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La révolution des services bancaires et financiers est en marche

mai 22, 2017
"L'industrie de la banque et de la finance n'entre pas seulement dans l'âge des algorithmes, mais aussi dans celui de la désintermédiation". Dans cet entretien, Arshad Rab, Directeur Général de l'Organisation Européenne pour le Développement Durable (EOSD), a évoqué avec Jide Akintunde, rédacteur en chef du magazine Financial Nigeria, les bouleversements de la finance traditionnelle et l'avenir de l'industrie des services financiers. Jide Akintunde (JA): Les bouleversements du secteur des services financiers sont en cours. Est-ce quelque chose qui se révélera finalement comme synonyme d'évolution ou de révolution en matière de prestation de services financiers? Arshad Rab (AR): Pendant des siècles, la prestation de services financiers était un domaine réservé aux banques. Mais ce n'est plus le cas. Les services financiers sont de plus en plus fournis par des entreprises technologiques, annonçant le mouvement tectonique actuellement en cours. L'industrie bancaire et financière, comme nous la connaissons actuellement, cessera d'exister, et cela se produira beaucoup plus rapidement que beaucoup d'entre nous le pensent. Ainsi, si l'on regarde la situation émergente dans son ensemble, nous pouvons conclure que le changement dans le secteur des services financiers sera révolutionnaire. JA: Pourquoi cela se passe-t-il ainsi ? AR: La nature perturbatrice des changements technologiques est en train de refaçonner tous les aspects de nos vies. Nous sommes entrés dans l'âge des algorithmes et de l'intelligence artificielle (AI) et les machines informatiques s'accaparent une grande partie du travail que les humains font actuellement, de manière significative, y compris la prise de décision. Par conséquent, les entreprises technologiques sont dans une position bien meilleure que les banques pour profiter pleinement des dernières innovations et faire de la banque et de la finance leur domaine d'activité. Sur le plan de la demande des services financiers, nous connaissons également un changement radical dans le comportement des clients. Aujourd'hui, nous nous attendons à ce que les choses se fassent beaucoup plus vite que disons il y a cinq ans. Par exemple, les gens ont des difficultés à comprendre les raisons pour lesquelles, dans cette époque numérique, les banques mettent des jours pour transférer de l'argent. Nous pouvons évidemment avancer des raisons expliquant le retard dans les transactions telles que les dispositions réglementaires concernant les chambres de compensation financière, mais la plupart des gens ne seraient pas satisfaites de ces explications. Les clients d'aujourd'hui veulent que l'argent soit transféré instantanément; Ils souhaitent que les décisions de prêt soient prises rapidement; Et ils veulent pouvoir profiter des services bancaires à partir de n'importe quel appareil, à tout moment et de n'importe où. Un autre facteur qui influence les services financiers est relatif à la population croissante de jeunes qui sont attachés aux appareils mobiles. Les services qui ne sont pas disponibles sur ces appareils sont tout simplement inexistants en ce qui concerne la nouvelle génération. Cette génération, souvent appelée millenials - ce qui signifie généralement les personnes nées entre 1980 et 1997 - fait partie des entrepreneurs, des décideurs et des clients. Elle a beaucoup plus besoin de solutions technologiques et rapides que l'ancienne génération. Et les centennials, ceux nés après les millenials, sont maintenant un marché à forte consommation de produits et services électroniques et informatiques. Au cours des prochaines années, ils constitueront l'un des plus importants groupes de clients pour les institutions financières. Et permettez-moi également de souligner un point très important: l'avantage concurrentiel dont jouissent les technologies basées sur l'intelligence artificielle et les algorithmes est relatif au fait qu'elles sont beaucoup plus rapides et moins enclines aux erreurs que les humains - y compris lors de la prise de décision - ce qui les rend très attrayantes pour les services financiers qu'elles offrent. Ainsi, on pourrait soutenir que ce qui se passe actuellement, en particulier la prolifération des algorithmes, de l'intelligence artificielle et de la technologie blockchain, rendra l'activité bancaire plus favorable aux firmes