Financement bancaire des PME en Afrique de l'Est
fév 24, 2012
Les petites et moyennes entreprises (PME) jouent un rôle crucial dans le développement économique en Afrique. Des études indiquent que trois quarts en moyenne des emplois totaux proviennent des PME, notamment du secteur manufacturier si l’on y ajoute le secteur informel. Un certain nombre de facteurs influent sur la croissance des PME africaines parmi lesquels l'environnement des affaires et la qualité de la main-d'œuvre. Toutefois, un élément déterminant dans le développement du secteur des PME est l'accès au financement, en particulier au financement bancaire, compte tenu de l'importance relative du secteur bancaire à travers le continent.
Les PME africaines font face à plus d’obstacles financiers que celles de n'importe quelle autre région en développement. Pour illustration, seulement 20 pour cent des PME en Afrique sub-saharienne ont une ligne de crédit d'une institution financière par rapport à 44 pour cent en Amérique latine et aux Caraïbes, et seulement 9 pour cent de leurs investissements sont financés par les banques par rapport à 23 pour cent en Europe de l'Est et en Asie centrale. Il n’est, par conséquent, pas surprenant que la communauté internationale du développement ait énuméré l'accès au financement pour les PME comme une priorité politique importante pour l'Afrique.
Le financement des PME est un sujet d’envergure mais relativement peu de recherches sur leur financement à partir d'une perspective axée sur l'offre ont été menées jusqu’à lors. Cette situation est aggravée par le fait que les données exhaustives sur le financement des PME doivent encore être rassemblées et suivies de manière fiable à terme. Néanmoins, les études existantes conduites dans d'autres économies en développement montrent que, contrairement à la perception classique selon laquelle les institutions financières ne sont pas intéressées à mener des opérations avec les PME, les banques considèrent le segment des PME comme étant d’une importance stratégique en dépit des obstacles institutionnels d’un marché qui est heureusement loin d’être engorgé.
Dans un article récent co-écrit avec Victor Chando et Sofiane Sekioua, nous avons donné un éclairage sur les tendances et pratiques actuelles en matière de financement bancaire des PME dans quatre pays d’Afrique à savoir le Kenya, la Tanzanie, l'Ouganda et la Zambie. Pour plus de détails, ce document fait partie d'un projet régional plus vaste de la Banque africaine de développement sur le sujet avec pour objectif d'identifier les meilleures pratiques en matière de prêts aux PME ainsi que les obstacles qui entravent la croissance du marché de prêt des PME de manière à en tirer des leçons pertinentes sur le plan des politiques.
Nous constatons que le segment des PME est une priorité stratégique pour les banques de la région. Les PME sont considérées comme une perspective d'affaires rentable et sont une grande opportunité d’inter distribution. Les banques considèrent le marché de prêts aux PME comme étendu, non engorgé et affichant des perspectives très positives. Il existe toutefois un certain nombre d'obstacles qui empêchent un engagement plus poussé des banques dans le segment des PME et parmi ces obstacles on retrouve des facteurs tels que le manque d'informations adéquates et de garantie ainsi que le caractère en grande partie familial des structures de ces PME. De plus, les facteurs macroéconomiques, la réglementation des affaires, l'environnement juridique et contractuel, le manque d'une attitude plus proactive du gouvernement envers le segment, certains domaines de la réglementation prudentielle et certains facteurs spécifiques aux banques sont perçus comme ayant un impact négatif sur le marché des prêts aux PME en Afrique de l'Est. Toutefois, les banques se sont adaptées à leur environnement et ont développé des mécanismes pour faire face à ces obstacles grâce à l'innovation et à la différenciation. La plupart des banques ont mis en place des unités dédiées au service des PME auxquelles elles offrent des produits largement standardisés même s’il faut reconnaitre que le degré de personnalisation va de plus en plus croissant. Par ailleurs, même si les technologies de transactions avancées basées sur des systèmes de notation et d'évaluation du risque restent relativement peu développées, les banques automatisent progressivement leurs cadres de gestion des risques pour réaliser des gains d'efficacité.
