce intra-africain et d'industrialisation. Elle est également la présidente de la section Afrique du FCI, une association mondiale d'affacturage.

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