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Investir dans les femmes: un élément clé du développement durable en Afrique

oct 18, 2012
Les femmes africaines constituent un gigantesque marché non exploré, constitué de nouveaux chefs d'entreprise, de consommateurs et de décisionnaires au niveau des foyers. Un récent sondage de l'institut Nielsen indique que 77
% des femmes sur les marchés émergents croient que l'avenir sera meilleur pour leurs filles et souligne que les domaines dans lesquels ces progrès seront les plus marqués concerneront l'éducation, la vie professionnelle, la stabilité financière et le pouvoir d'achat. Ces évolutions sont déjà constatables dans de nombreux pays africains où les indicateurs socio-économiques
montrent une amélioration des conditions de vie des Africains au quotidien.


Si nous comparons la situation des femmes africaines aujourd'hui et il y a vingt ans, nous remarquons des progrès substantiels dans les domaines de l'éducation, de la santé, des revenus et du niveau d'activité entrepreneuriale de ces femmes. En Ouganda, 48
% de toutes les petites et moyennes entreprises (PME) sont dirigées par des femmes.
Au Kenya, les chiffres sont de 49
% et en Afrique du Sud, de 58
%. Motivées par la nécessité économique, par une meilleure éducation et par un marché du travail en pleine expansion, les femmes africaines affichent certains des taux de partricipation au monde du travail les plus élevés du monde. En Afrique sub-saharienne, en moyenne plus de 60
% des femmes travaillent et dans certains pays comme le Mozambique, Madagascar, le Rwanda, la Tanzanie et le Burundi plus de 80
% des femmes sont en activité.


Grâce à de meilleures possibilités économiques, les revenus des femmes ont augmenté ainsi que leur pouvoir d'achat, alimentant ainsi le développement de la société de consommation en Afrique. Dans son étude “Lions On The Move” (les lions en marche), McKinsey documente cette tendance et montre que le nombre de personnes en état d'extrême pauvreté chute, qu'il y a aujourd'hui davantage de ménages faisant partie de la classe moyenne en Afrique qu'en Inde.
Le fait que les femmes contrôlent ou influencent fortement les décisions d'achat dans de nombreux foyers signifie que leur pouvoir comme consommatrices va guider la demande de produits et de services dans nombre de secteurs et que ce pouvoir sera loin d'être négligeable. Mondialement, les femmes dépensent près de 20
000
millards de dollars et ce chiffre devrait atteindre 28
000 milliards en 2014.





Dans le secteur bancaire - l'un des secteurs mis en avant dans le rapport McKinsey comme voué à la croissance dans les dix années à venir - un développement massif est en cours sur tout le continent africain du fait de la demande accrue des consommateurs et des entreprises, à mesure que le secteur privé s'étend. Malgré les grosses difficultés dans de nombreux pays où l'infrastructure bancaire est inadaptée et les coûts élevés pour les consommateurs, le secteur bancaire africain s'est beaucoup développé ces dix dernières années pour atteindre 669 milliards de dollars d'actifs en Afrique sub-saharienne et 497
milliards en Afrique du Nord. Au Nigeria, les actifs bancaires ont augmenté de plus de 59
% par an entre 2004 et 2008.
En revanche, le niveau d'intégration financière reste extrêmement bas et la majorité des Africains n'ont toujours pas accès aux services financiers. Les femmes sont particulièrement exclues et seules 21
% d'entre elles disposent d'un compte dans une institution financière.


Le difficile accès aux capitaux ainsi qu'à toute une série de services financiers reste un frein à la croissance des entreprises créées par des femmes. Les femmes africaines restent confrontées à des obstacles sexistes identifiés et à des obstacles que rencontrent toutes les PME indépendemment du sexe.
En tant que chefs d'entreprise, les femmes se débattent avec la garantie des crédits, avec un manque d'études et de formation aux affaires, une faible compréhension du fonctionnement des banques et des décalages culturels qui handicapent leur progression. Cette situation est agravée par des lois et droits de propriété qui souvent discriminent les femmes en les empêchant de posséder certains biens comme les terrains ou de gérer les biens conjugaux.
D'après une étude du G
20 publiée en 2011, le manque de capitaux des entreprises qui sont la propriété de femmes autour du monde s'élèverait au montant incroyable de 300
milliards de dollars par an
; la part des femmes africaines chefs d'entreprise s'élevant à entre 15 et 18
milliards de dollars par an. On peut toutefois également considérer ce manque de financement des PME comme une chance unique à saisir par les banques commerciales et les autres organismes de crédit qui sont prêts à prendre au sérieux ce secteur de marché. Certaines banques proposent déjà aux femmes des produits spécifiques alors que d'autres testent des formules de garanties des prêts plus flexibles et plus adaptées aux réalités des femmes. Ces approches innovantes des prêts aux PME doivent être encouragées et permettront, c'est souhaitable, de voir davantage d'investissements dans des entreprises possédées par des femmes stimuler leur croissance. Sans aucun doute, l'un des facteurs qui alimentera la forte croissance économique africaine est la manière dont les femmes sont traitées et dont elles pourront développer leur énorme potentiel économique. Lors du récent sommet économique des femmes africaines (African Women’s Economic Summit), qui s'est tenu à Lagos, au Nigeria, le Dr Ngozi Okonjo-Iweala a parlé des femmes comme d'un "marché alternatif en voie de développement" et a souligné les retombées des investissements au féminin sur elles, sur leurs familles et sur le continent tout entier". Comme elle l'a très justement souligné, "nous vivons les tressaillements d'une période très riche de l'évolution de la vie des femmes africaines. Les femmes constituent le nouveau visage de l'Afrique et elles dessinent une trajectoire de croissance et de développement". Nomsa Daniels est directrice générale et membre fondatrice du New Faces New Voices, une organisation pan-africaine qui plaide pour l'autonomisation des femmes africaines grâce à la fourniture d'un meilleur accès au financement pour les femmes entrepreneurs, le développement des compétences et la formation des femmes dans les affaires et la finance, et qui vise à s'assurer que davantage de femmes occupent des postes de direction dans le secteur financier. Elle est titulaire d'une Licence de l'Université de Toronto et une maîtrise en études de l'environnement et de la géographie du Hunter College de New York. Elle siège au conseil d'administration de la Fondation Graҫa Machel, l'African Leadership Academy et plusieurs sociétés d'investissement.

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