Dans l'ensemble, nos résultats sont globalement semblables à ceux d'études similaires menées dans d'autres contextes géographiques, ce qui suggère que les banques de la région ont accueilli avec enthousiasme le segment des PME et réalisent des investissements considérables pour développer leurs relations avec les PME clientes. Ceci pourrait grandement contribuer à combler le «fossé du financement des PME" caractéristique de l'Afrique subsaharienne et même de l’Afrique de l’Est, par rapport aux autres régions en développement. Il est donc important que cette tendance soit soutenue et encouragée par la suppression de ces obstacles institutionnels et politiques qui limitent les prêts aux PME.
Une condition indispensable pour la croissance durable du marché des prêts aux PME en Afrique de l'Est est la présence d'un environnement macroéconomique et d’un régime politique stable. Les conclusions de l'étude suggèrent que les banques de la région poursuivent le segment des PME en raison de son attractivité et ce dépit des obstacles d’envergure. Afin de veiller à ce que cette tendance se poursuive sans interruption, une solide performance macro-économique et un cadre budgétaire et monétaire stable et cohérent ont été identifiés comme des facteurs essentiels. Il est également nécessaire que les pays de la région poursuivent leurs efforts de modernisation de leurs systèmes financiers, y compris de leur cadre réglementaire prudentiel, de renforcement de la concurrence et d'innovation de manière à donner lieu à des sources de financement et à des solutions financières alternatives afin de mieux servir le segment des PME.
La réforme du cadre juridique et réglementaire pourrait contribuer à accroître la participation des banques dans les PME. Un premier domaine d'intervention pourrait être le cadre juridique pour les droits des créanciers et pour la garantie des prêts. L’efficacité des tribunaux et les enjeux entourant la définition des garanties ont été répertoriés en tant qu’obstacles majeurs au développement du marché des prêts aux PME. Les interventions ciblées sur des législations concernées pourraient contribuer à accélérer les procédures d'exécution et améliorer l'efficacité du pouvoir judiciaire. Pour les PME, l’acceptabilité de la garantie reste une préoccupation clé. La réforme du cadre juridique des prêts garantis et l’examen du traitement par la réglementation des garanties permettraient aux PME d’engager de plus grandes parts de leurs actifs à titre de garantie pour leurs emprunts. Enfin, les gouvernements pourraient étudier la possibilité d'introduire un processus simplifié d’enregistrement des entreprises prenant en considération les particularités des PME par rapport aux grandes entreprises.
Il est également question d’optimiser le rôle des gouvernements dans la région. En effet, les programmes gouvernementaux actuels pour les
PME sont généralement perçus comme inadéquats pour soutenir la croissance du marché. Cela peut être dû à l'absence de cohérence. Les gouvernements pourraient donc envisager d'introduire une politique spécifique et organique des PME pour stimuler ce segment. Cette démarche pourrait commencer par l’adoption d’une définition uniforme des PME. La plupart des banques en Afrique de l'Est se servent de la taille du prêt et du chiffre d'affaires comme critère de définition des PME. L'adoption de ces critères et leur formalisation dans la législation y relative pourrait faciliter la réalisation des objectifs de la politique. Un deuxième domaine d'intervention pourrait être l’optimisation des mécanismes actuels de soutien de financement parmi lesquels on retrouve les institutions nationales et régionales de financement du développement. Cette optimisation pourrait se faire en mettant l'accent sur l'additionnalité et sur le développement de nouveaux instruments. À cet égard, une évaluation du mandat de ces institutions ainsi que de leur efficacité pour le développement aiderait à peaufiner l’examen de la politique dans ce domaine.
Au bout du compte, une meilleure compréhension du segment des PME et la mise en œuvre de mesures visant à répondre à certaines de leurs faiblesses intrinsèques devraient être une priorité des politiques. Compte tenu de l’accent particulier mis par les banques sur les obstacles spécifiques des PME, la priorité pourrait être accordée par exemple à la collecte des statistiques et des données sur leurs caractéristiques afin de mieux comprendre la perspective axée sur la demande, qui est tout aussi importante dans le développement du marché de prêt des PME. Les mesures dans ce domaine pourraient inclure la mise à niveau des programmes de renforcement des capacités et l'introduction d'incitations à la formalisation des PME. Pietro Calice est chargé principal des investissements au sein du Département du secteur privé, Division des institutions financières, à la Banque africaine de développement (BAD). En sa qualité, Pietro se concentre sur la stabilité financière et l'inclusion financière, avec un accent particulier sur l'intersection entre les deux dimensions. Il couvre le secteur financier en s’occupant simultanément et avec tact du développement et de la diffusion des connaissances, du choix des opérations et du dialogue politique. En particulier, il a dévoué beaucoup de ressources pour écrire sur l'Accord de Bâle et ses répercussions sur les économies en développement ainsi que sur l'accès au financement pour les PME. Il a conçu et mis en œuvre des initiatives novatrices d'inclusion financière, parmi lesquelles le Fonds africain de garantie pour les PME. Avant de se joindre à la BAD, Pietro a travaillé dans des agences de notations et dans des banques d’investissement en tant qu'analyste de recherche de crédit.
