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Patrick Ball

Financement des Créances : approches innovantes pour accroître l'accès au financement des PME africaines

juin 08, 2020
Edmund Higenbottam , Managing Director
Patrick Ball , Director, Verdant Capital

L'accès limité des PME au financement demeure un obstacle à la croissance des économies à travers le monde. Les économies du continent africain ne sont pas différentes :

  • En Afrique du Sud, où l'on estime que les PME emploient entre 30 et 50% de la main-d'œuvre et contribuent à 20% du PIB[1], le gap de financement des PME est estimé entre 6 et 23 milliards d’USD[2].
  • Au Kenya, des estimations récentes évaluent le gap de financement des MPME à 31% du PIB, soit environ 20 milliards d’USD[3]. Des estimations similaires indiquent que les PME fournissent 80% des emplois du pays et contribuent à 20% du PIB[4].
  • En Côte d'Ivoire, des rapports gouvernementaux de 2016 indiquaient que les PME constituaient 80% de toutes les entreprises du pays mais ne recevaient que 12% de l'investissement total. On estime que 70% des PME ne peuvent pas obtenir de crédit bancaire[5].

Sur l'ensemble du continent, les PME - généralement définies comme les entreprises de moins de 250 employés, avec un chiffre d'affaires inférieur à 2 millions d’USD et des besoins en capital allant de 20 000 à 2 millions d’USD - sont continuellement frustrées dans leurs efforts de mobilisation des capitaux à travers les canaux de financement traditionnels telles que les banques, qui ont toujours systématiquement recours aux sources d’information conventionnelles (et coûteuses) telles que les états financiers certifiés dont peu de PME en ont constamment besoin ou encore accès aux sûretés dont disposent les PME. La crise économique actuelle consécutive à la pandémie accentue cette situation, les besoins de financement des PME augmentant à un moment où les prêts bancaires seront, dans bien des cas, moins disponibles pour ces entreprises.

Dans ce contexte, un nombre croissant d’acteurs des financements alternatifs et de plateformes de financement travaillent sur ces marchés pour débloquer l’accès aux financements. De plus en plus, les banques utilisent également ces mécanismes comme outil préféré de gestion des risques pour financer les PME. Les modèles se concentrent sur le financement des créances, qui au sens large est une forme de financement de l’actif en s’appuyant sur les factures comme garantie principale pour le prêt. Le « financement des créances » peut prendre la forme de l’affacturage traditionnel - par exemple, sur l’ensemble du chiffre d'affaires ou l'escompte sur facture unique - ainsi que « l’affacturage inversé », qui à l’initiative du débiteur généralement un grand soi-disant « acheteur » tel qu’une chaîne de supermarché, une entreprise de construction, un organisme gouvernemental ou une organisation multilatérale. Également appelé financement de la « chaîne d’approvisionnement » ou de la « chaîne de valeur », le principe du financement est le même que l'affacturage, sauf « inversé » pour se concentrer sur un débiteur généralement plus grand qui présente probablement un meilleur risque de crédit que ses petits fournisseurs - des PME et est donc utilisé comme contrepartie d'ancrage pour motiver les prêts des financiers traditionnels. Les institutions qui fournissent ces financements aux PME ont besoin de se refinancer elles-mêmes sur le marché de gros. Verdant Capital gère une facilité de refinancement des factures de 30 millions de USD en Afrique qui offre des lignes de financement aux institutions.

En fin de compte, ce modèle de financement « actif-léger/modeste » correspond mieux aux PME qui sont plus susceptibles d'avoir un flux constant de bons de commande et de factures plus facilement utilisables pour obtenir du financement que les immobilisations traditionnellement requises. En outre, la nature à court terme des factures, généralement avec des échéances allant jusqu'à 120 jours, répond bien à la satisfaction des besoins de financement à court terme du fonds de roulement des PME. Le « besoin de financement » classique du fonds de roulement est dû au fait que les fournisseurs des PME qui font face à des contraintes de trésorerie peuvent avoir besoin d'un paiement plus immédiat que n'offrent généralement ses gros acheteurs selon les termes de crédit standard de plus de 30 jours – hormis le fait que la PME est souvent contrainte par son principal acheteur à prolonger le délai de paiement.

La numérisation croissante et la complexité de la chaîne d'approvisionnement sont deux tendances qui ont aidé les acteurs des financements alternatifs à financer de manière créative les créances des PME. Ces tendances tirent parti de la facilité relative avec laquelle les factures peuvent être numérisées pour servir de garantie financière et finalement être contrôlées via des plateformes en ligne, améliorant à la fois la liquidité disponible pour les PME et les pratiques de gestion des risques pour les pourvoyeurs de fonds qui peuvent souvent être situés à des distances lointaines (même au-delà des frontières) des PME.

