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Financer l'Afrique : Densifier les systèmes financiers locaux

avr 25, 2017
Les indicateurs de développement financier (FMI, BAD, Banque Mondiale et OCDE) soulignent que les systèmes financiers africains sont globalement peu développés en comparaison aux autres régions du monde. Il faut rappeler qu'au lendemain des indépendances, la plupart des pays africains avaient hérité de systèmes financiers inadaptés et rudimentaires. Cette situation a perduré jusqu'aux années 1990 dans de nombreux pays. Le taux d'épargne est resté très faible malgré l'entame de la période de croissance notée depuis les années 2000. La contribution de ce livre est double: 1) D'abord, il montre que, contrairement à ce qui se dit habituellement, l'Afrique dispose, dans l'ensemble, des ressources financières nécessaires pour financer son agenda de transformation économique. Elle est créancière nette du reste du monde. 2) Ensuite, il met en exergue différentes approches pour approfondir les systèmes financiers domestiques ainsi que l'utilisation optimale de l'épargne locale afin de stimuler les conditions préalables d'une croissance endogène durable. Selon le rapport African Economic Outlook (AfDB, OECD and UNDP, 2014), les flux de financements externes vers l'Afrique étaient de l'ordre de 200 milliards de dollars en 2014, soit 4 fois le niveau de 2002. Ils représentaient 9 % du PIB contre 6 % seulement en 2000. Toutefois, l'aide représente toujours près de 50 % de ces flux pour les 27 pays les plus pauvres. Il apparaît que pour l'ensemble des pays subsahariens, le ratio impôts et taxes collectés en pourcentage du PIB est passé de 18 % entre 2000-2002 à 21 % en 2011-2013, principalement grâce aux pays exportateurs de matières premières. Ce montant correspond à environ 50 % du montant de l'aide publique au développement de 2013 (Africa Progress Panel, 2013). La mobilisation des recettes domestiques via les recouvrements d'impôts reste insuffisante. En conséquence la plupart des États africains dépendent toujours de la communauté internationale des bailleurs de fonds pour clôturer leurs budgets. Il ressort de plusieurs travaux que les ressources de l'aide au développement servent davantage à financer les besoins de consommation et d'autres types de dépenses qui ne stimulent pas nécessairement l'investissement. Plus récemment, Ndikumana et al. (2015) ont montré que seules les ressources domestiques (épargne et crédit au secteur privé), et de façon très marginale l'investissement direct étranger, ont un effet significatif sur l'investissement domestique et la croissance économique en Afrique. C'est un résultat majeur qui devrait interpeller les décideurs politiques du continent. Il est en ligne avec la littérature économique, très abondante, qui montre que c'est l'épargne domestique qui est le véritable moteur de l'investissement. De plus, les faits historiques montrent que les pays qui ont modernisé leurs systèmes financiers ont vu leurs économies croître plus rapidement tout en attirant l'investissement direct étranger, Venise (dès le Moyen-âge), les Pays-Bas et la Grande-Bretagne (XVIIe siècle), le Japon, la France et l'Allemagne (XIXe siècle), etc. Pour leur part, les États-Unis connurent une transformation de leur économie grâce aux réformes initiées par Alexander Hamilton. Ce dernier impulsa la modernisation du système financier américain entre 1789 et 1795. Il fit passer les États-Unis d'un pays en faillite (après la guerre d'indépendance), avec un système financier embryonnaire, à un pays crédible qui remboursa convenablement ses dettes et qui fut doté, à la suite de ces réformes, d'un système financier plus performant. Ainsi, les États-Unis avaient tous les éléments d'un système financier moderne avant le XIXe siècle. Ces conditions permirent à l'économie américaine d'amorcer une bonne croissance en terme réel sur une longue période. A chacun de ces épisodes, il apparaît que la mise en place d'un système financier moderne précède l'accélération de la croissance, suivi d'un meilleur développement économique sur une longue période. Dans l'ensemble, les pays africains ont besoin de réaliser un Kondratieff i.e un cycle long de croissance économique principalement soutenu par des phases d'innovation. En conséquence, ils devraient prioritairement promouvoir l'approfondissement de leurs systèmes financiers sinon, les aléas de la nature et la conjoncture internationale dicteront toujours le financement de l'agenda économique du continent. Le livre fait une analyse les spécificités des principaux acteurs qui forment la base d'investisseurs domestiques de long terme, les montants des capitaux actuellement disponibles et surtout, les réformes récentes ainsi que des politiques à mettre en œuvre pour accroître la demande institutionnelle en Afrique. En effet, au fur et à mesure qu'une économie se développe, il est naturel que l'épargne s'accumule dans ses différentes institutions financières que sont les banques, les compagnies d'assurance, les caisses de retraites et de prévoyance/fonds de pension, etc. En effet, malgré un secteur informel dominant, il est estimé que le total des actifs de l'industrie des assurances a environ 300 milliards de dollars EU, plus de 400 milliards de dollars EU pour les fonds de pension, plus de 121 milliards de dollars pour les fonds souverains, l'industrie de la gestion d'actifs regorge d'environ 634 milliards de dollars, etc. Certes, ces chiffres donnent le vertige, mais il faut rappeler que d'énormes disparités existent entre pays. L'Afrique australe, l'Afrique du Nord et le Nigéria sont les principaux réservoirs financiers du continent. Il est donc urgent de poursuivre l'agenda d'intégration/coopération économique et financière. Les marges de progression sont énormes pour les autres pays au regard de la faible inclusion financière constatée. L'épargne domestique est la source de financement la plus fiable pour soutenir les investissements nécessaires à la transformation des économies sur le long terme. Il en résulte que densifier les systèmes financiers locaux est consubstantiel au développement économique. Cela demande de faire preuve de volonté et d'innovation.

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