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Inégalité de revenu et croissance du secteur financier en Afrique

jan 16, 2011
Au cours des années 80 et 90, la plupart des pays africains se sont embarqués dans une série de réformes économiques globales qui comprenaient des réformes politiques et structurelles du secteur financier. Leur but était de faire repartir
la croissance économique
en améliorant l'efficacité économique du secteur financier.
Les réformes initiales dans le secteur financier ont inclus l'abolition des contrôles
explicites sur l'évaluation et l'affectation des crédits réduisant l'intervention directe des gouvernements dans le secteur financier. Elles ont également inclus une relaxation des contrôles
sur les mouvements de capitaux étrangers
et la détermination des taux d'intérêt
par le marché. La deuxième génération de réformes du secteur financier s'est concentrée sur les contraintes structurelles et institutionnelles, tel que l’amélioration de l'environnement légal, de la régulation, de la supervision, du système
judiciaire, le rétablissement de la
solidité financière des banques, et de la remise en état de l’infrastructure financière. L'impact de ces réformes sur le secteur financier africain était généralement positif. Un des résultats les plus probants est l’approfondissement du secteur financier sur le continent.
Un environnement
propice aux affaires et
aux investissements aussi bien que l'amélioration des systèmes financiers a maintenant commencé à attirer le capital étranger, bien que ceci soit dirigé principalement
dans le secteur des matières premières. Ceci étant dit, l’impact de ces réformes fait débat. Pour l'Afrique sub-saharienne, la proportion de pauvres vivants avec moins de $1,25 par jour a très peu varié entre 1981 et 2005, passant de 53% à 51% entre les deux périodes. En Asie du sud, qui est une région relativement comparable à l'Afrique, le taux de pauvreté par habitant est tombé de 59% à 40% entre les deux périodes. Non seulement la pauvreté en Afrique est élevée mais l'inégalité, mesurée par le coefficient de Gini, l’est également. Pour la période 1992-2007, le coefficient de Gini pour l'Afrique a eu une moyenne de 0.44, alors que la moyenne en Amérique latine et aux Caraïbes était de 0.51. Mais les chiffres pour l'Afrique montrent également une grande variation du coefficient de Gini entre les pays. La Cote d' Ivoire et la Tunisie ont le coefficient de Gini moyen le plus bas (0.41) tandis que le Cameroun et le Lesotho ont le plus haut (0.54). Généralement le niveau de l'inégalité de revenu dans les pays africains a été très élevé et plutôt stable au cours de la période. Un système financier fonctionnel stimule l'accumulation du capital, améliore l'efficacité économique et favorise ainsi la croissance à long terme. Ceci, comme un certain nombre d'auteurs l’ont énoncé, a été le cas en Afrique. L'impact du développement des systèmes financiers sur la répartition des revenus et la réduction de la pauvreté demeure, cependant, une question en suspens. Certains
soutiennent que les marchés développés et plus libres ont élargi la disponibilité du crédit, permettant aux pauvres d'investir dans des équipements humains et productifs, et d’établir également de petites entreprises. En élargissant les possibilités de financement disponibles pour les plus pauvres, le développement des marchés financiers a aidé à réduire les disparités de revenu.
En effet, la plupart des recherches empiriques confirment que le développement du secteur financier aide à réduire les inégalités de revenu. Une étude constate que quand le secteur financier est sous-développé, les inégalités augmentent avec le développement des marchés financiers. Cependant, au fur et à mesure que l'économie, et le secteur financier se développent et atteignent une phase d’abord intermédiaire puis plus avancée, plus de personnes accèdent aux services financiers tandis que les disparités de revenus se réduisent. D'autres cependant estiment que bien que ce point de vue peut sembler plausible, il n'est basé sur aucune preuve concrète. Ils vont en effet jusqu’à déclarer que le «
développement
»
du secteur financier en Afrique a pu en fait avoir engendré des inégalités de revenu sur le continent. Tandis que les nantis ont eu la capacité de saisir les opportunités créées par ce développement des marchés financiers, ils estiment que les pauvres ont été laissés de côtés car ils n'ont pas obtenu l'égalité d'accès au crédit dû à leur manque de garantie et de connexions, entre autres facteurs.
Ce développement des marchés financiers a pu en réalité avoir accentué les inégalités de revenu sur le continent. De même, Banerjee et Newman (1993) et Galor et Zeira (1993), suggèrent qu’il existe une corrélation linéaire entre développement financier et inégalité des revenus. Leur point de vue est que les imperfections des marchés financiers tels que les coûts exorbitants des transactions et d'application de contrat, empêchent les pauvres, qui manquent de garanties et de contacts, d’accéder au développement. Ainsi, même lorsque les pauvres peuvent avoir des projets à haute rentabilité attendu, il leur sera toujours difficile d’obtenir les niveaux de crédits nécessaires. Ceci réduit l'efficacité de l'allocation du capital et limite la mobilité sociale des pauvres. Dans de telles circonstances, l'inégalité de revenu monte avec le développement des marchés financiers. C'est dans cette perspective que mes deux co-auteurs, Francesco Guidi du département des affaires internationales de l'université de Greenwich et Michael Enowbi Batou de l'université de Londres, et moi-même avons démarré ce que nous avions cru être la première étude sur le rapport entre développement financier et inégalité basé uniquement sur des pays d’Afrique. En particulier, nous avons cherché à étudier si le développement financier en Afrique a eu un impact sur les inégalités de revenu, tirant parti de l'expérience des réformes financières du continent parmi un niveau très élevé et persistant de l'inégalité. Notre but est de déterminer si oui ou non les développements ayant eu lieu dans le secteur financier en raison des réformes financières peuvent réellement réduire le niveau persistant des inégalités. L'échantillon était composé de 22 des 53 pays africains pour lesquels nous avions des données chiffrés sur les inégalités. Nous avons estimé que cet échantillon de données été suffisant pour notre analyse. L‘étendu de l'ensemble de données, couvrant la période 1980 - 2004, nous a également permis de recueillir un bon nombre d'observations dans chaque pays.
Les résultats de l'étude sont disponibles dans l’article «
Développement financier et inégalités de revenu : Évidence des pays africains.
»

Nos résultats prouvaient toujours que des niveaux élevés de développement financier tendent à réduire l'inégalité financière. En effet, nos résultats ont démontré qu'une élévation de 1 pour cent du développement financier est associée à une réduction d'inégalité de revenu allant de 0.02 à 0.05 pour cent. Cependant, nous n'avons trouvé aucune preuve pouvant soutenir un rapport direct entre le développement du secteur financier et l’augmentation des inégalités de revenu. Nous avons également constaté que le développement de l’accès à l’éducation favorisait également beaucoup la réduction des inégalités de revenu, suggérant que dépenser plus dans l'éducation et les différentes formes d’assurances auraient un impact substantiel sur la répartition des revenus. Nous sommes convaincus que les efforts pour élargir l'accès aux marchés financiers aux populations les plus pauvres et à ceux vivant dans les zones rurales aideront à réduire les inégalités persistantes de revenu qui subsistent dans les pays africains. Vu
ces résultats, nous estimons qu'il est important que, en matière de politiques financières, les décideurs tiennent compte davantage des questions de pauvreté et d’inégalité.

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