La micro-assurance – un mécanisme de gestion du risque pour les pauvres
juin 18, 2012
Faisal vit dans une région agricole du nord du Mozambique, où il gagne sa vie en cultivant le
manioc. Avec l'argent qu'il tire de sa vente, il dispose d'un maigre revenu pour faire vivre sa femme et ses trois enfants. En plus du manioc, Faisal et sa femme font pousser quelques
légumes, comme des pommes de terre et des tomates pour leur propre consommation. Quand la météo est bonne et que les récoltes ont bien poussé, ils vendent leur production sur le marché local.
Et la météo est précisément ce qui fait toute la différence pour la famille de Faisal. Si la pluie arrive au bon moment et s'arrête quand elle le doit, tout se passe bien. Si par contre la pluie tarde ou si elle ne s'arrête pas, c'est le désastre pour Faisal et pour sa famille.
L'un des risques principaux pour Faisal et sa famille est l'absence de récolte. S'il n'est pas possible de récolter le manioc à cause de la sécheresse ou parce qu'une inondation a détruit les plants, ils n'ont rien à vendre et rien à manger.
La micro-assurance est un mécanisme permettant de couvrir ce risque et d'autres types de risque. Les familles pauvres sont très vulnérables aux risques comme la perte de récolte, la mort soudaine d'un membre de la famille, la maladie ou la perte de revenu ou de propriété. Comme les populations à faibles revenus n'ont souvent aucune protection sociale ou financière car ils n'ont pas d'économies ni de système de protection sociale pour les aider à traverser ces épreuves, ils sont bien souvent à la limite de la pauvreté dès qu'un coup du sort survient. L'assurance est un outil qui leur permet d'amortir des chocs qui autrement auraient aggravé leur situation financière. C'est ainsi que l'accès à l'assurance joue un rôle important dans l'aide à la diminution de la pauvreté.
Alors que les produits et services de microfinancement comme les microcrédits et la micro-épargne sont disponibles depuis un certain temps déjà, la micro-assurance est, elle, plutôt récente.
L' International Association of Insurance Supervisors (IAIS) définit la micro-assurance comme «
une assurance accessible par les populations à faible revenu, qui est proposée par de plusieurs types de fournisseurs en conformité avec les bonnes pratiques de l'assurance (les principes de base de l'assurance tels que définis par l'IAIS). De plus, ceci signifie que le risque assuré par une police de micro-assurance est géré selon les principes de l'assurance et qu'il est financé par les primes versées
».
La micro-assurance, souvent qualifiée d'assurance d'entrée de gamme ou d'assurance pour tous, inclut une large palette de produits d'assurance comme l'assurance vie, l'assurance obsèques, l'assurance santé, invalidité, bétail, récoltes et matériel, et elle est proposée par de nombreux organismes, comme des organismes de microfinancement, des sociétés d'assurance classiques, des ONG, des coopératives ou des fonds mutualistes.
La proposition de produits de micro-assurance est viable et durable pour le fournisseur tout en étant avantageux pour les clients pauvres traversant des situations difficiles. Bien souvent, les clients potentiels ignorent leur existence, ils ne comprennent pas le principe de l'assurance et ils ont une faible connaissance des concepts financiers. De manière similaire à ce qui se passe sur le marché des hauts revenus, les personnes pauvres ne font pas confiance aux assureurs ni aux compagnies d'assurance. Les besoins des personnes à faibles revenus ainsi que leurs ressources financières sont en revanche très différents de ceux de la population à hauts revenus.
Pour que les primes d'assurances soient viables pour les petites bourses, il ne suffit pas de baisser les primes et la couverture d'un facteur 5, 10 ou 50. En effet, les produits doivent être conçus de manière plus simple, comporter moins de clauses d'exclusion et proposer des processus de demande d'indemnisation directs. Le choix d'un circuit de distribution pour ce marché qui est géographiquement souvent très dispersé est l'un des gros défis qui se pose à un assureur désireux de s'implanter sur le segment des produits micro.
En plus des difficultés de développement des produits et de leur distribution, la réglementation des assurances peut être limitative dans de nombreux pays. Si les exigences juridiques sont trop prescriptives (par exemple en ce qui concerne la capital minimum ou une trop forte limitation des circuits de distribution) il peut être difficile aux acteurs de ce marché de proposer des produits de micro-assurance viables. D'un autre côté, il est bien de la responsabilité du législateur de protéger les consommateurs contre la mise sur le marché de produits inadaptés ou frauduleux et de les soutenir dans leurs demandes d'indemnisation.
