Evolution de la notation financière en Afrique de l'ouest francophone
La notation financière, cette notion qui fait trembler les marchés financiers. Tantôt décriée, tantôt adulée, la notation financière reste indispensable et semble être devenu l’épine dorsale du système d’évaluation du coût du risque et du retour sur investissement.
La notation financière est le processus par lequel une agence de notation évalue la qualité de crédit d’un emprunteur, c'est-à-dire, sa capacité et sa volonté de faire face à ses obligations financières à court, moyen et long terme.
Il existe trois types de notation financière
:
- La notation sollicitée qui est demandée par l’emprunteur
; - La notation non sollicitée qui est initiée uniquement par l’agence de notation dont l’opinion n’engage pas l’emprunteur noté et
; - La notation obligatoire imposée par les autorités de régulation des marchés financiers.
La notation financière porte sur cinq types de catégories de risque de crédit
:
- Corporate Rating (entreprises commerciales et industrielles)
; - Financial Institutions Rating (Banque, Assurances, Fonds de Pension, Fonds d’Investissement…etc.)
; - Public Sector Rating (EPN, ESP, collectivités
locales)
; - Financial Intruments Rating (titrisation, produits dérivés, autres instruments financiers) et
; - Le Sovereign Rating (pays et groupement de pays)
La notation financière, bien que créée il ya plus de 100 ans, n’est apparue en Afrique que dans les années 1990 et reste encore méconnue, en général et, surtout dans les pays francophones. Les pays anglophones plus familiers à ce système d’évaluation qui, rappelons-le a commencé dans un pays anglo-saxon (les Etats Unis d’Amérique), ont embrassé culturellement et naturellement cet outil dès son arrivée en Afrique.
L’expérience à montré que les pays anglophones d’Afrique étaient plus enclin a adhérer a des systèmes de transparence et de bonne gouvernance. Elle a montré également que la culture de rendre l’information publique disponible facilitait introduction d’outils d’évaluation basés sur la disponibilité d’information.
L’Afrique de l’ouest abrite trois
des quatre agences de notation financière africaines
; Bloomfield Investment Corporation (2012 Cote d’Ivoire), West African Rating Agency (2012, Côte d'Ivoire), Agusto (2001 Nigeria) et Global Credit Rating (1996, Afrique du Sud).
L’apparition de la notation financière en Afrique de l’ouest francophone s’est faite tardivement. Mais elle connait une évolution rapide depuis ces trois (3) dernières années en raison, d’une part, de l’introduction de la notation financière obligatoire sur le marché financier de l’Union Economique et Monétaire Ouest Africain (UEMOA), pour certains acteurs, notamment les émetteurs d’obligations (à l’exception des pays), les sociétés cotées sur la Bourse Régionale des Valeurs Mobilières (BRVM) et les garants des émetteurs, et, d’autre part, de la prise de conscience, par certains dirigeants d’entreprises, de l’importance de l’exercice.
Cette nouvelle réglementation entrée en vigueur en septembre 2011 vise à rendre le marché des capitaux plus transparent, efficient, effectif et liquide en éliminant l’obligation de garantie de 100% à première demande pour tous les émetteurs qui obtiennent une note d’investissement à l’issue de l’exercice de notation financière.
Cette garantie de 100%, à première demande,
renchérissait le cout l’emprunt et de ce fait rendait non attractif le marché financier de l’UEMOA pour certains
acteurs et inaccessible, pour d’autres.
Elle créait, par ailleurs, un système d’incohérence entre le coût du coupon et
la qualité de crédit de l’emprunteur.
Avant l’introduction de cette réglementation, la promotion et la vulgarisation de la notation financière se faisaient à travers des séminaires de formation et d’information dans toute la zone UEMOA, en collaboration avec le Conseil Régional de l’Epargne Publique et des Marchés Financiers (CREPMF), l’organe de régulation des marchés financiers de l’UEMOA, et l’Agence Française de Développement.
Dans les mois à venir deux agences de notation financière, Bloomfield Investment Corporation et West African Rating Agency, basées à Abidjan, seront agréées par le CREPMF.
Malgré l’origine et le caractère anglo-saxon de la notation financière, son évolution au sein du marché financier francophone ouest africain est une réalité certaine.
Les sociétés cotées et non cotées ont commencé à s’adonner à ce exercice rigoureux d’évaluation de performance financière, de transparence et de bonne gouvernance d’entreprise, de façon volontaire avant même l’introduction de la nouvelle réglementation sur la notation financière.
Ceci montre bien que l’environnement du marché financier de l’UEMOA est mûr et prêt pour la notation financière, même obligatoire.
La notation financière s’installe progressivement dans la culture du marché financier des pays francophones de l’Afrique de l’ouest. En Côte d’Ivoire par exemple, l’Agence de Notation financière Bloomfield Investment Corporation à émis en quatre ans, plus de vingt opinions notamment sur plusieurs entreprises publiques et privés, tels le Port de San Pedro, Petro Ivoire, SIMAT, La Loyale Assurances SA, La SIR, pour ne citer que celles la, sur une base volontaire et sollicitée.
Et il n’y a pas à douter que ce système d’évaluation va fortement contribuer au développement du marché des capitaux, en général
à celui du marché financier en particulier.
Je suis assez confiant en l’évolution de la maturité du marché financier d’Afrique francophone de l’ouest en matière de notation financière car les acteurs du marché semblent être prêts et les autorités de régulation se dotent de moyens efficaces pour rendre environnement favorable au développement de cet outil formidable.
Toute chose qui aura
un impact très positif sur la croissance économique des pays de cette zone.
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