Les modèles de financement récents et innovants incluent ceux qui utilisent des plates-formes et des applications en ligne exclusives pour fournir des capitaux à court terme, sous la forme « de participations », directement auprès PME. Le pourvoyeur de fonds investit directement dans les transactions et non dans les entreprises elles-mêmes, sans intérêt, mais en prenant une part des bénéfices générés par la transaction. Le modèle peut être utilisé pour financer le « risque de performance » attaché aux bons de commande - dit « financement des dettes » - mais aussi le « risque de paiement » qui se développe plus tard dans le processus de transaction, par lequel l’investisseur prend en charge le recouvrement pour le compte de la PME, comme avec un facteur normal. La technologie est essentielle dans la proposition de valeur à chaque étape - de l'analyse de crédit améliorée par algorithme, des factures téléchargées numériquement et des processus en ligne pour attribuer et surveiller les créances et les comptes bancaires séparés – aidant ainsi à réduire les coûts et le temps du processus de financement (pour les PME) et de remboursement (aux pourvoyeurs de fonds).

Les modèles innovants de financement de l'affacturage inversé se concentrent sur des acheteurs crédibles qui soutiennent les chaînes d'approvisionnement sensibles pour les PME comme l'agriculture et la construction. En Afrique de l'Ouest par exemple, les MPME productrices de la chaîne de valeur critique du cacao ont bénéficié de la collaboration en essor entre les IMF et les coopératives locales pour fournir des intrants sensibles aux saisons et un financement de la récolte, avec un risque de crédit réduit grâce à des partenariats d'achat avec des acheteurs et des fabricants mondiaux de chocolat. Les appuis connexes à cette activité de financement primaire des agriculteurs comprennent les services de vulgarisation agricole, ainsi que le financement des actifs spécifiques (comme des camions pour le transport vers le marché) et les prêts scolaires pour soutenir les enfants des familles d'agriculteurs.

En Afrique du Sud, il existe une coordination similaire entre les banques ayant une expérience des prêts agricoles et le réseau national de coopératives agricoles qui constituent des « points de contact » essentiels pour les agro-industries au niveau régional. L’appui peut prendre la forme de financement des besoins en fonds du roulement sensibles aux saisons pour soutenir les exportations agricoles telles que les noix de macadamia et les pommes. La livraison est améliorée via les canaux de distribution numériques récents tandis que la gestion des risques est « complétée par la présence physique » au sein des coopératives régionales du personnel bancaire.

Les exemples de modèles de financement de l'affacturage inversé au-delà du secteur agricole comprennent :

  • Les chaînes de valeur du secteur de la construction à forte densité de PME soutenant les grands promoteurs immobiliers dans les villes primaires et secondaires du Kenya et du Sénégal.
  • Les PME basées en Afrique et fournissant des équipements et des services par satellite à de plus grandes sociétés panafricaines de télécommunications mobiles telles que MTN et Millicom (via la marque Tigo) dans la mise en œuvre des projets visant à augmenter la bande passante et la connectivité à travers le continent.

Dans tous ces exemples, un effet de démonstration clair - et voulu - de ces pourvoyeurs de fonds et plates-formes atypiques est d’apporter un appui financier à un stade primaire dans une trajectoire de croissance pour « attirer systématiquement » les financiers traditionnels. A l’évidence, faire graduer les PME en échelle et en viabilité financière, en utilisant la technologie et des modèles de financement particuliers s’avère être une recette éprouvée pour débloquer le financement des PME au bas de la pyramide.



 À propos des auteurs

Edmund Higenbottam est le Directeur Général de Verdant Capital, l'un des principaux conseillers financiers du marché intermédiaire africain. Dès le départ, le cabinet s'est concentré sur des secteurs à fort « impact » développement tels que les institutions financières inclusives («IFI») et l'agro-business. Le cabinet exerce ses activités dans quatre segments : fonds spécialisés, fusions et acquisitions, institutions financières et restructuration. L'équipe du cabinet est entièrement basée en Afrique, avec des bureaux à Johannesburg, Maurice, Accra, Kinshasa et Lagos. Edmund a près de 20 ans d’expérience en banque d’investissement, dont 11 ans en Afrique. Avant Verdant Capital, Edmund a travaillé pour de grandes banques d'investissement, dont Deutsche Bank et Morgan Stanley. Il est titulaire d'un diplôme en économie de l'Université de Cambridge.

Patrick Ball est un Directeur de Verdant Capital depuis 2019 avec pour responsabilité la plate-forme de fonds spécialisés du cabinet. Patrick a plus de 15 ans d’expérience dans le capital-risque, l’investissement impact et le conseil. Son expérience professionnelle antérieure comprend des postes chez Bear Stearns, Doughty Hanson & Co, Deutsche Bank, Developing World Markets, Incofin Investment Management et CDC. Il a également travaillé sur le terrain avec le cabinet de conseil en développement DAI (Jordanie, Palestine, Arménie) et FINCA International (RD Congo). Il est titulaire d'un diplôme de premier cycle en finance de l'Université de Georgetown et d'un MBA de la Stephen M. Ross School of Business de l'Université du Michigan.

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