Le financement des PME est un sujet d’envergure mais relativement peu de recherches sur leur financement à partir d'une perspective axée sur l'offre ont été menées jusqu’à lors. Cette situation est aggravée par le fait que les données exhaustives sur le financement des PME doivent encore être rassemblées et suivies de manière fiable à terme. Néanmoins, les études existantes conduites dans d'autres économies en développement montrent que, contrairement à la perception classique selon laquelle les institutions financières ne sont pas intéressées à mener des opérations avec les PME, les banques considèrent le segment des PME comme étant d’une importance stratégique en dépit des obstacles institutionnels d’un marché qui est heureusement loin d’être engorgé.
Dans un article récent co-écrit avec Victor Chando et Sofiane Sekioua, nous avons donné un éclairage sur les tendances et pratiques actuelles en matière de financement bancaire des PME dans quatre pays d’Afrique à savoir le Kenya, la Tanzanie, l'Ouganda et la Zambie. Pour plus de détails, ce document fait partie d'un projet régional plus vaste de la Banque africaine de développement sur le sujet avec pour objectif d'identifier les meilleures pratiques en matière de prêts aux PME ainsi que les obstacles qui entravent la croissance du marché de prêt des PME de manière à en tirer des leçons pertinentes sur le plan des politiques.
Nous constatons que le segment des PME est une priorité stratégique pour les banques de la région. Les PME sont considérées comme une perspective d'affaires rentable et sont une grande opportunité d’inter distribution. Les banques considèrent le marché de prêts aux PME comme étendu, non engorgé et affichant des perspectives très positives. Il existe toutefois un certain nombre d'obstacles qui empêchent un engagement plus poussé des banques dans le segment des PME et parmi ces obstacles on retrouve des facteurs tels que le manque d'informations adéquates et de garantie ainsi que le caractère en grande partie familial des structures de ces PME. De plus, les facteurs macroéconomiques, la réglementation des affaires, l'environnement juridique et contractuel, le manque d'une attitude plus proactive du gouvernement envers le segment, certains domaines de la réglementation prudentielle et certains facteurs spécifiques aux banques sont perçus comme ayant un impact négatif sur le marché des prêts aux PME en Afrique de l'Est. Toutefois, les banques se sont adaptées à leur environnement et ont développé des mécanismes pour faire face à ces obstacles grâce à l'innovation et à la différenciation. La plupart des banques ont mis en place des unités dédiées au service des PME auxquelles elles offrent des produits largement standardisés même s’il faut reconnaitre que le degré de personnalisation va de plus en plus croissant. Par ailleurs, même si les technologies de transactions avancées basées sur des systèmes de notation et d'évaluation du risque restent relativement peu développées, les banques automatisent progressivement leurs cadres de gestion des risques pour réaliser des gains d'efficacité.
Dans l'ensemble, nos résultats sont globalement semblables à ceux d'études similaires menées dans d'autres contextes géographiques, ce qui suggère que les banques de la région ont accueilli avec enthousiasme le segment des PME et réalisent des investissements considérables pour développer leurs relations avec les PME clientes. Ceci pourrait grandement contribuer à combler le «fossé du financement des PME" caractéristique de l'Afrique subsaharienne et même de l’Afrique de l’Est, par rapport aux autres régions en développement. Il est donc important que cette tendance soit soutenue et encouragée par la suppression de ces obstacles institutionnels et politiques qui limitent les prêts aux PME.
