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Faire avancer la coordination des politiques financières agricoles en Afrique

juin 30, 2015

La finance agricole est considérée depuis longtemps le "
parent pauvre
" des politiques publiques
en Afrique. Le manque de coordination entre les intervenants contribue à décourager encore davantage les tentatives de mise en place des
directives communes, nécessaires pour canaliser les ressources privées et publiques vers la réalisation des objectifs qu'est l'offre de services financiers appropriés et abordables dans le secteur agricole.

L'accès aux services financiers agricoles reste un défi dans toute l'Afrique et il affecte aussi bien la capacité des petits exploitants à générer un revenu durable de leur activité agricole que celle des États à installer leur sécurité alimentaire et leur autosuffisance. Une approche globale des systèmes financiers de la finance agricole plutôt qu'une approche de "
subvention agricole
" devrait permettre de libérer le potentiel du secteur agricole. C'est la raison pour laquelle une forte coordination des politiques de financement agricole est nécessaire pour guider les interventions souvent isolées et inefficaces des divers ministères et autorités de régulation et de supervision.

Pour répondre aux défis qui se posent aux services financiers agricoles, le Partenariat pour le développement du secteur financier en Afrique (MFW4A) soutient la mise en place des principes de Kampala, un jeu de 11
grands principes définissant les actions les plus urgentes à mettre en œuvre pour débloquer la finance agricole en Afrique. Comme le premier principe de Kampala appelait expressément à la création d'une "
entité unique pour la défense de la finance agricole
", il était clair que la coordination des politiques de financement agricole à travers l'Afrique devait être étudiée, et elle ne devait pas se limiter à un état des lieux des différents cadres dans les divers pays mais également mesurer le niveau de coordination existant en vue de définir des politiques de financement agricoles dans ces pays.

Une étude récente commandée par le Partenariat MFW4A en collaboration avec GIZ, a brossé les grandes lignes des politiques financières agricoles dans cinq pays africains sur la base d'études de cas s'étendant sur plusieurs sous-régions.
Elle propose des recommandations

permettant aux intervenants nationaux de renforcer la coordination des politiques financières agricoles, et elle fournit au Partenariat et à son groupe de travail des intervenants de la finance agricole (GTIFA) des informations historiques et contextuelles nécessaires à la promotion et à la mise en œuvre de ses activités dans le domaine des financements agricoles. Les résultats de cette étude confirment le manque de coordination entre les politiques dans les pays étudiés, malgré l'existence de documents sur le secteur des financements agricoles bien aboutis. Cette étude a également mis en lumière la qualité des documents de développement agricole rédigés dans le cadre du programme détaillé pour le développement de l'agriculture africaine (PDDAA). Cependant, les acteurs clé comme les banques centrales et les autres autorités de régulation et de supervision du secteur financier, de l'agro-alimentaire et de la société civile dans cette chaîne de production de valeur n'ont souvent pas été impliqués dans la conception des plans d'investissement du PPDAA. Qui plus est, certains documents de développement agricole ne répondent pas aux questions de l'accès aux ressources financières de manière globale, faisant ainsi l'impasse sur les problèmes d'accès auxquels restent confrontés les petits producteurs et les petites institutions.

Le manque de garanties, les coûts élevés des transactions, la faiblesse des cadres juridiques et réglementaires, le faible nombre d'instruments financiers appropriés, la perception élevée du risque sur les prêts agricoles, la faiblesse de l'infrastructure financière, et le manque d'éducation financière des clients ne constituent que quelques unes des faiblesses du secteur financier agricole. Alors que ces problèmes touchent la plupart des pays africains, chaque pays fait appel à des solutions différentes pour les résoudre, bien souvent au coup par coup.

Il est nécessaire de répondre aux défis posés par la finance agricole par une politique dédiée. Ceci permettra de construire un système financier sain, capable d'augmenter l'intermédiation financière en faveur du secteur agricole. Une réponse d'ambition stratégique jettera également les fondations sur lesquelles les institutions financières et le secteur privé pourront développer des produits adaptés, des outils et des mécanismes répondant aux besoins financiers des divers acteurs de la chaîne de valeur agricole.

Dans le processus de développement d'une politique financière agricole, le rôle d'un organe de coordination devient de plus en plus important. Une telle entité permettrait non seulement de réunir tous les intervenants du secteur public et privé autour de la table mais aussi elle garantirait que les points de vue agricole et financier soient tous les deux pris en compte lors de la définition d'une politique générale de financement agricole. La juxtaposition des politiques de développement agricole et des système financiers dans un document unique correspondrait à l'expression des besoins exprimés par le secteur agricole.

Les Programmes Nationaux d'Investissement Agricole (PNIA) développés dans le cadre du processus PDDAA mettent en évidence les problèmes de financement agricole dans certains pays. Alors que le processus PDDAA pourrait proposer des solutions communes et apporter des réponses globales aux problèmes agricoles, les PNIA semblent avoir considéré principalement les investissements du secteur public. Une participation active du secteur privé au processus PDDAA pourrait conduire à une irrigation réussie des PNIA par les financements agricoles, à condition que les éléments clé des politiques financières agricoles saines soient intégrés dans ce processus.

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