Après la sécheresse de l'an dernier, Faisal et sa famille ont dû traverser quelques mois difficiles pendant lesquels ils n'ont pas eu l'argent nécessaire pour envoyer les enfants à l'école. Faisal a récemment entendu parler d'un organisme qui propose d'assurer sa récolte de manioc contre le paiement d'une petite prime. Son voisin, qui constitue la seule source de revenus de sa famille de six personnes lui a également dit qu'il a souscrit une police d'assurance vie pour protéger sa famille en cas de décès. Faisal aimerait en savoir davantage sur ce type de service et il a commencé à en parler autour de lui dans sa communauté.
Par le biais de sa contribution allemande sous la forme du groupe de promotion de l'information sur le secteur financier en Afrique, le Partenariat MFW4A encourage l'intégration financière des populations à faible revenu dans le marché des assurances. Nous travaillons en étroite collaboration avec l' Access to Insurance Initiative (A2ii), afin de renforcer la capacité des concepteurs, des autorités de régulation et des instances de surveillance à faire progresser l'accès au marché de l'assurance, particulièrement pour les clients à bas revenus, en encourageant la mise en place de législations et de régulations saines, efficaces et adaptées pour l'encadrement et la surveillance des marchés de l'assurance. Actuellement, nous organisons des diagnostics de micro-assurance A2ii au Mozambique et au Nigéria, et avec l'organisme munichois Re Foundation ainsi que de nombreux autres partenaires, nous participons à la mise à jour d'une étude de la micro-assurance en Afrique qui sera présentée lors de la 8eme conférence internationale de la micro-assurance qui se déroulera en Tanzanie du 6 au 8 novembre 2012.
Claudia Huber est expert en développement de systèmes financiers au sein de la Gesellschaft für Internationale Zusammenarbeit (GIZ), où elle est responsable de la micro-assurance au sein de l'équipe qui constitue la contribution allemande au Partenariat MFW4A. Claudia Huber est également membre du comité consultatif du groupe Access to Insurance Initiative (A2ii), ainsi que du groupe de travail sur la régulation, la supervision et la stratégie, commun à l'IAIS et au réseau de la micro-assurance Microinsurance Network.
Avant de rejoindre GIZ, elle a travaillé pendant trois ans en tant que consultante pour les équipes de gestion et dans des postes opérationnels au niveau du crédit et de la commercialisation et les services bancaires pour plusieurs banques ProCredit en Afrique et en Amérique latine. De 2006 à 2008, Claudia Huber a été employée comme analyste associée en micro-finance chez CGAP, un centre de ressource en micro-finance hébergé par la Banque Mondiale.
manioc. Avec l'argent qu'il tire de sa vente, il dispose d'un maigre revenu pour faire vivre sa femme et ses trois enfants. En plus du manioc, Faisal et sa femme font pousser quelques
légumes, comme des pommes de terre et des tomates pour leur propre consommation. Quand la météo est bonne et que les récoltes ont bien poussé, ils vendent leur production sur le marché local.
Et la météo est précisément ce qui fait toute la différence pour la famille de Faisal. Si la pluie arrive au bon moment et s'arrête quand elle le doit, tout se passe bien. Si par contre la pluie tarde ou si elle ne s'arrête pas, c'est le désastre pour Faisal et pour sa famille.
L'un des risques principaux pour Faisal et sa famille est l'absence de récolte. S'il n'est pas possible de récolter le manioc à cause de la sécheresse ou parce qu'une inondation a détruit les plants, ils n'ont rien à vendre et rien à manger.
La micro-assurance est un mécanisme permettant de couvrir ce risque et d'autres types de risque. Les familles pauvres sont très vulnérables aux risques comme la perte de récolte, la mort soudaine d'un membre de la famille, la maladie ou la perte de revenu ou de propriété. Comme les populations à faibles revenus n'ont souvent aucune protection sociale ou financière car ils n'ont pas d'économies ni de système de protection sociale pour les aider à traverser ces épreuves, ils sont bien souvent à la limite de la pauvreté dès qu'un coup du sort survient. L'assurance est un outil qui leur permet d'amortir des chocs qui autrement auraient aggravé leur situation financière. C'est ainsi que l'accès à l'assurance joue un rôle important dans l'aide à la diminution de la pauvreté.
Alors que les produits et services de microfinancement comme les microcrédits et la micro-épargne sont disponibles depuis un certain temps déjà, la micro-assurance est, elle, plutôt récente.
L' International Association of Insurance Supervisors (IAIS) définit la micro-assurance comme «
une assurance accessible par les populations à faible revenu, qui est proposée par de plusieurs types de fournisseurs en conformité avec les bonnes pratiques de l'assurance (les principes de base de l'assurance tels que définis par l'IAIS). De plus, ceci signifie que le risque assuré par une police de micro-assurance est géré selon les principes de l'assurance et qu'il est financé par les primes versées
».