technologiques qu'aux banques. En revenant à votre première question, il s'agit d'un changement révolutionnaire dans l'histoire de la banque et de la finance. JA: Quel est l'espoir réel d'un meilleur avenir de la banque et de la finance qu'apporteraient ces bouleversements de la finance traditionnelle ? AR: Il y a deux mots qui me viennent à l'esprit: inclusif et démocratique. Tout d'abord, grâce à l'utilisation de la technologie, les services bancaires sont mis à la disposition des clients non bancarisés et peu desservis en services financiers à des coûts abordables. La croissance importante et rapide de la banque et de la finance inclusives est due dans une large mesure aux progrès technologiques. Deuxièmement, je peux voir l'émergence de la bancarisation pour le peuple, du peuple et par le peuple. Par exemple, si nous observons le financement participatif ou les solutions de paiement participatif ou peer-to-peer en temps réel, vous pouvez clairement voir que l'industrie de la banque et de la finance n'entre pas seulement dans l'âge des algorithmes, mais aussi dans celui de la désintermédiation. Le rôle des intermédiaires financiers, que ce soit les banques commerciales, les institutions de financement du développement ou d'autres intermédiaires, continuera de baisser. Et comme la technologie blockchain devient réelle, le secteur des services financiers connaîtra une désintermédiation historique. Cela rendra la banque et la finance plus démocratiques que jamais. JA: Nous constatons que dans le secteur du paiement électronique, il y a des tensions entre les banques classiques et les entreprises de télécommunications. En outre, les cadres réglementaires et de protection des consommateurs pour les fintechs sont, au mieux, des projets en cours. Les efforts de résolution des problèmes devraient-ils faire valoir la concurrence ou la coopération? AR: Le rôle des régulateurs devrait continuer à porter sur la protection de l'intérêt public. Aucun compromis ne saurait ni ne devrait être possible sur cette question au fur et à mesure que le système bancaire traditionnel migre vers la banque et la finance digitales. Dans le scénario émergent, il existe un besoin urgent d'actions capables de créer les conditions d'un jeu équitable tant pour les opérateurs historiques que pour les nouveaux acteurs, comme les sociétés de technologie financière. Comme il y a de réels espoirs qu'un nombre restreint de grands géants de la technologie domineront l'industrie des services financiers au cours des prochaines années, nous avons besoin que les décideurs publics et les régulateurs agissent rapidement pour assurer la sécurité des marchés, leur équité, la saine concurrence et pour en empêcher la domination par une poignée de puissants acteurs. Un bon cadre réglementaire, comme toujours, favorisera la concurrence. Ceci est dans l'intérêt de la société et dans l'intérêt à long terme de tous les acteurs actuels et futurs. Maintenant, en ce qui concerne la coopération, cela est actuellement davantage guidé par la dynamique du marché que par les pressions réglementaires. Un nombre croissant d'institutions financières en place collabore étroitement avec les petites et moyennes entreprises pour surmonter les défis technologiques. En fait, c'est l'une des principales tendances ayant cours aujourd'hui et certaines banques ont même commencé à acquérir des startups du secteur des fintechs. Néanmoins, il y aura encore des menaces existentielles pesant sur les acteurs actuels, y compris les grands opérateurs du secteur financier. La technologie, les conditions du marché, le cadre réglementaire et le climat socioéconomique et politique continueront à changer très rapidement. Cependant, la structure organisationnelle et les processus opérationnels des acteurs actuels du secteur financier ne sont pas très réactifs à la mutation rapide l'environnement, du moins pas autant que les fintechs. JA: Un problème qui a été peu mis en évidence est relatif au fait que les bouleversements actuels de la finance peuvent constituer un jeu à somme nulle. Alors que les fintechs contribuent déjà à réduire le coût des transactions financières, en particulier les transferts de fonds, la main d'œuvre globale dans le secteur des services financiers peut être négativement impactée. Avez-vous des préoccupations à propos de ce compromis? AR: Il ne fait aucun doute qu'un nombre important de tâches effectuées aujourd'hui par les humains seront