Finance islamique et PME - Plaidoyer pour un nouveau paradigme
nov 19, 2012
Les petites et moyennes entreprises (PME) constituent un vecteur de développement socio-économique reconnu. En dépit de ce rôle important, ces entreprises font face à des difficultés importantes lorsqu’elles cherchent à financer leurs activités[1]. Ce paradoxe s’explique partiellement par un problème de communication entre les banques et les PME: les premières utilisent souvent des critères et modèles qui correspondent mal à la réalité des opérations des secondes alors que les dirigeants-propriétaires des PME ne comprennent pas toujours les exigences des banquiers. Mais peut-on vraiment parler de paradoxe
? En effet, la tâche première d’une banque est d’assurer la rentabilité maximale de ses placements dans des conditions de risque qu’elle juge satisfaisantes. Au regard de ces institutions financières, les PME sont des opérations compliquées et risquées à rentabilité différée. Il est donc logique que les banques hésitent à les financer et qu’elles leur imposent des conditions drastiques de crédit lorsqu’elles se décident à le faire. Les PME sont alors souvent étranglées par ces exigences et se trouvent enfermées dans une espèce de cercle vicieux où leur activité ne sert plus qu’à financer le remboursement des prêts au détriment du développement de l’entreprise. D’aucuns considèrent que la finance islamique est une solution idéale pour régler cette situation. L’intérêt (Riba) y est banni et l’utilisation d’instruments à revenus variables qui prévoient le partage des profits (Moudaraba) ou celui des pertes et des profits (Mousharaka) semble prouver que les banques islamiques ont apprivoisé le concept de risque financier. Pour les petites et moyennes entreprises ce mode alternatif de financement à des effets pour le moins positifs
: elles voient l’institution financière partager leurs risques et ne doivent rembourser leurs dus qu’à la mesure du succès de leurs opérations. Mais voilà que dans les faits, les banques islamiques utilisent massivement des instruments à revenus fixes (Mourabaha, Ijara, Salam, Istisna’) dont la marge est calculée sur la base des taux interbancaires en vigueurs sur leurs marchés et du profil de risque des clients
; une méthodologie qui ressemble fort à celle que les banques conventionnelles utilisent. Cette contradiction trouve ses origines dans une conceptualisation qui considère que la finance islamique est un instrument qui permet aux musulmans d’avoir accès aux services financiers contemporains tout en respectant les prescriptions de leur religion. Il s’agirait donc d’un cas particulier de la finance contemporaine qui en divergerait par les règles (interdiction de la Riba, du Gharar, etc.) mais qui en partagerait les objectifs. Cette approche explique pourquoi tant de banques islamiques cherchent, tant bien que mal, à imiter d’une façon conforme à la Charia les opérations des banques conventionnelles. Cette vision de la finance islamique a le grand défaut d’en occulter les potentialités. En effet, alors que la finance conventionnelle recherche la maximisation des gains des opérateurs dans le cadre d’une perspective individualiste, les banques islamiques ont pour objectif (théorique) d’optimiser les résultats des opérations où elles s’engagent au profit de toutes leurs parties prenantes. Cette approche qui puise aux sources de la Charia se fonde sur le principe de régence (Istikhlaf) et sur une philosophie qui prône la participation de tout un chacun au développement de l’environnement au sein duquel il évolue (I3mar al Ard). Constater cette divergence de logiques permet d’imaginer une banque islamique différente; une institution financière qui calculerait sa performance sur la base de son «
empreinte économique
» en lieu et place de sa performance financière directe. Dans un tel cadre, le financement des PME prend un sens tout à fait différent. Il ne s’agit plus de maximiser la rentabilité des prêts dans des conditions de risques optimales mais de dégager un profit acceptable en participant à des opérations qui contribuent au développement socio-économique des marchés. Dr. Abdel-Maoula Chaar est enseignant-chercheur à l’Ecole Supérieure des Affaires (ESA). Il est chargé de la Recherche et du Développement et pilote notamment le développement de l’activité de finance islamique de l’ESA. Dr. Chaar enseigne des cours de finance islamique de niveau master. Il a participé à l’élaboration du manuel de l’Islamique Finance Qualification (IFQ) dont il est l’un des formateurs. Il a également écrit de nombreux articles et chapitres de livres traitant de différents aspects de la finance islamique.
Abdel-Maoula Chaar est titulaire d’un Doctorat en Science de Gestion délivré par l’université Paris-Est. C’est un spécialiste de management stratégique et sa thèse porte sur l’incidence des cadres cognitifs liés à la Charia sur l’élaboration des stratégies des banques islamiques et
sur la structuration du champ. Dr. Chaar détient également un Diplôme d’Etudes Avancées en Management Stratégique de la même université et un Master Spécialisé en Marketing et Communication de l’ESCP-Europe et de l’ESA.