La micro-assurance, souvent qualifiée d'assurance d'entrée de gamme ou d'assurance pour tous, inclut une large palette de produits d'assurance comme l'assurance vie, l'assurance obsèques, l'assurance santé, invalidité, bétail, récoltes et matériel, et elle est proposée par de nombreux organismes, comme des organismes de microfinancement, des sociétés d'assurance classiques, des ONG, des coopératives ou des fonds mutualistes.
La proposition de produits de micro-assurance est viable et durable pour le fournisseur tout en étant avantageux pour les clients pauvres traversant des situations difficiles. Bien souvent, les clients potentiels ignorent leur existence, ils ne comprennent pas le principe de l'assurance et ils ont une faible connaissance des concepts financiers. De manière similaire à ce qui se passe sur le marché des hauts revenus, les personnes pauvres ne font pas confiance aux assureurs ni aux compagnies d'assurance. Les besoins des personnes à faibles revenus ainsi que leurs ressources financières sont en revanche très différents de ceux de la population à hauts revenus.
Pour que les primes d'assurances soient viables pour les petites bourses, il ne suffit pas de baisser les primes et la couverture d'un facteur 5, 10 ou 50. En effet, les produits doivent être conçus de manière plus simple, comporter moins de clauses d'exclusion et proposer des processus de demande d'indemnisation directs. Le choix d'un circuit de distribution pour ce marché qui est géographiquement souvent très dispersé est l'un des gros défis qui se pose à un assureur désireux de s'implanter sur le segment des produits micro.
En plus des difficultés de développement des produits et de leur distribution, la réglementation des assurances peut être limitative dans de nombreux pays. Si les exigences juridiques sont trop prescriptives (par exemple en ce qui concerne la capital minimum ou une trop forte limitation des circuits de distribution) il peut être difficile aux acteurs de ce marché de proposer des produits de micro-assurance viables. D'un autre côté, il est bien de la responsabilité du législateur de protéger les consommateurs contre la mise sur le marché de produits inadaptés ou frauduleux et de les soutenir dans leurs demandes d'indemnisation.
Après la sécheresse de l'an dernier, Faisal et sa famille ont dû traverser quelques mois difficiles pendant lesquels ils n'ont pas eu l'argent nécessaire pour envoyer les enfants à l'école. Faisal a récemment entendu parler d'un organisme qui propose d'assurer sa récolte de manioc contre le paiement d'une petite prime. Son voisin, qui constitue la seule source de revenus de sa famille de six personnes lui a également dit qu'il a souscrit une police d'assurance vie pour protéger sa famille en cas de décès. Faisal aimerait en savoir davantage sur ce type de service et il a commencé à en parler autour de lui dans sa communauté.
Par le biais de sa contribution allemande sous la forme du groupe de promotion de l'information sur le secteur financier en Afrique, le Partenariat MFW4A encourage l'intégration financière des populations à faible revenu dans le marché des assurances. Nous travaillons en étroite collaboration avec l' Access to Insurance Initiative (A2ii), afin de renforcer la capacité des concepteurs, des autorités de régulation et des instances de surveillance à faire progresser l'accès au marché de l'assurance, particulièrement pour les clients à bas revenus, en encourageant la mise en place de législations et de régulations saines, efficaces et adaptées pour l'encadrement et la surveillance des marchés de l'assurance. Actuellement, nous organisons des diagnostics de micro-assurance A2ii au Mozambique et au Nigéria, et avec l'organisme munichois Re Foundation ainsi que de nombreux autres partenaires, nous participons à la mise à jour d'une étude de la micro-assurance en Afrique qui sera présentée lors de la 8eme conférence internationale de la micro-assurance qui se déroulera en Tanzanie du 6 au 8 novembre 2012.
Claudia Huber est expert en développement de systèmes financiers au sein de la Gesellschaft für Internationale Zusammenarbeit (GIZ), où elle est responsable de la micro-assurance au sein de l'équipe qui constitue la contribution allemande au Partenariat MFW4A. Claudia Huber est également membre du comité consultatif du groupe Access to Insurance Initiative (A2ii), ainsi que du groupe de travail sur la régulation, la supervision et la stratégie, commun à l'IAIS et au réseau de la micro-assurance Microinsurance Network.
Avant de rejoindre GIZ, elle a travaillé pendant trois ans en tant que consultante pour les équipes de gestion et dans des postes opérationnels au niveau du crédit et de la commercialisation et les services bancaires pour plusieurs banques ProCredit en Afrique et en Amérique latine. De 2006 à 2008, Claudia Huber a été employée comme analyste associée en micro-finance chez CGAP, un centre de ressource en micro-finance hébergé par la Banque Mondiale.
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