effectuées par des robots dans tous les secteurs de l'économie et que l'industrie des services financiers ne sera pas exemptée. Mais avons-nous le choix? Comme nous savons que la numérisation de toute chose est imparable, il est temps d'aller de l'avant et de relever le défi. Cela signifie qu'il faut adopter les innovations technologiques et se préparer à bénéficier de l'économie digitale. Par exemple, imaginez si nous pouvions bientôt libérer près de 50 pour cent des ressources humaines à l'échelle mondiale en les éloignant de tâches monotones et en les déployant vers du travail créatif. Et imaginez si nous pouvions permettre à la majorité de la main-d'œuvre mondiale de libérer son véritable talent et son potentiel, car, pour la première fois dans l'histoire de l'humanité, il est maintenant possible de le faire grâce à la technologie. Et qu'il n'y ait aucun doute: tous les travaux monotones peuvent être et seront repris par des robots. Néanmoins, ma préoccupation ne concerne pas la menace que la technologie représente pour le travail humain. De toute façon, nous ne pouvons pas "dé-numériser" l'économie ou arrêter les évolutions futures. Je suis profondément préoccupé par le fait que les gouvernements, les organismes de réglementation, les entreprises et la société ne se rendent pas compte du besoin pressant de prendre des mesures immédiates et fermes pour assurer une transition en douceur vers l'ère des algorithmes et de l'intelligence artificielle. Le danger du chômage massif et de la déstabilisation des marchés est réel mais évitable, pourvu que nous agissions rapidement et intelligemment. Je demande donc des actions urgentes et invite les parties prenantes à travailler ensemble pour créer un résultat gagnant-gagnant et ne pas attendre que les perspectives s'assombrissent. JA: L'EOSD encourage les institutions financières dans les pays du sud à adopter la durabilité. Quel serait votre message pour les banques africaines sur la façon dont elles devraient continuer à se positionner pour l'avenir de la banque et de la finance? AR: C'est une question à laquelle il est difficile de répondre en quelques mots. Cependant, j'aimerais suggérer que les banques doivent adopter la technologie et l'utiliser pleinement. Mais permettez-moi de préciser tout de suite que les investissements technologiques exclusivement ne suffisent pas, car il est très difficile de suivre le rythme rapide des changements technologiques. Pour les acteurs actuels du secteur financier, il sera trop difficile de compétir sur la base de l'avantage technologique avec les géants technologiques et d'autres fintechs entrant dans l'industrie financière. À mon avis, les institutions financières, indépendamment de leur localisation, de leur taille et de leur infrastructure - et en plus d'une numérisation à grande échelle - doivent se concentrer immédiatement sur une véritable création de valeur pour toutes les parties prenantes. Les fournisseurs de services financiers qui auront réussi seront ceux qui offrent une véritable valeur socioéconomique dans leurs communautés et à la société en général, tout en reconnaissant l'environnement naturel comme l'un des acteurs clé. Ce n'est pas seulement la meilleure chose à faire d'un point de vue moral. Mais, en fin de compte, c'est là que la bataille pour la survie sera gagnée ou perdue. ------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------ A propos de l'auteur Arshad Rab est le directeur général de l'Organisation Européenne pour le Développement Durable (EOSD) qui est un organisme dont la mission est d'élaborer des stratégies, des programmes, des initiatives et d'entreprendre des projets qui contribuent à la mise en œuvre de la stratégie de l'UE pour le développement durable. Ayant un parcours académique en administration des affaires, une longue expérience de travail avec des organisations privées, publiques et multilatérales et une connaissance approfondie dans le domaine des sciences de la durabilité, M. Rab est aujourd'hui une référence en matière d'innovation pour le développement durable et de gestion responsable dans les périodes de changement brutal. Ses recherches abordent entre autres la problématique des innovations de grande envergure dans le secteur des services financiers. En outre, il est l'initiateur du Global Sustainable Finance Network qui rassemble environ 70 institutions financières de plus de 30 pays.

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