Une condition indispensable pour la croissance durable du marché des prêts aux PME en Afrique de l'Est est la présence d'un environnement macroéconomique et d’un régime politique stable. Les conclusions de l'étude suggèrent que les banques de la région poursuivent le segment des PME en raison de son attractivité et ce dépit des obstacles d’envergure. Afin de veiller à ce que cette tendance se poursuive sans interruption, une solide performance macro-économique et un cadre budgétaire et monétaire stable et cohérent ont été identifiés comme des facteurs essentiels. Il est également nécessaire que les pays de la région poursuivent leurs efforts de modernisation de leurs systèmes financiers, y compris de leur cadre réglementaire prudentiel, de renforcement de la concurrence et d'innovation de manière à donner lieu à des sources de financement et à des solutions financières alternatives afin de mieux servir le segment des PME.
La réforme du cadre juridique et réglementaire pourrait contribuer à accroître la participation des banques dans les PME. Un premier domaine d'intervention pourrait être le cadre juridique pour les droits des créanciers et pour la garantie des prêts. L’efficacité des tribunaux et les enjeux entourant la définition des garanties ont été répertoriés en tant qu’obstacles majeurs au développement du marché des prêts aux PME. Les interventions ciblées sur des législations concernées pourraient contribuer à accélérer les procédures d'exécution et améliorer l'efficacité du pouvoir judiciaire. Pour les PME, l’acceptabilité de la garantie reste une préoccupation clé. La réforme du cadre juridique des prêts garantis et l’examen du traitement par la réglementation des garanties permettraient aux PME d’engager de plus grandes parts de leurs actifs à titre de garantie pour leurs emprunts. Enfin, les gouvernements pourraient étudier la possibilité d'introduire un processus simplifié d’enregistrement des entreprises prenant en considération les particularités des PME par rapport aux grandes entreprises.
Il est également question d’optimiser le rôle des gouvernements dans la région. En effet, les programmes gouvernementaux actuels pour les
PME sont généralement perçus comme inadéquats pour soutenir la croissance du marché. Cela peut être dû à l'absence de cohérence. Les gouvernements pourraient donc envisager d'introduire une politique spécifique et organique des PME pour stimuler ce segment. Cette démarche pourrait commencer par l’adoption d’une définition uniforme des PME. La plupart des banques en Afrique de l'Est se servent de la taille du prêt et du chiffre d'affaires comme critère de définition des PME. L'adoption de ces critères et leur formalisation dans la législation y relative pourrait faciliter la réalisation des objectifs de la politique. Un deuxième domaine d'intervention pourrait être l’optimisation des mécanismes actuels de soutien de financement parmi lesquels on retrouve les institutions nationales et régionales de financement du développement. Cette optimisation pourrait se faire en mettant l'accent sur l'additionnalité et sur le développement de nouveaux instruments. À cet égard, une évaluation du mandat de ces institutions ainsi que de leur efficacité pour le développement aiderait à peaufiner l’examen de la politique dans ce domaine.
Au bout du compte, une meilleure compréhension du segment des PME et la mise en œuvre de mesures visant à répondre à certaines de leurs faiblesses intrinsèques devraient être une priorité des politiques. Compte tenu de l’accent particulier mis par les banques sur les obstacles spécifiques des PME, la priorité pourrait être accordée par exemple à la collecte des statistiques et des données sur leurs caractéristiques afin de mieux comprendre la perspective axée sur la demande, qui est tout aussi importante dans le développement du marché de prêt des PME. Les mesures dans ce domaine pourraient inclure la mise à niveau des programmes de renforcement des capacités et l'introduction d'incitations à la formalisation des PME. Pietro Calice est chargé principal des investissements au sein du Département du secteur privé, Division des institutions financières, à la Banque africaine de développement (BAD). En sa qualité, Pietro se concentre sur la stabilité financière et l'inclusion financière, avec un accent particulier sur l'intersection entre les deux dimensions. Il couvre le secteur financier en s’occupant simultanément et avec tact du développement et de la diffusion des connaissances, du choix des opérations et du dialogue politique. En particulier, il a dévoué beaucoup de ressources pour écrire sur l'Accord de Bâle et ses répercussions sur les économies en développement ainsi que sur l'accès au financement pour les PME. Il a conçu et mis en œuvre des initiatives novatrices d'inclusion financière, parmi lesquelles le Fonds africain de garantie pour les PME. Avant de se joindre à la BAD, Pietro a travaillé dans des agences de notations et dans des banques d’investissement en tant qu'analyste de recherche de crédit.
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