[1] Les banques de la région MENA ne leur accorde, par exemple, que 8% de l’ensemble de leurs prêts (Rocha, R.; Farazi, S.; Khouri, R. et D. Pearce (2010). The status of bank lending to SMEs in the Middle-East and North Africa region
: The result of a joint survey of the Union of Arab Bank and the World Bank, The World Bank – The Union of Arab Bank).
? En effet, la tâche première d’une banque est d’assurer la rentabilité maximale de ses placements dans des conditions de risque qu’elle juge satisfaisantes. Au regard de ces institutions financières, les PME sont des opérations compliquées et risquées à rentabilité différée. Il est donc logique que les banques hésitent à les financer et qu’elles leur imposent des conditions drastiques de crédit lorsqu’elles se décident à le faire. Les PME sont alors souvent étranglées par ces exigences et se trouvent enfermées dans une espèce de cercle vicieux où leur activité ne sert plus qu’à financer le remboursement des prêts au détriment du développement de l’entreprise. D’aucuns considèrent que la finance islamique est une solution idéale pour régler cette situation. L’intérêt (Riba) y est banni et l’utilisation d’instruments à revenus variables qui prévoient le partage des profits (Moudaraba) ou celui des pertes et des profits (Mousharaka) semble prouver que les banques islamiques ont apprivoisé le concept de risque financier. Pour les petites et moyennes entreprises ce mode alternatif de financement à des effets pour le moins positifs
: elles voient l’institution financière partager leurs risques et ne doivent rembourser leurs dus qu’à la mesure du succès de leurs opérations. Mais voilà que dans les faits, les banques islamiques utilisent massivement des instruments à revenus fixes (Mourabaha, Ijara, Salam, Istisna’) dont la marge est calculée sur la base des taux interbancaires en vigueurs sur leurs marchés et du profil de risque des clients
; une méthodologie qui ressemble fort à celle que les banques conventionnelles utilisent. Cette contradiction trouve ses origines dans une conceptualisation qui considère que la finance islamique est un instrument qui permet aux musulmans d’avoir accès aux services financiers contemporains tout en respectant les prescriptions de leur religion. Il s’agirait donc d’un cas particulier de la finance contemporaine qui en divergerait par les règles (interdiction de la Riba, du Gharar, etc.) mais qui en partagerait les objectifs. Cette approche explique pourquoi tant de banques islamiques cherchent, tant bien que mal, à imiter d’une façon conforme à la Charia les opérations des banques conventionnelles. Cette vision de la finance islamique a le grand défaut d’en occulter les potentialités. En effet, alors que la finance conventionnelle recherche la maximisation des gains des opérateurs dans le cadre d’une perspective individualiste, les banques islamiques ont pour objectif (théorique) d’optimiser les résultats des opérations où elles s’engagent au profit de toutes leurs parties prenantes. Cette approche qui puise aux sources de la Charia se fonde sur le principe de régence (Istikhlaf) et sur une philosophie qui prône la participation de tout un chacun au développement de l’environnement au sein duquel il évolue (I3mar al Ard). Constater cette divergence de logiques permet d’imaginer une banque islamique différente; une institution financière qui calculerait sa performance sur la base de son «
empreinte économique
» en lieu et place de sa performance financière directe. Dans un tel cadre, le financement des PME prend un sens tout à fait différent. Il ne s’agit plus de maximiser la rentabilité des prêts dans des conditions de risques optimales mais de dégager un profit acceptable en participant à des opérations qui contribuent au développement socio-économique des marchés. Dr. Abdel-Maoula Chaar est enseignant-chercheur à l’Ecole Supérieure des Affaires (ESA). Il est chargé de la Recherche et du Développement et pilote notamment le développement de l’activité de finance islamique de l’ESA. Dr. Chaar enseigne des cours de finance islamique de niveau master. Il a participé à l’élaboration du manuel de l’Islamique Finance Qualification (IFQ) dont il est l’un des formateurs. Il a également écrit de nombreux articles et chapitres de livres traitant de différents aspects de la finance islamique.
Abdel-Maoula Chaar est titulaire d’un Doctorat en Science de Gestion délivré par l’université Paris-Est. C’est un spécialiste de management stratégique et sa thèse porte sur l’incidence des cadres cognitifs liés à la Charia sur l’élaboration des stratégies des banques islamiques et
sur la structuration du champ. Dr. Chaar détient également un Diplôme d’Etudes Avancées en Management Stratégique de la même université et un Master Spécialisé en Marketing et Communication de l’ESCP-Europe et de l’ESA.
[1] Les banques de la région MENA ne leur accorde, par exemple, que 8% de l’ensemble de leurs prêts (Rocha, R.; Farazi, S.; Khouri, R. et D. Pearce (2010). The status of bank lending to SMEs in the Middle-East and North Africa region
: The result of a joint survey of the Union of Arab Bank and the World Bank, The World Bank – The Union of Arab Bank).
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